Les combats à l'arrêt en Syrie, première trêve en cinq ans

le
1
TRÊVE EN SYRIE
TRÊVE EN SYRIE

par John Davison

BEYROUTH (Reuters) - Les combats sont globalement à l'arrêt dans l'ouest de la Syrie samedi après l'entrée en vigueur du plan russo-américain de cessation des hostilités, un calme sans précédent en cinq années de conflit.

C'est la première fois que les grandes puissances ont réussi à négocier une pause dans la guerre civile en Syrie. Les Nations unies entendent saisir l'occasion pour reprendre des négociations entre le régime de Bachar al Assad et l'opposition.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG basée à Londres, et les Nations Unies n'ont fait état que de tirs isolés dans l'ouest du pays depuis le début de la trêve, vendredi à 22h00 GMT.

Selon l'émissaire spécial des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, des incidents constatés à Damas, la capitale, et Deraa, dans le sud-ouest du pays, quelques minutes après l'heure dite ont rapidement fait place au calme. Le calme est ensuite rapidement revenu dans les deux villes.

Le gouvernement syrien et son allié russe, ainsi que plusieurs groupes de l'opposition syrienne, avaient dit qu'ils se conformeraient au plan.

Le texte élaboré par Washington et Moscou exclut de son champ d'application l'Etat islamique et le Front al Nosra, émanation syrienne d'Al Qaïda. La Russie a d'ailleurs prévenu qu'elle ne cesserait pas ses opérations contre ces deux groupes.

Les Nations unies ont exhorté vendredi toutes les parties prenantes à respecter les termes du cessez-le-feu.

"Prions pour que cela fonctionne car, très franchement, c'est la meilleure opportunité qui se soit jamais présentée au peuple syrien depuis cinq années pour voir apparaître quelque chose de meilleur et, espérons-le, qui aura trait à la paix. Les faits le diront", a dit vendredi Staffan de Mistura.

LE CALME PRÉVAUT

L'émissaire a annoncé son intention d'organiser trois semaines de discussions de paix à partir du 7 mars. Le conflit syrien a fait au moins 250.000 morts et onze millions de déplacés.

Les discussions auront lieu pour peu que le cessez-le-feu tienne sur le terrain, a précisé Staffan de Mistura et que l'aide humanitaire puisse être davantage distribuée.

Les combats ont fait rage dans l'ouest de la Syrie jusqu'à l'entrée en vigueur de la trêve, a indiqué l'OSDH. Mais, peu après minuit, le calme régnait dans une grande partie du pays.

"A Damas et dans les campagnes alentours (...) pour la première fois depuis des années, le calme prévaut", a déclaré le directeur de l'OSDH, Rami Abdoulrahman. "A Lattaquié, c'est calme, et à la base aérienne de Hmeimim, il n'y a aucune activité", a-t-il dit à propos de l'endroit d'où décollent les avions de guerre russes.

Dans le nord du pays, à Alep, des coups de feu ont été entendus peu après minuit et des explosions ont retenti dans le nord de la province de Homs, sans que leur origine soit connue, a dit Rami Abdoulrahman.

Dans la journée de vendredi, 40 militaires du gouvernement syrien et des forces alliées et 18 rebelles sont morts dans des combats et frappes aériennes dans la province Lattaquié, a annoncé l'OSDH.

Egalement dans les heures qui ont précédé l'arrêt des combats, six personnes ont été tués dans un raid aérien dans la province d'Alep. A Douma, dans la plaine de la Ghouta orientale près de Damas, cinq personnes ont été tuées. Deraya, ville assiégée près de la capitale, a été bombardée par des dizaines de frappes aériennes.

METTRE FIN À UN CONFLIT ATROCE

Vendredi, le Front al Nosra, branche syrienne d'Al Qaïda, a dénoncé la trêve et a appelé tous les rebelles syriens à intensifier leurs attaques contre les forces du président Bachar al Assad et leurs alliés chiites libanais et iraniens.

Le plan russo-américain, qui n'a pas été signé par les parties prenantes, est moins contraignant qu'un accord formel. Il prévoit un arrêt des combats afin de permettre à l'aide humanitaire d'atteindre les populations assiégées et de reprendre les négociations.

Certaines mesures d'aide internationale ont été apportées cette année dans des villes assiégées à la suite d'accords ciblés mais les Nations Unies demandent un accès plus large à tous les Syriens qui en ont besoin.

La Croix rouge a appelé à mettre fin au conflit.

"Il est temps pour les belligérants de mettre un terme à ce conflit atroce et pour les puissances mondiales qui peuvent influencer la situation d'agir de manière décisive", a dit le président de la Croix-Rouge Peter Maurer dans un communiqué.

"La chose la plus urgente est d'augmenter l'aide humanitaire (...). La livraison de l'aide ne doit pas dépendre des négociations politiques", a-t-il dit.

Pour les Nations unies, la trêve est une étape préliminaire à un cessez-le-feu officiel à établir. Le gouvernement syrien a fait savoir que la trêve serait rompue si des Etats étrangers fournissaient les rebelles en armes ou si ces derniers profitaient du cessez-le-feu pour se réarmer.

La principale organisation d'opposition soutenue par Ryad, le Haut conseil pour les négociations (HCN), a dit qu'elle acceptait une trêve de deux semaines, tout en craignant que les forces gouvernementales ne poursuivent leurs attaques contre les rebelles sous couvert de viser le Front al Nosra.

Les YPG (unités de protection du peuple), qui constituent un partenaire important pour la coalition internationale contre l'Etat islamique conduite par les Etats-Unis, s'y sont également rallié, en se réservant toutefois le droit de riposter si elles étaient attaquées.

Ses combattants ont poursuivi leurs affrontements avec l'EI vendredi dans la province de Rakka, bastion des djihadistes, a fait savoir l'OSDH.

(Julie Carriat pour le service français, édité par Danielle Rouquié)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M6749774 il y a 10 mois

    C'est super pour Daeche ils vont pouvoir rapidement reprendre le terrain perdu et même davantage.