Les Champs-Élysées, champ de bataille des géants du textile

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Ce jeudi matin, Banana Republic ouvre sur l'avenue, devenue incontournable.

Un sol en damier de marbre noir et blanc, un mobilier Art déco, un ascenseur rétro, une série d'arcades néo-classiques évoquant l'atmosphère des grands magasins du siècle dernier. Pour l'implantation aujourd'hui de sa première boutique en France, sise au no 22 de la très prestigieuse avenue des Champs-Élysées, Banana Republic n'a pas lésiné sur les moyens. L'enseigne haut de gamme du groupe américain d'habillement Gap est allée jusqu'à faire venir par bateau une flotte d'authen­tiques taxis new-yorkais pour l'inauguration. Mais, à ce petit jeu-là, elle n'est toutefois pas la première.

En octobre 2010, le géant suédois H & M avait investi la bagatelle de 50 millions d'euros afin d'aménager les 2800 m2 de son flagship au 88-90 de l'avenue. En mai dernier, l'américain Abercrombie & Fitch, marque fétiche des ados, créait l'événement en postant 101 mâles, torses nus, devant sa première adresse hexagonale, au 23 des Champs-Élysées. Et plus récemment, fin novembre, Marks& Spencer signait, après dix ans d'absence, son grand retour à Paris en ouvrant un magasin-étendard au no 100, provoquant pour l'occasion une file d'attente d'une centaine de mètres.

Flambée des loyers

Vitrine mondiale de la mode, les Champs-Élysées ? Prestige oblige, l'avenue où déambulent chaque année quelque 100 millions de visiteurs, est désormais convoitée par la plupart des géants du textile. «Pour les enseignes internationales de la mode, c'est la nouvelle adresse stratégique, comme les grands boulevards il y a dix ans», confie Marc Bolland, le patron de Marks & Spencer.

Normal que la rumeur coure sur l'arrivée d'Aigle et de Levi's en février, mais aussi sur l'implantation probable de Forever 21, The Kooples Sport ou d'un troisième magasin Zara. «On est en route vers un taux de 50 % d'enseignes de vêtements», affirme Philippe Vincent, fondateur et président de la société de conseil Clipperton Développement. Il y a cinq ans, ce taux effleurait les 40 %. Si ça n'est pas une invasion fashion, en tout cas, ça y ressemble drôlement. Et rien ne semble arrêter cette déferlante. Pas même la flambée des loyers.

Selon une étude publiée en septembre par le cabinet de conseil international en immobilier d'entreprise Cushman & Wakefield, l'avenue parisienne a retrouvé en 2011, avec une valeur locative de 7364 ¤ le mètre carré, en hausse de 5,3 %, son statut d'artère commerciale la plus chère d'Europe. À la cinquième place mondiale. «Et encore, c'est un prix moyen qui peut allègrement franchir la barre des 10.000 ¤, assure Philippe Vincent. Mais les marques y gagnent en crédibilité et surtout en chiffre d'affaires. Avec 300.000 passants par jour et des plages horaires étendues grâce aux fermetures tardives et à l'ouverture le dimanche, cela permet 30 à 50 % d'augmentation des gains, c'est quasiment mécanique.»


«Diversité culturelle »

Reste qu'avec des loyers aussi exorbitants, «seuls les grands noms du luxe et de la mode peuvent aujourd'hui se payer les Champs», déplore Lyne Cohen-Solal (PS), adjointe au maire de Paris en charge du commerce et de l'artisanat. Or le charme du lieu repose avant tout sur la diversité de son offre. Un mélange de luxe, de culture et de loisirs. À ce rythme, on pourrait finir comme Oxford Street à Londres. L'uniformité des Champs-Élysées, ce serait la fin de la plus belle avenue du monde», s'inquiète l'élue. Après la pharmacie et le cinéma UGC, c'est La Poste, en janvier dernier, qui a fini par plier bagage.

Certains tentent encore de résister à l'homogénéité qui gagne toute l'artère. À l'instar des cinémas, dont les mètres carrés de salles obscures attisent toutes les convoitises. «Début février 2012, nous allons organiser dans les sept complexes du quartier une semaine entière d'avant-premières , annonce Jean-Noël Reinhardt, le PDG de Virgin et président du comité des Champs-Élysées, qui regroupe près de 200 commerçants. On peut difficilement lutter contre l'augmentation des loyers, mais on peut maintenir la diversité culturelle en multipliant ce genre d'animations afin d'attirer les Parisiens.» Reste une question : cela suffira-t-il pour que cette avenue, plus tout à fait exceptionnelle, ne se transforme pas totalement en immense galerie commerciale à ciel ouvert? Pas sûr...

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