Les conseillers financiers face à l'incertitude économique européenne

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Les conseillers financiers, réunis à Monaco pour trois jours de forum, expriment leurs craintes d'une crise dont les origines ne sont pas traitées. Mais ils restent optimistes sur les pistes d'investissements propres à quelques jolis coups.

«Nous n'avons pas de vision à terme stable. Il est très difficile de faire des prévisions même à court terme. Nous nous apercevons ainsi que les origines de la crise financière de 2008 ne sont pas encore traitées», soupire Guy Cohen, vice-président de l'Association nationale des conseils financiers (A.NA.CO.FI.) et président de sa commission de déontologie. «La crise de 2008 est toujours devant nous. Nous n'avons toujours pas enregistré de progrès réels dans sa résolution», confirme Jean-Pierre Diserens, Secrétaire générale de la Convention of Independant Financial Advisors (CIFA).

Ces réflexions résument bien les inquiétudes qui s'expriment, dans le monde de la finance en général et des conseillers en gestion financière en particuliers à la veille du forum CIFA qui s'ouvre, à Monaco, ce 24 avril pour trois jours de débats. La crise semble rester incontrôlable et exiger une attention extrême pour que les investisseurs ne perdent pas leurs capitaux dans des placements risqués. Des inquiétudes normales dans la mesure où la CIFA, créé en 2001 et regroupant les associations professionnelles de conseillers en gestion de patrimoine, s'est donnée comme mission de remettre la finance au service des épargnants, de lutter pour une meilleure régulation de la finance et contre la criminalité financière - le cadre ensoleillé de Monaco pouvait prêter à sourire mais les organisateurs ont été rassurés de constater que la Principauté ne semble pas figurer dans les documents publiés lors de l'opération OffshoreLeaks, initié par l'ONG Center for Public Integrity. Cette lutte globale pour une finance morale conduit les organisateurs à s'interroger sur des questions philosophiques comme la promotion de la Journée du Bonheur, initiée par Nassir Abdulaziz Al-Nasser, Ancien président de l'Assemblée générale de l'ONU. Il n'en reste pas moins que ces inquiétudes seront l'objet essentiel du forum avec des conférences portant sur «Sauver le système financier mondial: qui va payer?» où «La régulation des acteurs de la finance a-t-elle résolu les problèmes?» mais, dans les couloirs et dans les assemblées plénières quelques solutions s'ébauchent pour aider les épargnants.

Une crise qui va durer

L'analyse de la crise que connaissent les économies développées reste commune à l'ensemble des participants. La crise est une crise de la dette. «Les pays vivent au dessus de leurs moyens et surtout, certains d'entre eux, comme la France, ne sont pas efficaces dans leurs investissements publics. Donc, la dette explose sans rien apporter à l'économie», assène Guy Cohen. «Cette crise financière est une crise de la dette souveraine qui frappe les pays soi-disant riches. Aucun pays n'a l'intention de payer la facture sauf par une distribution accrue de leurs monnaies-confettis comme le sont devenus l'euro, le dollar ou le yen. Et vous pouvez même ajouter le franc suisse», grince Jean-Pierre Diserens.

«La crise est plus politique qu'économique. Elle se traduit par un problème de déficit et donc de dette massive aux Etats-Unis et dans l'Union européenne. Aux Etats-Unis, les déficits sont la conséquence de la politique de grande puissance de ce pays. Dans l'Union européenne, ils trouvent leur origine dans le fait que les gouvernements achètent les votes des électeurs par le biais de systèmes d'assistance et de sécurité sociale toujours plus coûteux», analyse Vincent Derudder, Président de l'European Federation of Financial Advisers & Financial Intermediaries (FECIF).

Dans ce contexte, les experts sont convaincus que la crise va durer encore longtemps. Avec des mots très durs, Jean-Pierre Diserens n'hésite pas à parler d' «Etats kleptocratiques» en parlant des Etats-Unis et de l'Union européenne: «Des Etats qui n'ont pas hésité à créer de l'argent facile et l'ont distribué à certaines banques qui, parce qu'elles étaient jugées trop grandes pour faire faillite, se sont transformées en de gigantesques hedge funds qui ne travaillent plus pour l'épargnant ni pour l'économie réelle mais pour leur propre compte». «Les dirigeants n'ont pas le courage politique d'accepter les solutions qu'il faudrait mettre en œuvre pour réduire une dette d'un montant à ce point colossal», estime, de son côté, Vincent Derudder.

