Les Camerounais entre deuil et colère après le déraillement

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    YAOUNDE/ESEKA, 24 octobre (Reuters) - Le Cameroun a observé 
une journée de deuil, lundi, à la mémoire des victimes de 
l'accident ferroviaire qui a fait au moins 75 morts vendredi et 
a laissé transparaître un large mécontentement envers le 
président Paul Biya. 
    A la gare d'Eseka, près de l'endroit où un train bondé de 
voyageurs a déraillé alors qu'il circulait entre la capitale 
Yaoundé et la ville portuaire de Douala, plusieurs milliers de 
personnes se sont rassemblées lundi en signe de deuil. 
    Nombre d'entre eux étaient vêtus de noir et portaient des 
rameaux de "l'arbre de la paix", associé à la peine durant les 
services oecuméniques, où la foule a repris des chants 
religieux. 
    Le bilan officiel des morts risque de s'alourdir encore, un 
nombre indéterminé de corps qui n'ont pas été identifiés se 
trouvant toujours dans une morgue de Yaoundé, selon la 
télévision nationale. 
    Le travail d'identification est compliqué par le fait qu'il 
n'existait pas de liste des voyageurs, car nombre d'entre eux 
n'avaient pas de billets. 
    "Je ne peux toujours pas retrouver mon frère, qui était à 
bord de ce train", a dit Arouna, à Yaoundé. "Personne n'a pu 
m'aider, depuis vendredi", a-t-il ajouté. 
    A Eseka, certains habitants ont confié avoir vu un nombre de 
corps bien plus grand que celui annoncé officiellement, une 
information qui n'a pu être vérifiée de source indépendante. 
    Six cents personnes environ sont toujours soignées pour des 
blessures et les autorités ont lancé des appels urgents à des 
dons de sang pour ceux qui nécessitent une transfusion. 
     
    EXASPERATION 
    Dans les rues de Yaoundé, nombreux étaient ceux qui 
critiquaient ouvertement la réaction du gouvernement du 
président Paul Biya à la tragédie, laquelle, d'après eux, aurait 
pu être évitée. 
    Un train assuré par la même compagnie avait déraillé en 2009 
près de Yaoundé, faisant cinq morts et plus de 200 blessés, 
selon le bilan officiel. 
    "De nombreuses personnes sont mortes parce qu'elles n'ont 
pas reçu au bon moment l'assistance qui aurait pu les sauver", a 
estimé Baudelaire Kemajou, un rescapé de la catastrophe, qui a 
perdu plusieurs amis dans l'accident et a dû attendre de l'aide 
pendant quatre heures. Une agence de voyages camerounaise a 
dépêché des véhicules pour évacuer des blessés, avant que l'aide 
des autorités n'arrive, ont rapporté des témoins. 
    Le président Biya, qui est au pouvoir depuis 1982, est 
rentré au Cameroun dimanche après-midi, après une absence de 35 
jours durant lesquels il s'est rendu à l'Assemblée générale des 
Nations unies, à New York, et a effectué un séjour privé en 
Europe, selon son site internet. 
    Si Paul Biya est souvent absent pour de longues périodes, 
certains, sans cacher leur colère, ont estimé qu'il aurait pu 
rentrer plus tôt au pays pour gérer la crise. 
    "Les Camerounais sont exaspérés par ses démonstrations 
répétées d'indifférence durant les tragédies qu'a connues le 
pays ces 34 dernières années", a déclaré un député de 
l'opposition, Jean-Michel Nintcheu, du Front social-démocrate. 
     
 
 (Sylvain Andzongo et Joël Kouam; Eric Faye pour le service 
français) 
 
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