Les candidats à la présidentielle interpellés sur les prisons

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LES CANDIDATS À LA PRÉSIDENTIELLE INTERPELLÉS SUR LES PRISONS
LES CANDIDATS À LA PRÉSIDENTIELLE INTERPELLÉS SUR LES PRISONS

par Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Une instance indépendante de contrôle propose de faire entrer internet en prison pour les détenus en France et suggère aux candidats à l'élection présidentielle de changer la philosophie de l'univers carcéral pour y favoriser la réinsertion.

Alors que le nombre de détenus en France vient d'atteindre un niveau record - près de 66.000 pour 57.200 places -, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), Jean-Marie Delarue, a appelé à une approche différente de la sécurité, en présentant mercredi son rapport annuel.

"La sécurité des Français se joue au moment de la sortie du détenu et non à son entrée en prison", a-t-il dit lors d'une conférence de presse. Il s'est adressé aux candidats à la présidentielle pour leur demander un changement de perspective.

Quatrième du genre, le rapport annuel de cette instance brosse un tableau sombre de la privation de liberté en France.

Environ 730.000 personnes sont privées chaque année de liberté en France pour une garde à vue, une incarcération, un placement en psychiatrie ou une rétention administrative, selon les estimations de cette instance. La vétusté des maisons d'arrêt et de certains commissariats amène des conditions de détention que Jean-Marie Delarue juge honteuses.

Le recours à l'incarcération a doublé en quarante ans, a-t-il dit chiffres à l'appui, pour des peines plus longues. La police a de plus en plus recours à la garde à vue, même si cette méthode est en baisse du fait d'une réforme récente.

Une personne arrêtée sur deux se retrouve aujourd'hui en garde à vue, contre une sur quatre il y a quarante ans, ce qui conduit environ un demi-million de personnes en cellule par an.

LE TRAVAIL EN PRISON

Jean-Marie Delarue déplore qu'à ses yeux la philosophie de la prison se soit modifiée ces dernières années, privilégiant le traitement de la "dangerosité" sur la simple punition de faits précis et l'impératif de réinsertion des détenus.

L'idée qu'un délinquant ou qu'un criminel puisse être intrinsèquement et définitivement "dangereux" s'étant imposée, les prisonniers sont soumis à des évaluations du risque de récidive prenant en compte négativement des comportements comme l'alcoolisme, la toxicomanie ou un passé familial difficile.

Jean-Marie Delarue critique cette approche, qui a déterminé des séparations des catégories de population carcérale. "Le système change de nature sans qu'on s'en aperçoive, mais pour une illusion, car aucune mesure ne permettra jamais de savoir ce qu'un jour, un être humain va décider", a-t-il dit.

Le CGLPL déplore ainsi que soient toujours davantage négligés des aspects fondamentaux de la vie en prison, comme le travail. L'administration pénitentiaire affiche un chiffre de 39,1% des détenus exerçant une activité rémunérée. Selon le CGLPL, ce chiffre est en réalité de 27,7%.

Surtout, conclut le rapport, les détenus qui assurent le fonctionnement de leur prison (le "service général") ou travaillent en production pour des entreprises extérieures sont traités et payés de manière injuste, voire dérisoire.

La loi impose des minimas de 45% du smic pour la production et 33% pour le service général, mais les payes sont souvent inférieures si bien que ces chiffres deviennent des plafonds.

Jean-Marie Delarue souhaite qu'on prenne en compte "le désir d'une personne privée de liberté de changer de vie". Il suggère donc une modification de ces conditions de travail.

La prison, dit-il, doit par ailleurs s'ouvrir et se réformer, par exemple en offrant l'accès à internet aux détenus.

"C'est un formidable outil de réinsertion, vous pouvez y trouver un travail, un logement, il ouvre une fenêtre sur l'extérieur."

Les candidats à la présidentielle n'ont pour l'instant que peu abordé le sujet de la détention. L'UMP s'en tient à un programme de constructions nouvelles, tandis que le PS promet une amélioration des conditions d'incarcération.

édité par Gilles Trequesser

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