Les candidats courtisent la France qui se lève tôt

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LA FRANCE QUI SE LÈVE TÔT COURTISÉE PAR TOUS LES CANDIDATS
LA FRANCE QUI SE LÈVE TÔT COURTISÉE PAR TOUS LES CANDIDATS

par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - Tous les candidats à l'élection présidentielle courtisent désormais la France qui se lève tôt et gagne peu sans gêner pour l'instant Marine Le Pen, qui poursuit son opération de séduction des milieux ouvriers et employés.

La présidente du Front national profite surtout du tassement de Nicolas Sarkozy, affaibli par la décision de l'agence Standard & Poor's de retirer à la dette française sa note triple A, la poussée du chômage et les fermetures d'usines.

L'écart entre le président sortant (23%) et Marine Le Pen (21%) s'est en effet réduit jeudi à deux points dans le sondage quotidien Ifop/Fiducial sur les intentions de vote au premier tour de l'élection présidentielle.

La dirigeante du FN a également progressé dans d'autres sondages (17% chez LH2, 18% chez Ipsos, 19% chez CSA), sans toutefois talonner d'aussi près le président sortant, crédité respectivement de 23,5%, 23% et 26% par ces instituts.

"On peut penser que l'annonce de mauvaises nouvelles sur le front économique fragilise encore plus le président sortant et offre de nouveaux arguments pour Marine le Pen, qui fustige l'impact de ses erreurs", souligne Jérôme Fourquet, de Ifop.

"Si les fermetures d'usines continuent, il se peut qu'on voie une montée en puissance des arguments contre la Commission de Bruxelles qui rend l'Etat impuissant pour voler au secours des entreprises", ajoute-t-il.

Le sort de la compagnie maritime SeaFrance, du raffineur Petroplus et du fabricant de lingerie Lejaby font depuis plusieurs jours la "une" de l'actualité tandis que les projets pour abaisser le coût du travail sont ressentis comme des attaques dans le monde syndical.

SARKOZY "PROTECTEUR" ?

Marine Le Pen, qui dispute à Nicolas Sarkozy le rôle "protecteur" que le chef de l'Etat entend incarner, se présente en championne de la réindustralisation et oppose les "invisibles" au "système en place" favorable à l'Europe.

Selon le dernier sondage Ifop, elle arrive en tête des intentions de vote des ouvriers (39%), devant François Hollande (24%), Nicolas Sarkozy (16%) et Jean-Luc Mélenchon (6%), au grand dam des candidats de gauche et même du centre.

Le candidat du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon s'est ainsi lancé cette semaine dans une "opération de nettoyage" visant à bouter hors du monde ouvrier Marine Le Pen.

"Ne vous abandonnez pas au parti de la haine (...) Ne vous laissez pas diviser d'après votre religion, votre couleur de peau, ou la région de vos ancêtres", a-t-il lancé à Metz, dans un département marqué par la désindustrialisation.

Mercredi, lorsqu'elle s'est rendue devant l'usine PSA de Sochaux (Doubs) pour y distribuer des tracts, la présidente du FN a trouvé la place déjà occupée par des militants du Front de gauche mais le face à face s'est déroulé sans incident.

Dans France soir.fr, Frédéric Dabi, de l'Ifop, doute que Jean-Luc Mélenchon, malgré ses "petites phrases" et sa percée autour de 8% dans les sondages, puisse regagner du terrain sur Marine Le Pen dans les classes populaires.

"Toutes les études sont unanimes: les ouvriers voteront plus Le Pen que Mélenchon au premier tour", dit-il.

"LA CHÂTELAINE DE MONTRETOUT"

La fondation Terra Nova, proche du Parti socialiste, avait provoqué un tollé en 2011 en jugeant l'électorat populaire perdu pour la gauche, ce que le FN n'avait pas manqué d'exploiter.

Marine Le Pen, qui répond à Jean-Luc Mélenchon par l'ironie, s'est efforcée vendredi sur RFI de contrer le candidat centriste François Bayrou, qui a dit jeudi, lors d'un meeting à Dunkerque (Nord), parler au nom "des petits, des obscurs, des sans-grade".

"Tous les gens qui ont un peu de mémoire ou de culture se souviennent que les petits, les obscurs et les sans-grade, c'était le centre du discours de Jean-Marie Le Pen le soir du premier tour (de la présidentielle) de 2002", a-t-elle dit.

Elle en a profité pour accuser Jean-Luc Mélenchon d'être en réalité un intellectuel qui "n'éructe" que sur les estrades. "Il a une vision du peuple qui est celle des élites".

A l'UMP, après la ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet, la ministre de l'Apprentissage Nadine Morano accuse la fille de Jean-Marie Le Pen d'imposture.

"Marine Le Pen, il faut que chacun sache que c'est la châtelaine de Montretout", a-t-elle dit dimanche au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro. "Marine Le Pen vit dans un château, sur les hauteurs de Saint-Cloud, c'est ça la réalité".

"Ce qui me fait de la peine, c'est le discours qu'elle tient aux ouvriers, parce qu'elle les berne", a-t-elle ajouté.

Avec Nicholas Vinocur, édité par Yves Clarisse

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