Dans ce contexte énervé, les spécialistes réunis à Monaco vont se trouver devant une mission délicate: répondre à la demande impérative posée par la charte de la CIFA: aider les investisseurs à protéger voire accroitre leur patrimoine. «La charte de la CIFA indique qu'il faut qu'il y ait stabilité des règles de droit pour que les investisseurs soient rassurés. Or, au moins en France, il y a une instabilité juridique totale. Celle-ci a certes toujours été la règle dans notre pays mais aujourd'hui cela atteint des sommets. Je pense, notamment, à la future loi sur l'obligation des assurances complémentaires ou aux modifications prévues à la loi sur l'épargne salariale. Il n'y a pas de vision à long terme stable aujourd'hui. Or c'est ce que demandent les investisseurs», souligne Guy Cohen. «Notre mission consiste effectivement à donner une visibilité sur l'avenir à nos investisseurs pour qu'ils puissent se protéger et, plus, qu'il puisse savoir où investir. Dans ce contexte, nous devons protéger nos clients en leur donnant une perception diversifiée des investissements possibles», ajoute Jean-Pierre Diserens.

Des raisons d'espérer?

Les conseillers financiers français, européens et du monde entier avancent quand même quelques solutions concrètes, quelques pistes d'investissements. Vincent Derudder avance trois pistes principales: «Il faut investir dans des PME, européennes par exemple, qui offrent des rendements intéressants. Certaines de ces entreprises se développent malgré la crise. Toutes ces entreprises performantes ne sont pas obligatoirement positionnées dans les secteurs de la haute technologie. Ensuite, deuxième piste à suivre: les entreprises qui travaillent dans le domaine de la recherche. Des fonds d'investissement spécialisés offrent des rendements intéressants. Enfin, troisième solution, évidemment: les investissements dans les pays dits émergents. Mêmes pour un investisseur moyen, cela reste intéressant et possible au travers de fonds d'investissement spécialisés». Plusieurs conseillers ironisent sur la crainte répandue d'un environnement politique instable dans ces pays. Ils font remarquer, à bon droit, que l'histoire de l'Europe sur les 100 dernières années n'a pas été particulièrement stable.

De son côté, Jean-Pierre Diserens envisage deux pistes: «point essentiel, il faut impérativement éviter les banques. Il faut investir dans des actifs réels, en clair, le plus souvent des actions d'entreprises, tous les produits qui ne sont pas vendus par les banques. Ils ne permettront pas de gagner de l'argent mais au moins de préserver son capital. C'est une stratégie adaptée à notre période pour limiter les dégâts. L'important étant que ces investissements possèdent un potentiel de développement. Seconde piste, suivre les évolutions financières des start-up dont le financement ne passe plus par le système bancaire traditionnel. Il s'agit bien évidemment de prises de risques mais ces prises de risques peuvent être totalement gagnantes. L'investissement est totalement séparé des systèmes financiers traditionnels. Les systèmes financiers parallèles à ceux des banques peuvent sembler risqués mais il faut se méfier des banques comme le montre l'exemple de Chypre». Pour Guy Cohen, «plusieurs solutions s'offrent à l'investisseur. Les solutions simples sont à suivre en France comme l'assurance vie ou les dispositifs d'épargne salariale».

Reste le débat sur l'investissement immobilier. Il devrait être vif dans les couloirs du forum CIFA, tant celui-ci peut apparaître comme une sécurité face aux incertitudes. Cependant, Guy Cohen craint l'explosion d'une nouvelle bulle: «Y aurait-il demain une crise immobilière en France? 2% du PIB est investi dans l'immobilier, ce qui est le plus fort taux en Europe. Cela peut-il se poursuivre?» Cette crainte est confirmée par Vincent Derudder: «L'immobilier spéculatif est condamné à disparaître au profit de l'immobilier d'utilisation qui reste beaucoup plus sain».

Cependant, des précautions doivent être prises quels que soit les projets d'investissement. Des veilles, des investigations, des recherches doivent être menées pour vérifier la solidité des entreprises visées et, surtout, la capacité des équipes dirigeantes à mener à bien leurs projets d'investissements afin que l'investisseur puisse réduire les risques.

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