Les bombardements s'intensifient à Homs, trêve à Zabadani

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DES OPPOSANTS ÉVOQUENT UNE INTENSIFICATION DES BOMBARDEMENTS À HOMS
DES OPPOSANTS ÉVOQUENT UNE INTENSIFICATION DES BOMBARDEMENTS À HOMS

par Khaled Yacoub Oweis et Angus MacSwan

AMMAN (Reuters) - Les forces syriennes ont intensifié samedi leurs bombardements à Homs, ville-symbole de la contestation antigouvernementale, où onze civils ont trouvé la mort.

Des miliciens alaouites, ou chabbiha, se sont déployés en nombre dans la ville, selon des militants de l'opposition.

"Des dizaines de shabbiha, avec des tireurs d'élite de l'armée et deux tanks, se sont déployés dans la citadelle. Ils pilonnent le vieux Homs avec des obus de mortier et des pièces de DCA", a déclaré Malek Mohammad, joint par téléphone satellite à Homs.

Un autre militant a indiqué qu'une femme de 55 ans figurait parmi les personnes tuées samedi.

"Il s'agit du pilonnage le plus intense depuis le début de l'offensive à Homs il y a six jours. Un obus s'est abattu sur un immeuble à Bab Amro, quartier du centre historique de Homs. Parmi les morts figure une femme de 55 ans", a déclaré à Reuters l'opposant Mohammed Hassan, joint par téléphone satellite.

Dans une vidéo diffusée sur Youtube, on peut voir un médecin près du corps d'une femme touchée à la tête et amenée dans un hôpital de fortune de Bab Amro. "Il s'agit d'Ibtissam al Dalati, une mère de trois enfants", dit ce médecin.

Des chars sont en position autour des quartiers tenus par l'opposition, ce qui laisse présager une nouvelle offensive contre les secteurs insurgés de la troisième ville du pays. Trois cents personnes ont trouvé la mort cette semaine dans les bombardements de Homs, selon l'opposition.

Les forces de sécurité ont également mené des perquisitions dans la ville ces deux derniers jours. Les corps de trois personnes abattues par des tireurs isolés et abandonnés en pleine rue ont été récupérés samedi.

Le ministère syrien des Affaires étrangères a sommé pour sa part la Libye et la Tunisie de fermer leurs ambassades à Damas d'ici soixante-douze heures. Cette décision fait suite à des mesures similaires prises par ces deux pays à l'encontre de la Syrie.

"BOMBARDEMENTS AVEUGLES"

Pour Fawaz Tello, membre du Conseil national syrien (CNS) d'opposition, "les bombardements aveugles tuent en majorité des civils". "Assad ne peut pas engager ses soldats dans des combats de rue. Il se contente de bombarder Homs pour forcer l'Armée syrienne libre à se retirer, de façon à ce que les forces gouvernementales puissent entrer sans trop de pertes dans les quartiers insurgés."

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG basée en Grande-Bretagne, dix soldats gouvernementaux ont été tués vendredi dans une embuscade tendue par des déserteurs près de la frontière turque.

A Zabadani près de la frontière libanaise, l'armée syrienne est entrée dans la ville après la conclusion d'une trêve avec les opposants, a annoncé un chef de file de l'opposition, Kamal al Labouani.

Cet accord, conclu après une semaine de pilonnages et de tirs d'artillerie, qui ont fait une centaine de morts sur les 20.000 que compte la ville, prévoit que les rebelles rendront aux forces armées les armes et gilets pare-balles saisies aux militaires.

Ces derniers s'engageaient en retour à ne pas les poursuivre, a ajouté Labouani. L'OSDH indiquait auparavant que des bombardements à Zabadani avaient fait trois morts.

A Douma, au sud de Damas, un officier et huit soldats ont déserté aux commandes d'un char après des affrontements avec des militaires loyalistes.

Alep, deuxième ville de Syrie jusqu'ici épargnée, a été à son tour gagnée par les violences vendredi. Une double explosion y a fait 28 morts aux abords de locaux des services de sécurité et de l'armée.

Des échanges de tirs prolongés ont par ailleurs éclaté dans la nuit de vendredi à samedi dans un quartier pauvre de Damas.

Les membres de l'Armée syrienne libre (ASL) ont affronté pendant quatre heures les forces gouvernementales appuyées par des blindés qui avaient pénétré dans le quartier d'Al Kaboune, dans le nord de la ville. Jamais des combats n'avaient eu lieu si près du centre de la capitale depuis le début de l'insurrection il y a onze mois.

A Roukhneddine, toujours dans le nord de Damas, le général Issa al Khouli a été tué samedi près de son domicile, rapporte l'agence de presse officielle Sana, attribuant cet attentat à un "groupe terroriste".

L'officier, médecin militaire et directeur d'un hôpital, est le membre le plus éminent du régime tué dans la capitale depuis le début du soulèvement antigouvernemental.

A Tripoli, dans le nord du Liban, des heurts entre partisans et opposants au régime syrien ont fait deux morts et huit blessés samedi, a-t-on appris auprès des services de sécurité.

NOUVEAU TEXTE À L'ONU

Cette ville côtière est dominée par les sunnites, qui soutiennent l'insurrection en Syrie, mais elle est aussi peuplée de membres de la minorité alaouite, dont est issu le clan du président Bachar al Assad.

L'armée libanaise s'est déployée dans les quartiers touchés par les violences afin de rétablir l'ordre. Elle a procédé à des arrestations et a confisqué des armes. Plusieurs soldats ont été blessés, dont un grièvement.

Face à un appareil militaire bien organisé et à une situation régionale explosive, la communauté internationale est pour le moment restée impuissante.

Jugeant le texte inéquitable, la Russie et la Chine ont opposé leur veto samedi dernier à un projet de résolution du Conseil de sécurité réclamant l'arrêt immédiat de la répression et exprimant le soutien de l'Onu au plan de la Ligue arabe prévoyant la mise à l'écart d'Assad.

"Il ne fait aucun doute que la confiance du monde dans les Nations unies a été ébranlée", a estimé vendredi le roi Abdallah d'Arabie saoudite. Ryad fait circuler un nouveau projet de résolution, cette fois à l'Assemblée générale de l'Onu.

Comme pour le précédent, le texte "soutient totalement" le plan adopté le mois dernier par la Ligue arabe qui, outre la mise à l'écart de Bachar al Assad, propose la formation d'un gouvernement d'union nationale chargé de préparer des élections.

Il reprend les grandes lignes de celui qui a été rejeté samedi dernier et appelle toutes les parties à mettre fin aux violences.

Les résolutions de l'Assemblée générale ne sont pas contraignantes mais ont une valeur symbolique forte qui accentuerait la pression sur le régime baasiste. Le projet de résolution doit être débattu lundi et le vote pourrait avoir lieu dans la semaine.

Avec Patrick Worsnip aux Nations unies et Dominic Evans à Beyrouth; Jean-Philippe Lefief et Gregory Schwartz pour le service français

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  • recoules le samedi 11 fév 2012 à 14:02

    Et personne ne parle de réformer l'ONU. Comment peut-on qualifier d'Instance Internationale une organisation caricaturale qui admet le droit de veto d'un seul ETAT contre tous les autres ? Où est la démocratie là dedans ?