Les cardinaux en conclave pour élire le nouveau pape

le
0
LES CARDINAUX VONT ENTRER EN CONCLAVE
LES CARDINAUX VONT ENTRER EN CONCLAVE

par Crispian Balmer et Philip Pullella

CITE DU VATICAN (Reuters) - Les cardinaux ont imploré l'aide divine mardi, quelques heures avant de s'enfermer en conclave dans la chapelle Sixtine pour élire le nouveau pontife qui dirigera l'Eglise catholique à l'un des moments les plus difficiles de sa longue histoire.

Tous les cardinaux, les 115 électeurs âgés de moins de 80 ans et ceux, octogénaires, qui n'ont plus voix au chapitre, se sont rassemblés dans la basilique Saint-Pierre de Rome, pour la grand-messe solennelle "Pro Eligendo Romano Pontefice" ("Pour l'élection du pontife romain") qui précède le conclave.

Ils ont demandé à Dieu de les éclairer pour leur permettre de choisir le prélat le plus à même de succéder à Benoît XVI.

Joseph Ratzinger a, fait rarissime, renoncé à ses fonctions le 28 février, invoquant une santé trop faible pour assumer la tâche de diriger 1,2 milliard de catholiques et une Eglise affaiblie par des affaires d'abus sexuels, en proie aux luttes intestines et confrontée aux difficultés financières et aux avancées de la laïcité.

La messe, publique, a été dite par le cardinal Angelo Sodano, doyen du Collège des cardinaux. Dans son homélie, il a demandé que "le Seigneur nous accorde un pontife qui embrassera sa noble mission avec un coeur généreux."

Le doyen -âgé de 85 ans, il ne participera pas au conclave- a appelé à l'unité au sein de l'Eglise et demandé à chacun de travailler avec le nouveau pape, quel qu'il soit.

Cet office est le dernier événement rassemblant l'ensemble des cardinaux avant que le groupe des électeurs n'entre dans la chapelle Sixtine mardi vers 16h30, d'où ils ne sortiront qu'une fois désigné le 266e pape.

ESPOIR

Le conclave, dont rien ne doit filtrer, pourrait durer plusieurs jours, aucun favori ne se dessinant clairement. Selon les observateurs, l'Italien Angelo Scola, archevêque de Milan et le Brésilien Odilo Scherer, archevêque de Sao Paulo, sont favoris, mais d'autres noms ont été cités.

Si Angelo Scola est élu, l'Eglise aura un pape italien pour la première fois depuis 35 ans. Si le second l'emporte, les catholiques romains seront dirigés par un non Européen pour la première fois en 1.300 ans.

De nombreux Catholiques ont soif de changement.

"Ce n'est pas un moment d'angoisse, mais un moment de grand espoir. La première chose que l'Eglise devrait faire est de revenir à la vie des gens, au lieu de se perdre dans la théologie", estime Andrea Michieli, un Italien de 22 ans ayant assisté à la messe.

"Le nouveau pape devra donner un image rajeunie de l'Eglise pour que chacun puisse voir que l'Eglise ne se résume pas à la Curie", ajoute-t-il en référence à l'administration vaticane, critiquée pour n'avoir pas su empêcher une série d'incidents qui ont assombri les huit années de pontificat de Benoît XVI.

Les avis sont très partagés sur les qualités que devra réunir le prochain pontife, a expliqué le cardinal mexicain Norberto Rivera Carrera au quotidien italien La Stampa. Certains souhaitent un universitaire, d'autres une personnalité proche du peuple, d'autres encore un bon gestionnaire.

CONFLIT OUVERT

Les prélats qui se réuniront sous les fresques de Michel-Ange ont tous été nommés ou par l'Allemand Benoît XVI ou par son prédécesseur polonais Jean Paul II. Son successeur devrait de façon pratiquement certaine continuer à défendre farouchement les enseignements moraux de l'Eglise.

Mais Benoît XVI et Jean Paul II ont été critiqués pour n'avoir pas su réformer la bureaucratie vaticane, critiquée pour ses intrigues et son incompétence. Certains hommes d'église estiment que le prochain évêque de Rome devra être un bon dirigeant lui-même ou alors être capable de mettre en place un équipe compétente.

Le cardinal Carrera pense que les cardinaux se mettront d'accord très vite sur un nom. La durée moyenne des neuf derniers conclaves a été d'un peu plus de trois jours. Aucun n'a duré plus de cinq jours. En 2005, Joseph Ratzinger avait été élu en 24 heures et seulement quatre tours de scrutin.

Se faisant l'écho des divisions entre cardinaux, la presse italienne mardi fait état d'un conflit ouvert entre prélats qui s'est produit lundi lors d'une réunion d'avant-conclave.

Le numéro deux de la hiérarchie vaticane sous Benoît XVI, Tarcisio Bertone, a accusé le Brésilien Joao Braz de Aviz d'avoir fait "fuiter" des commentaires sensibles dans la presse. Ce dernier aurait rétorqué que les fuites proviennent de la Curie, ce qui lui a valu des applaudissements nourris.

Les cardinaux devraient procéder à un premier vote mardi en fin d'après-midi, avant de se retirer dans la résidence Sainte-Marthe qui les héberge pendant la durée du conclave. Personne à l'époque moderne n'a obtenu la majorité requise des deux tiers -77 voix en l'occurrence- dès le premier tour.

Ils pourront organiser quatre tours de scrutin par jour à partir de mercredi. Si personne ne devait être élu d'ici vendredi, les cardinaux organiseront une journée de prière et de réflexion samedi avant de recommencer à voter.

Avec Naomi O'Leary et Tom Heneghan; Danielle Rouquié pour le service français, édité par Gilles Trequesser

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant