Les collectionneurs d'art menacent de quitter la France

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Les collectionneurs, galeristes et acteurs du monde de l'art présents à la Biennale de Venise ont accueilli avec surprise et déception l'amendement proposant d'inclure les ?uvres dans l'assiette de l'ISF.

La nouvelle les a cueillis à froid mercredi. Bon nombre de collectionneurs, galeristes et autres acteurs du monde étaient à Venise pour l'inauguration de la Biennale d'art contemporain. Un rendez-vous tant attendu... Mais la fête a été un peu gâchée par l'initiative des députés français qui cherchent à intégrer les œuvres d'art dans le calcul de l'ISF. «Serions-nous punis d'être restés en France ? s'interroge Yoyo Maeght, PDG de Maeght Editeur et petite-fille du galeriste et collectionneur Aimé Maeght. On nous avait toujours dit de partir mais nous ne l'avons pas cru. Le ministère des Finances m'a même consultée sur ce sujet - qu'est-ce qu'une œuvre d'art ? - et il a organisé plusieurs réunions auxquelles j'ai participé. Je ne pensais pas que les décisions seraient arrêtées aussi vite. Je n'ai pas lu le texte proposé et je ne sais pas quel est le taux prévu. Mais cela signifie-t-il que si je veux garder le portrait de ma grand-mère peint par Giacometti, je serais imposée à l'ISF ? Cela deviendrait une taxe annuelle en plus d'être une taxe de succession.»

Déjà se posent les questions pratiques sur la mise en œuvre d'une telle mesure. «Qu'est-ce qu'une œuvre d'art ?, dit François Blanc, directeur de Communicart, agence en communication culturelle. Comment l'évaluer ? En fonction de son prix d'achat ou de son prix de vente ? Sur le marché français ou international ? Un vrai casse-tête pour la déclaration fiscale.»

Des conséquences pour le marché de l'art

L'autre inquiétude, ce sont bien sûr les conséquences. «Il est important que cette loi ne passe pas, analyse Laurence Dreyfus, consultante en art. Elle freinerait les motivations des jeunes collectionneurs qui depuis quelques années ont redynamisé le marché par leurs achats courageux.» «Cette mesure incitera les amateurs à vendre à l'étranger et surtout pas à acheter en France, renchérit Emmanuel de Chaunac, senior vice president chez Christie's. Il y a un risque énorme de fuites des œuvres d'art à l'étranger. À l'échelle mondiale, et surtout au regard des pays émergents, le marché français arrive loin derrière la Chine - nouveau leader mondial - ou les États-Unis. Il perdrait encore de son influence.»

En tout, ceux qui ont déjà choisi de quitter la France n'en sont que plus heureux, à l'instar de ce couple de collectionneurs parisiens qui s'est installé en Belgique il y a six mois. «Cela nous conforte dans notre décision, disent-ils. Pour notre grande collection nous achetons et vendons souvent. En France, on voulait déjà nous taxer sous prétexte que nous avions une activité assimilable à une activité de marchands.»

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