Les Chinois voient grand pour leurs avions d'affaires

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Les Chinois voient grand pour leurs avions d'affaires
Les Chinois voient grand pour leurs avions d'affaires

par Cyril Altmeyer

GENEVE (Reuters) - Les Chinois qui achètent leur premier avion d'affaires optent généralement pour un modèle haut de gamme, signe extérieur de richesse et apte à assurer plusieurs heures de vol confortables au-dessus des immenses étendues de l'Empire Céleste, constatent les constructeurs.

Les plus gros avions d'affaires, dont les prix peuvent atteindre jusqu'à 70 millions de dollars contre sept millions pour un petit jet, ont vu leurs ventes progresser entre 2008 et 2010 alors que le reste du marché plongeait sous l'effet de la crise financière.

Cette tendance a ainsi vocation à s'accélérer avec la croissance annuelle moyenne de 15% du marché chinois attendue par le constructeur canadien Bombardier d'ici 20 ans, ce qui le porterait à 2.470 avions en 2030.

"Les acheteurs chinois plongent directement dans le grand bain", a déclaré à Reuters Stephen Taylor, directeur de Boeing Business Jets, à l'occasion du salon d'affaires Ebace qui se tient à Genève jusqu'à mercredi.

Il a estimé que les gros avions représentaient plus de la moitié du marché chinois contre environ 20% mondialement.

"Traditionnellement, on commence par un avion d'entrée de gamme, puis un avion moyen, puis un avion pouvant effectuer de plus longs vols", a déclaré de son côté à Reuters Ernest Edwards, directeur du brésilien Embraer Executive Jets. "En Chine, on passe directement de rien à un gros avion, presque rien entre les deux".

Cessna (groupe Textron), qui estime que le marché chinois sera le deuxième du monde d'ici 15 ans, ne s'y est pas trompé. L'avionneur, pourtant positionné sur les avions moyens et légers, compte créer cet été au moins trois coentreprises avec le chinois Avic, dont l'une d'entre elles produira et commercialisera mondialement un avion de grande taille.

"Quand vous avez une population de 1,3 milliard d'habitants et des opportunités phénoménales de croissance, il faut se projeter à 15 ans et investir dès maintenant - sinon vous aurez raté le coche", a dit à Reuters Scott Ernest, PDG de Cessna.

Ernest Edwards (Embraer) feint de s'amuser de l'enthousiasme tout neuf des autres constructeurs.

"Embraer n'est pas un novice sur le marché chinois. L'année prochaine, cela fera 13 ans que nous y sommes, nous serons déjà adolescents !", a-t-il dit à Reuters.

La Chine, qui ne comptait qu'environ 150 jets fin 2011 contre plus de 11.000 en Amérique du Nord, assiste à un décollage de l'aviation d'affaires depuis déjà deux ans, a-t-il ajouté, disant viser à terme 20 à 25% du marché.

Son concurrent Bombardier dit détenir 38% du marché chinois, soit plus que sa moyenne mondiale de 32%.

CHERCHE PILOTE DÉSESPÉRÉMENT

Eldorado universellement reconnu, le marché chinois présente cependant plusieurs handicaps majeurs qui freinent son développement, comme le contrôle de la plupart des aéroports par l'armée.

"Si vous êtes citoyen chinois, vous pouvez décoller de la plupart des aéroports à condition d'avoir un pilote chinois, mais si vous avez un ressortissant étranger à bord, vous n'avez accès qu'aux aéroports civils", a expliqué Ernest Edwards (Embraer).

Et si le marché de l'aviation d'affaires décolle aussi vite que prévu, la pénurie de pilotes, déjà réelle, devrait s'accentuer en dépit des efforts des autorités pour développer des filières de formation.

"Si vous êtes un pilote chinois, vous préférez probablement utiliser votre licence pour des appareils plus gros", a ajouté Ernest Edwards. "Plus l'appareil est gros, meilleur est le salaire".

"Former des pilotes et ouvrir l'espace aérien ne suffiront pas", tempère Brad Mottier, responsable de l'aviation d'affaires chez GE Aviation. "Les Chinois devront aussi moderniser leurs règles de trafic aérien afin de créer un environnement propice à une croissance rapide", a-t-il déclaré à Reuters.

Tous les constructeurs sont particulièrement attentifs aux exigences de cette riche clientèle.

Dassault Aviation, qui compte livrer 12 Falcon en Chine en 2012 contre huit en 2011, y ouvrira cet été une filiale avec 25 personnes, ainsi qu'un centre de service à Pékin.

"Les Chinois commencent tout juste à s'habituer à être propriétaire d'un avion", a dit à Reuters Rodney Williams, directeur commercial des avions d'affaires chez Bombardier.

Si certains clients chinois ont demandé d'équiper leur avion d'un karaoké ou d'une table de ma-jong, la plupart optent pour des intérieurs sobres, adaptés aux missions d'un chef d'entreprise qui va visiter ses usines - loin de l'image du milliardaire clinquant voulant étaler sa richesse.

"Quand vous songez à acquérir un avion de 31 ou 32 millions de dollars, il faut que votre entreprise fasse un demi-milliard de dollars de chiffre d'affaires pour que cela ait du sens", note Ernest Edwards d'Embraer.

"Si le propriétaire ou le PDG de cette entreprise est milliardaire, qui sait? On ne cherche jamais à en savoir tant".

Edité par Jean-Michel Bélot

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