Les cahiers bleus d'Alphonse Boudard

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Les cahiers bleus d'Alphonse Boudard
Les cahiers bleus d'Alphonse Boudard

Série « Ecrivains en prison » 4|6. Il disait écrire « pour narguer les cimetières ». Alphonse Boudard, résistant décoré, fit ses classes d’écrivain à la prison de Fresnes, où pendant treize ans il noircit ses carnets d’écolier.

Balzac écrivait au lit, Rostand dans sa baignoire et Colette sur du papier bleu. A chaque créateur son rituel. Celui d’Alphonse Boudard, l’ancien perceur de coffre-fort qui obtint le Renaudot en 1977 pour Les Combattants du petit bonheur (Editions de La Table ronde), était enfantin : il noircissait des cahiers d’écolier, les mêmes que ceux sur lesquels les gamins de la communale s’exerçaient dans les années 1960 aux pleins et aux déliés.

Des cahiers ! Lui, le mauvais élève, le titi parisien au certificat d’études. « Pas de quoi s’acheter du beau papier quand on est en prison », avait-il expliqué un jour. Cette manie ne le quittera jamais, même en liberté.

On découvre l’un de ses petits cahiers fétiches. La couverture est bleu pâle. Les mains qui nous le tendent tremblent d’émotion. « Je l’ai trouvé avec beaucoup d’autres dans un des placards du bureau. Je ne sais pas ce que mon mari y a écrit… »

Mauvais garçon Si l’on se fie à son état civil, Gisèle Boudard a 85 ans. On craignait d’importuner une vieille dame, c’est une longue femme brune à la Juliette Gréco qui ouvre la porte de l’appartement parisien situé entre la place Saint-Georges et Pigalle, le vrai Paname, aurait ajouté Boudard, qui ne sortait jamais sans un foulard autour du cou et sa gâpette de mauvais garçon inclinée sur le côté.

« C’était un drôle de zèbre qui avait du génie pour me faire vivre des tragédies grecques », dit sa femme, Gisèle Le romancier, décédé en janvier 2000, écrivait chaque petit matin da...

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