Les cardinaux s'enferment en conclave pour élire un pape

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LES CARDINAUX SONT ENTRÉS EN CONCLAVE
LES CARDINAUX SONT ENTRÉS EN CONCLAVE

par Crispian Balmer et Philip Pullella

CITE DU VATICAN (Reuters) - Les portes de la chapelle Sixtine se sont refermées mardi sur les 115 cardinaux électeurs chargés d'élire le nouveau pontife qui dirigera l'Eglise catholique à l'un des moments les plus difficiles de sa longue histoire.

Les "princes de l'Eglise", tous âgés de moins de 80 ans, avaient auparavant pénétré en procession et en entonnant des chants sacrés dans la chapelle Sixtine, où ils resteront en conclave jusqu'à l'élection du successeur de Benoît XVI.

Ils sont tenus au secret et ne sortiront de l'édifice décoré des fresques somptueuses de Michel-Ange que pour un sommeil réparateur à la Maison Sainte-Marthe voisine.

"L'Eglise tout entière, unie avec nous dans la prière, demande en ce moment la grâce de l'Esprit-Saint de manière à élire un pasteur digne de ce nom pour l'ensemble des fidèles du Christ", a commenté en latin un cardinal alors que s'ébranlait la procession.

Ils ont ensuite entonné "la litanie des saints" pour demander nommément à plus de 150 saints de les guider dans leur choix pour choisir le futur chef de l'Eglise catholique après la renonciation surprise, le 28 février, de Benoît XVI.

Une fois à l'intérieur de la chapelle, ils ont pris leurs sièges et ont entonné un hymne au Saint-Esprit, invité à "rendre visite à leurs esprits" durant le processus de vote.

Puis ils ont lu un serment en latin dans lequel ils s'engagent à respecter toutes les règles du conclave, notamment celle imposant le secret le plus absolu sur leurs délibérations.

Le maître de cérémonie a alors lancé le traditionnel "Extra omnes" (tout le monde dehors), ordonnant à tous les non-électeurs de quitter la chapelle, dont les portes se sont alors refermées, peu après 17h30 (16h30 GMT).

ESPOIR

En fin de matinée, l'ensemble des cardinaux - les 115 électeurs et ceux, octogénaires, qui n'ont plus voix au chapitre - avaient assisté dans la basilique Saint-Pierre de Rome, à la grand-messe solennelle "Pro Eligendo Romano Pontefice" ("Pour l'élection du pontife romain") qui précède le conclave.

Ils ont demandé à Dieu de les éclairer pour leur permettre de choisir le prélat le plus à même de succéder à Benoît XVI.

Joseph Ratzinger a, fait rarissime, renoncé à ses fonctions, expliquant que son âge (85 ans) et son état de santé ne lui permettaient plus de diriger une Eglise fragilisée par des affaires d'abus sexuels, en proie aux luttes intestines et confrontée aux difficultés financières et aux avancées de la laïcité.

La messe, publique, a été dite par le cardinal Angelo Sodano, doyen du Collège des cardinaux. Dans son homélie, il a demandé que "le Seigneur nous accorde un pontife qui embrassera sa noble mission avec un coeur généreux."

Le conclave, dont rien ne doit filtrer, pourrait durer plusieurs jours, aucun favori ne se dessinant clairement. Selon les observateurs, l'Italien Angelo Scola, archevêque de Milan, et le Brésilien Odilo Scherer, archevêque de Sao Paulo, l'abordent toutefois en position favorable.

Si Angelo Scola est élu, l'Eglise aura un pape italien pour la première fois depuis 35 ans. Si le second l'emporte, les catholiques romains seront dirigés par un non-Européen pour la première fois en 1.300 ans.

Mais d'autres cardinaux font figure de "papabile", comme les Nord-Américains Timothy Dolan, archevêque de New York, Sean O'Malley, archevêque de Boston, et Marc Ouellet, le préfet québécois de la Congrégation pour les évêques. Le nom de l'Argentin Leonardo Sandri, né à Buenos Aires de parents italiens, revient aussi dans les pronostics d'avant-conclave.

SOIF DE CHANGEMENT

Le fait qu'un quart seulement des catholiques vivent en Europe peut peser en faveur d'un non-Européen, même si la composition du conclave est plus européen, plus conservateur et plus "romain" que celui qui a élu le pape démissionnaire il y a près de huit ans.

Avec 60 électeurs sur un total de 115, les Européens sont légèrement majoritaires, les cardinaux italiens formant le principal groupe d'électeurs (28).

De nombreux Catholiques ont soif de changement.

"Ce n'est pas un moment d'angoisse, mais un moment de grand espoir. La première chose que l'Eglise devrait faire est de revenir à la vie des gens, au lieu de se perdre dans la théologie", estime Andrea Michieli, un Italien de 22 ans ayant assisté à la messe.

"Le nouveau pape devra donner une image rajeunie de l'Eglise pour que chacun puisse voir que l'Eglise ne se résume pas à la Curie", ajoute-t-il en référence à l'administration vaticane, critiquée pour n'avoir pas su empêcher une série d'incidents qui ont assombri les huit années de pontificat de Benoît XVI.

Les avis sont partagés sur les qualités que devra réunir le prochain pontife, a expliqué le cardinal mexicain Norberto Rivera Carrera au quotidien italien La Stampa. Certains souhaitent un universitaire, d'autres une personnalité proche du peuple, d'autres encore un bon gestionnaire.

Avec Naomi O'Leary et Tom Heneghan, Danielle Rouquié et Jean-Loup Fiévet pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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