Les choix risqués de Barack Obama pour la CIA et le Pentagone

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BARACK OBAMA NOMME JOHN BRENNAN À LA TÊTE DE LA CIA
BARACK OBAMA NOMME JOHN BRENNAN À LA TÊTE DE LA CIA

par Matt Spetalnick

WASHINGTON (Reuters) - Barack Obama a nommé lundi son conseiller pour la lutte antiterroriste John Brennan à la tête de la CIA et le républicain Chuck Hagel au poste de secrétaire à la Défense, deux choix qui risquent de susciter la controverse.

Le choix de Chuck Hagel, un conservateur atypique, pour remplacer l'actuel titulaire du portefeuille de la Défense, Leon Panetta, risque de passer difficilement au Capitole.

Les détracteurs de l'ancien sénateur républicain du Nebraska rappellent qu'il s'est opposé non seulement aux sanctions contre l'Iran ou la Libye mais a aussi un jour critiqué l'influence de ce qu'il a appelé le "lobby juif" à Washington.

Le président a souligné que le choix de Chuck Hagel était conforme à une tradition bipartisane plus nécessaire que jamais, selon lui, à Washington.

Le choix de John Brennan pour succéder au général David Petraeus, qui a dû démissionner de la principale agence d'espionnage américaine en novembre après la révélation d'une liaison extraconjugale, pourrait lui aussi susciter la controverse.

L'opposition pourrait venir des associations de défense des droits de l'homme. John Brennan, qui a déjà travaillé à la CIA, n'avait pas été retenu pour la direction de l'agence du renseignement en 2008 compte tenu des interrogations suscitées par les méthodes d'"interrogatoire poussé" utilisées sur les personnes soupçonnés de terrorisme sous l'administration Bush.

Avec les arrivées de Chuck Hagel et de John Brennan, qui complètent la nomination du sénateur John Kerry à la tête du département d'Etat, l'équipe chargée des questions de sécurité nationale du président Barack Obama est désormais au complet.

Elle est attendue sur un certain nombre de gros dossiers. Elle sera notamment chargée de gérer la fin officielle de la guerre en Afghanistan, de traiter le dossier nucléaire iranien et de s'adapter à une baisse des dépenses militaires.

"CHOIX INCROYABLEMENT CONTROVERSÉ"

Devant le Sénat, Chuck Hagel ne devra pas seulement répondre sur son engagement envers la sécurité d'Israël mais aussi expliquer certains de ses propos. En 1998, il avait estimé qu'"un candidat à un poste d'ambassadeur n'était pas qualifié parce qu'il était "ouvertement, agressivement gay". Il s'est depuis excusé pour ces propos.

La confirmation de la nomination de Chuck Hagel suggère que le président n'a pas voulu apparaître en position de faiblesse en semblant se rendre à ses opposants et être forcé de choisir quelqu'un d'autre que son favori pour un poste très en vue.

Déjà, Barack Obama a dû renoncer à confier la direction de la diplomatie américaine à Susan Rice, représentante permanente des Etats-Unis à l'Onu, en raison de l'opposition des républicains.

Le risque pour le président démocrate en faisant le forcing pour la nomination de Chuck Hagel est d'entamer le capital politique dont il a besoin pour la prochaine série de négociations sur le budget avec les républicains.

Les élus républicains n'ont pas caché dimanche que le processus de confirmation de la nomination de Chuck Hagel serait difficile. Le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham, qui s'est souvent exprimé sur le sujet, a parlé sur la chaîne de télévision CNN de "choix incroyablement controversé."

ÉLIMINATION DE BEN LADEN

Ses détracteurs affirment que Chuck Hagel, qui a quitté le Sénat en 2008, s'est parfois opposé aux intérêts d'Israël, votant plusieurs fois contre les sanctions américaines à l'encontre de l'Iran. Ses partisans affirment au contraire que son soutien pour Israël n'est pas à démontrer.

Chuck Hagel, qui s'est rapproché de Barack Obama quand ils étaient tous deux sénateurs en raison de leur opposition commune à la guerre en Irak, a aussi été l'un des plus fervents avocats de l'assouplissement des sanctions américaines contre Cuba.

En 2011, dans une interview au Financial Times, il prônait une "cure d'amaigrissement" pour le Pentagone.

La nomination de John Brennan, qui est le conseiller du président pour la lutte antiterroriste depuis son premier mandat, risque de faire également des vagues à Washington.

John Brennan semble avoir toujours été le choix de Barack Obama pour diriger la CIA. Mais les défenseurs des droits de l'homme soulignent que l'utilisation par la CIA sous la présidence de George W. Bush de techniques d'"interrogatoire poussé", certaines assimilables à la torture, ont éclaboussé la réputation de John Brennan.

Celui-ci a démenti tout lien avec ces méthodes d'interrogatoire mais il avait à l'époque retiré sa candidature.

Depuis, John Brennan a été salué pour son rôle dans la préparation de l'opération qui a permis l'élimination d'Oussama Ben Laden en mai 2011 au Pakistan. Ses partisans estiment que cet épisode aidera à faire taire les critiques et permettra de faire passer sa nomination.

"Les états de service de Brennan (...) l'ont préparé à être un directeur exceptionnel de la CIA. Brennan a la pleine confiance du président", a expliqué un haut responsable de l'administration Obama. "Pendant quatre ans, il a vu le président tous les jours, et été à ses côtés pour ses décisions les plus difficiles."

Pascal Liétout, Guy Kerivel, Danielle Rouquié et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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