Les conséquences de Fukushima en France

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LA CATASTROPHE DE FUKUSHIMA A ÉGALEMENT LAISSÉ DES TRACES EN FRANCE
LA CATASTROPHE DE FUKUSHIMA A ÉGALEMENT LAISSÉ DES TRACES EN FRANCE

par Marion Douet

PARIS (Reuters) - Le 11 mars 2011, un tsunami ravageait la centrale de Fukushima-Daichi, au nord-ouest du Japon, provoquant la deuxième plus importante catastrophe nucléaire de l'Histoire.

A 10.000 kilomètres de là, l'accident a provoqué un émoi immédiat en France, pays du "tout-nucléaire", comme dans le reste de l'Europe, réveillant le spectre de la catastrophe de Tchernobyl de 1986 et du mensonge qui s'en était suivi sur le trajet du nuage radioactif qui aurait épargné le pays.

La catastrophe a laissé des traces en France, où le nucléaire s'est immiscé dans la campagne présidentielle, a vu son hégémonie sur le mix énergétique remise en cause et ses normes de sûreté révisées, entraînant quelque 10 milliards d'euros de travaux.

UNE OPINION MITIGÉE

Les sondages divergent sur le sentiment des Français à l'égard de cette énergie qui fournit 75% de l'électricité.

En mars 2012, un an après la catastrophe, deux tiers des Français estimaient qu'un accident comparable à celui de Fukushima pourrait se produire en France et 80 % des personnes interrogées pensaient que la France est trop dépendante de l'énergie nucléaire, selon un sondage CSA publié par Greenpeace.

Mais ce week-end, un sondage Ifop pour Dimanche Ouest France donnait les Français majoritairement confiants dans l'atome, 58% des personnes interrogées disant ne pas être inquiètes des centrales nucléaires françaises, contre 42% disant l'être.

Samedi, les associations antinucléaires ont revendiqué à Paris 20.000 manifestants qui formaient une chaîne humaine entre la Défense et Bercy, passant par les lieux de décision symboliques de l'industrie nucléaire, pour exiger l'arrêt de l'exploitation de cette énergie en France.

50% DE NUCLÉAIRE EN 2020

En 2012, la politique énergétique s'est fait une place de choix dans le programme de François Hollande, le candidat socialiste promettant notamment de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), la plus vieille du parc français étant située en zone sismique et inondable.

François Hollande a souhaité terminer la construction d'un réacteur de 3e génération à Flamanville (Manche) mais abandonner le projet d'ériger un deuxième EPR à Penly (Seine-Maritime), contrairement à son prédécesseur Nicolas Sarkozy.

Le président s'est également engagé à entamer un virage sans précédent dans la politique énergétique en réduisant de 75% à 50% le poids du nucléaire dans la production d'électricité.

Le débat sur la transition énergétique lancé par le gouvernement en novembre doit permettre de déterminer comment la France va s'affranchir d'une culture nucléaire qui a guidé sa politique énergétique depuis soixante ans.

Selon Greenpeace, qui a réalisé une étude sur la transition énergétique, cette promesse nécessite la fermeture de dix réacteurs d'ici la fin du mandat de François Hollande en 2017.

10 MILLIARDS D'EUROS DE TRAVAUX

L'autorité de sûreté nucléaire (ASN) a demandé aux exploitants de réaliser des travaux importants pour améliorer la sûreté des centrales sur la base notamment des enseignements tirés de Fukushima.

EDF a estimé que ces travaux allaient coûter au total 10 milliards d'euros, dont la moitié étaient déjà prévus dans une enveloppe de 50 milliards d'euros d'investissements sur le parc nucléaire dans les dix prochaines années.

A moyen terme, l'électricien français est tenu de sécuriser le noyau dur de ses centrales et de mettre en place d'ici à la fin 2014 une force d'action rapide nucléaire (FARN), ce dispositif devant permettre de fournir des moyens d'intervention d'urgence en moins de 24 heures.

Pour Areva, la catastrophe a provoqué une baisse des activités avec le Japon -qui passe de 8% du chiffre d'affaires du groupe à 5%- et a entraîné environ 940 millions d'euros d'annulations de commandes.

A l'échelle européenne, les investissements résultant des stress-tests sont estimés entre 10 et 25 milliards d'euros, selon un projet de rapport de la Commission européenne.

LE SPECTRE D'UN ACCIDENT RÉVEILLÉ

Il y aura "un avant et un après Fukushima" avait assuré en 2012 André-Claude Lacoste, l'ancien président de l'ASN, qui avait profité de l'accident pour tenter de gommer l'image de Tchernobyl, où 25 ans plus tôt les autorités françaises avaient minimisé l'impact de la catastrophe.

L'ASN a été la première institution à classer l'accident au niveau le plus élevé sur l'échelle des incidents nucléaires (Ines) et a activé dès les premiers jours un plan de communication inédit destiné à fournir en temps réel au monde entier un point de vue objectif sur la crise au Japon.

Pour la première fois en France, une évaluation économique d'une catastrophe similaire à Fukushima a récemment été publiée, estimant ce coût à quelque 430 milliards d'euros, soit l'équivalent de 20% de son PIB, selon l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Selon cette étude diffusée en février 2013, 100.000 personnes pourraient être déplacées sur le territoire.

Le groupe Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a demandé dimanche qu'un audit "indépendant et pluraliste" soit réalisé après la publication, dans le Journal du dimanche, d'extraits d'un rapport confidentiel de l'IRSN selon lequel un tel accident pourrait en fait atteindre un coût de 5.800 milliards d'euros.

L'institut a mis en doute lundi un chiffre "fort peu réaliste", extrait de travaux préliminaires réalisés en 2007, bien avant la catastrophe.

Edité par Yves Clarisse

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  • M4517289 le lundi 11 mar 2013 à 13:26

    Où en est-on à Tchernobyl ? Plus d'information depuis l'épisode "neigeux" Par un coup de baguette magique, une bonne fée aurait tout arrangé ! Fukushima est semble-t-il bien loin dans nos esprits... Et pourtant ! Que deviendrait notre pauvre France aux 52 centrales si pareil accident survenait ? Pour développer l'indépendance énergétique commençons à légiférer pour les toitures en tuiles photovoltaïques provoquant énergie, emplois etc...

  • Phillrug le lundi 11 mar 2013 à 11:49

    Les écolos sont contre le nucléaire, l'expérimentation du gaz de schiste, les énergies fossiles mais tolèrent qu'en Allemagne on utilise à fonds de nouveau le charbon pour compenser et n'acceptent pas que l'on "défigure le paysage" (700 ha de parc solaire ds le Gard, parcs éoliens trop grands, etc..).Ce n'est pas avec cette politique du ni-ni cautionnée par le pouvoir en place qu'on développera notre indépendance énergétique.