Les buts sont-ils vraiment des cadeaux ?

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Les buts sont-ils vraiment des cadeaux ?
Les buts sont-ils vraiment des cadeaux ?

Lancé en un contre un face au gardien, le numéro 9 a le visage fermé et les poings serrés. Il ne s'en rend même pas compte, lui qui se sent ailleurs, devant les portes du paradis. Un plat du pied bien aligné plus tard, c'est l'explosion de joie : sourire angélique, course endiablée et célébration plus ou moins dégénérée. Dans un jeu pouvant pourtant offrir fluidité, mouvement, surprise, harmonie et gestes artistiques, le but reste le seul à décider du résultat final. Violent et inouï, instantané et éternel, joyeux et cruel. Un cadeau pour le football, vraiment ?

"Offrir" un but à son public. Lorsqu'un footballeur marque un but, le champ lexical utilisé fait souvent référence à celui d'un joli cadeau finement emballé. Comme un enfant qui arrive dans le salon plein d'enthousiasme à l'idée de découvrir ce qui se cache sous le sapin, un supporter va au stade en espérant célébrer ses surprises. Les deux repartent joyeux quand ils sont nombreux, amers lorsqu'ils sont trop peu. Mais qui a décidé de célébrer ce moment où le ballon dépasse cette ligne ? Pourquoi ne pas compter aussi, par exemple, le nombre de passes vers l'avant réussies consécutivement ? Ou alors donner une note artistique aux petits ponts et gestes exotiques, histoire d'avoir une meilleure représentation générale du jeu ? Et pourquoi les résumés de match ne s'attardent que sur les buts, alors que d'autres séquences sont bien plus intéressantes et résument mieux ? La dictature du but fait mal au football. Il n'est cadeau ni pour le jeu ni pour le buteur.
La dictature du but sur le jeu
D'après le tableau d'affichage, une action fantastique qui mène à un but vaudra toujours plus que cent belles actions non concrétisées. Pire, une action médiocre menant à un but vaudra plus que cent actions fantastiques non concrétisées. Et ainsi, par manque de réalisme, de chance ou de but, le beau jeu n'implique pas forcément des résultats. C'est ce que Marcelo Bielsa a tenté d'expliquer en conférence de presse la semaine dernière : "C'est facile d'aimer le beau jeu quand les résultats suivent. Si, une fois la défaite entérinée, on vient reprocher l'efficacité " Car si Carlos Bilardo a la science pour affirmer que "tous ceux qui gagnent jouent bien", si César Luis Menotti a le cœur pour déclarer qu'"il est possible de bien jouer et de gagner ", Marcelo Bielsa aurait la raison pour ajouter qu'il est surtout possible de "très bien jouer et de ne pas gagner".

Car le but est hors-jeu : il n'a pas besoin d'idée collective pour se créer, au contraire du jeu. Au commencement, les inventeurs du football ont eu l'idée malsaine – et géniale – de conditionner un jeu collectif à un événement foncièrement individuel. Peu importent la charge de travail, les efforts et l'envie débordante de contrôle du jeu, la notion de mérite a toujours eu tendance à se coincer les pattes dans les filets et à finir assommée par tous ces "buts...




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