Les combats entre Damas et Kurdes compliquent encore le conflit

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    par Angus McDowall  
    BEYROUTH, 20 août (Reuters) - Les combats entre l'armée 
syrienne et les milices kurdes ont redoublé d'intensité vendredi 
soir et se poursuivaient samedi à Hassaka, dans le nord-est du 
pays, ouvrant un nouveau front dans l'interminable guerre civile 
syrienne. 
    Les forces gouvernementales et les Kurdes avaient 
jusqu'alors évité au maximum toute confrontation, l'armée de 
Damas consacrant l'essentiel de ses moyens à la lutte contre les 
rebelles arabes sunnites qui cherchent à renverser Bachar al 
Assad, dans l'ouest du pays, tandis que les Kurdes affrontaient 
principalement l'organisation djihadiste Etat islamique (EI) 
pour défendre ses territoires dans le nord du pays. 
    Depuis le début du conflit il y a cinq ans, l'armée syrienne 
a conservé deux enclaves dans les villes de Hassaka et Qamishli, 
séparées de 70 km et situées en territoire contrôlé par les 
Kurdes. 
    Le modus vivendi entre forces gouvernementales et Kurdes, 
qui ont occasionnellement combattu les rebelles dans le 
nord-ouest du pays, a poussé l'opposition syrienne à les ranger 
dans le même camp et à refuser que les Kurdes participent à ses 
côtés aux pourparlers de paix organisés par l'Onu à Genève. 
    Mais la donne pourrait être en train de changer. En avril, 
déjà, des affrontements meurtriers avaient éclaté à Qamishli 
entre l'armée syrienne et des combattants de la milice kurde 
YPG, qui constitue le fer de lance de la coalition constituée 
par les Etats-Unis pour lutter contre l'EI. 
    Les combats ont atteint une toute autre ampleur à Hassaka, 
où l'aviation de Damas a bombardé pour la première fois des 
positions tenues par les Kurdes, en accusant ces derniers de 
chercher à s'emparer de la totalité de la ville. 
    "Les combats continuent à l'intérieur de la ville", a 
déclaré samedi un responsable kurde, au lendemain du départ de 
nombreux habitants des quartiers sous contrôle kurde pour 
échapper aux bombardements. 
    Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), 
les combats ont fait au moins 25 morts depuis jeudi. 
     
    LA TURQUIE COMPTE S'IMPLIQUER 
    L'ouverture de ce nouveau front pourrait compliquer la lutte 
contre l'EI en raison du rôle clé joué par les YPG au sein des 
Forces démocratiques syriennes (FDS), qui viennent de reprendre 
aux djihadistes la ville de Manbij, un verrou stratégique sur la 
route Rakka, la capitale autoproclamée de l'EI en Syrie. 
    Les Etats-Unis ont de leur côté annoncé vendredi que des 
avions de l'US Air Force avaient été envoyés à Hassaka pour 
protéger les forces spéciales américaines au sol et les 
combattants des FDS. C'est la première fois depuis le début du 
conflit il y a cinq ans que la coalition semble vouloir 
s'interposer entre l'armée syrienne et des belligérants. 
    Les affrontements à Hassaka pourraient aussi avoir des 
répercussions sur la campagne gouvernementale dans la région 
d'Alep, où les forces kurdes ont jusqu'à présent fait front 
commun avec l'armée de Damas face aux rebelles. 
    D'autant que ces combats ont éclaté quelques jours après 
l'annonce d'un rapprochement diplomatique entre la Russie, 
principal soutien militaire du régime de Damas, et la Turquie, 
qui s'inquiète de voir les Kurdes syriens se constituer un 
territoire autonome à sa frontière et alimenter les ambitions 
séparatistes des Kurdes de Turquie. 
    Les Unités de protection du peuple (YPG) ont des liens 
étroits avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en 
Turquie et dans le communiqué justifiant ses frappes aériennes à 
Hassaka, l'armée syrienne a présenté vendredi les YPG comme une 
branche du PKK. 
    Sans doute soucieuses d'apaiser les craintes d'Ankara, les 
FDS ont fait savoir samedi qu'après avoir repris Manbij, elles 
n'entendaient pas avancer pour le moment en direction du Nord et 
de Djarablous, dernier bastion de l'EI près de la frontière 
turque. 
    De son côté, le Premier ministre turc Binali Yildirim a 
déclaré samedi que son pays entendait s'impliquer davantage pour 
trouver une solution à la guerre civile syrienne dans les 
prochains mois afin d'éviter qu'elle ne dégénère en "conflit 
ethnique". 
    "Cela signifie ne pas permettre que la Syrie soit divisée 
selon des critères ethniques, c'est une question cruciale pour 
la Turquie", a dit le chef du gouvernement à des journalistes à 
Istanbul. 
    Binali Yildirim a ajouté avoir bon espoir que les grandes 
puissances impliquées dans le conflit (Russie, Etats-Unis mais 
aussi Iran et pays du Golfe) s'entendent pour trouver ensemble 
une issue. 
 
 (Tangi Salaün pour le service français) 
 )
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