Les classes moyennes courtisées pour la présidentielle

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par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - La classe moyenne, catégorie difficile à définir mais considérée comme fidèle aux urnes et consommatrice, donc essentielle pour la croissance, est objet de convoitise en vue de l'élection présidentielle en France.

Au lendemain du discours du François Hollande, dimanche au Bourget, le président Nicolas Sarkozy a accusé le candidat socialiste d'avoir lancé une "attaque absolument sans précédent" contre cette catégorie, déclenchant une réplique de l'intéressé.

Plus tôt dans la journée, le sujet avait fait l'objet d'une passe d'armes entre le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, et le président du groupe PS à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault.

"Les 70 milliards de cadeaux fiscaux qui n'ont servi à rien pour l'économie, ce sont les classes moyennes qui les paient", a lancé dans l'hémicycle le député-maire socialiste de Nantes.

Dans le viseur de la majorité : la révision du quotient familial et la fusion Impôt sur le revenu-Contribution sociale généralisée (CSG) envisagées par le candidat socialiste ou encore son idée de créer une tranche d'imposition à 45%, pour des revenus par parts de 150.000 euros par an.

"Voilà que la droite nous fait procès : rendez-vous compte, je vais toucher aux classes moyennes !", a répliqué François Hollande sur le mode de l'ironie lors d'un meeting à Toulon.

"Si jamais dans cette salle, je l'espère, plusieurs personnes sont concernées, qu'elles viennent me voir et je ferai résipiscence, ou plus exactement je leur dirai : 'Quelle chance vous avez d'avoir 150.000 euros et vous ne feriez pas l'effort de payer un peu plus pour ceux qui ont tant besoin de la solidarité !'", a-t-il ajouté.

Traditionnellement peu tentées par les extrêmes, les classes moyennes s'étaient laissé séduire par le centriste François Bayrou lors de la présidentielle de 2007, puis par Europe Ecologie-Les Verts aux élections européennes deux ans plus tard, souligne l'économiste Eric Maurin.

ÉLECTORAT NON ACQUIS

"On voit donc que c'est un électorat médian, pivot et surtout non acquis", a-t-il expliqué à Europe1.fr.

En France, où le salaire médian est d'environ 1.600 euros par mois, la classe moyenne constitue une catégorie fluctuante par définition, selon que l'on considère les revenus ou le sentiment d'appartenance.

Dans une étude du Centre pour l'étude et l'observatoire des conditions de vie (Credoc) de 2009, deux personnes sur trois pensaient appartenir à cette classe tandis que seule 5% de la population s'estimait "aisée" ou "privilégiée".

"Les classes moyennes, elles consomment, elles paient des impôts et elles votent. Elles ont le sentiment de beaucoup payer et de ne pas beaucoup recevoir", résumait mercredi sur RTL Flavien Neuvy, de l'observatoire de la société de crédit à la consommation Cetelem, auteur d'une étude sur la question.

Pour réaliser cette dernière, l'institut a éliminé les 20% de ménages les plus riches et les 20% les plus pauvres. Selon sa définition, un ménage de classe moyenne est donc un couple avec enfant qui gagne entre 1.800 et 3.600 euros nets.

Dans cette enquête, seules 33% des personnes appartenant à la classe moyenne interrogées en France ont vu leur situation s'améliorer ces dix dernières années.

Les chiffres montrent une hausse des revenus par ménage de 21,9%, soit une progression du pouvoir d'achat de 3,4%. Mais dans le même temps, note l'étude, les dépenses contraintes (logement, santé, éducation) ont augmenté, passant de 29% en 2000 à 32% en 2010, réduisant d'autant les dépenses arbitrales (alimentation, textile, transport), passées de 43% à 40%.

"Les classes moyennes sont satisfaites de leurs vies aujourd'hui, mais elles ont peur pour leurs enfants", a commenté Flavien Neuvy.

La jeunesse est l'une des priorités de François Hollande pour son éventuel futur quinquennat.

"Est-ce que les jeunes vivront mieux en 2017 qu'en 2012 ? Je demande à être jugé sur ce seul engagement", a-t-il déclaré dimanche.

Avec Jean-François Rosnoblet à Toulon, édité par Patrick Vignal

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  • M601364 le mercredi 25 jan 2012 à 20:27

    les prix du gaz mutuelles sont dingues??? A QUI LA FAUTE