Les conservateurs remportent de justesse les élections en Croatie

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(Actualisé avec les résultats basés sur le dépouillement de la moitié des votes) par Igor Ilic et Ivana Sekularac ZAGREB, 9 novembre (Reuters) - L'opposition conservatrice croate a remporté les premières élections législatives organisées dans le pays depuis son adhésion à l'Union européenne en 2013, montrent des résultats partiels du scrutin organisé dimanche. Mais l'étroitesse de sa victoire, au vu du dépouillement de la moitié des votes, se traduira vraisemblablement par des jours voire des semaines de tractations avec les petits en vue de former un gouvernement de coalition. La nouvelle équipe au pouvoir devra accompagner une timide reprise économique après six années de récession tout en faisant face aux milliers de migrants, en provenance du Moyen-Orient, transitant par la Croatie pour se rendre en Europe occidentale. Les résultats préliminaires accordent 61 sièges au bloc conservateur constitué autour du parti HDZ et 53 sièges pour les sociaux-démocrates au pouvoir et leurs alliés. Le parlement croate compte un total de 151 sièges. "Cette victoire nous met en position d'endosser la responsabilité de diriger le pays. Nous faisons face au défi de garantir de meilleures conditions de vie en Croatie", a déclaré Tomislav Karamarko, chef de file de HDZ. Le HDZ, qui a mené la Croatie vers l'indépendance vis-à-vis du reste de la Yougoslavie et l'a dirigée durant la guerre de 1991-95, joue sur les valeurs nationalistes et celles de la famille dans ce pays essentiellement catholique de 4,4 millions d'habitants. Le bloc conservateur défend ainsi une position relativement plus ferme que les sociaux-démocrates sur la question des contrôles frontaliers pour gérer l'afflux de migrants. Quelque 338.000 migrants ont transité par la Croatie depuis la mi-septembre, franchissant la frontière avec la Serbie à un rythme quotidien de 5.000, parfois même 10.000. Très peu restent dans le pays, l'un des plus pauvres de l'Union européenne. LE HDZ ATTAQUE SUR LE TERRAIN ECONOMIQUE Selon certains politologues, il n'est pas impossible que le HDZ ait du mal à obtenir suffisamment de soutiens au parlement pour constituer un gouvernement, ce qui laisserait des chances aux sociaux-démocrates sortants de se maintenir au pouvoir. "Pour le moment, il est plutôt difficile de dire quel camp aura la faveur des petits partis", déclarait le politologue Viseslav Raos. Les signes de reprise économique et les efforts mis en oeuvre pour gérer sans heurts l'afflux de migrants ont permis au Premier ministre Zoran Milanovic et aux sociaux-démocrates de regagner en popularité ces derniers mois. Confronté à l'afflux de dizaines de milliers de migrants depuis la mi-septembre, le gouvernement Milanovic s'est efforcé de les héberger provisoirement et d'assurer leur passage, à l'exception de brèves fermetures des postes-frontières avec la Serbie. "Je ne pense pas que la question des migrants aura un impact sur le résultat des élections", estimait cette semaine Kresimir Milakovic, un ingénieur. "C'est vrai que nous voyons et entendons chaque jour des nouvelles sur les migrants, mais la majeure partie des gens éprouvent de la compassion pour eux; d'autres en éprouvent moins." Le HDZ a attaqué le gouvernement sur le terrain économique, en lui reprochant de ne pas soutenir suffisamment la reprise, après des années de récession qui ont fait reculer la production nationale de 13% depuis 2008. Le taux de chômage avoisine les 16% de la population active, contre une moyenne d'un peu plus de 9% pour l'ensemble de l'Union européenne. La Croatie, devenue à la mi-2013 le 28e membre de l'Union européenne, dépend fortement des touristes étrangers qui affluent chaque été sur la côte et les îles de l'Adriatique. Le PIB devrait progresser de 1,2% cette année et de 1,5% en 2016. Quant à la dette publique, elle avoisine les 90% du PIB et le déficit budgétaire devrait être compris, cette année, entre 4,5% et 5%. Les deux grandes formations politiques s'engagent à consolider le redémarrage de l'économie et à la rendre plus compétitive. Mais, de l'avis des économistes, elles restent vagues quant aux moyens pour y parvenir et aucune n'a dit comment elle allait s'attaquer à un secteur public hypertrophié, résoudre les problèmes de l'assurance retraite, des entreprises nationales déficitaires et d'un système de santé mal géré. "Aucune des deux plus grandes coalitions n'a dit clairement comme elle s'attaquerait aux problèmes économiques les plus importants. Leurs messages en sont restés aux généralités, avec une tonalité populiste", a estimé le syndicat patronal, HUP. (Eric Faye, Tangi Salaün et Benoît Van Overstraeten pour le service français)

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