Les bénéfices inattendus des scandales à répétition pour la filière chevaline

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L'exposition médiatique provoquée par les scandales successifs a paradoxalement profité à la filière chevaline qui veille cependant à ce que le public garde confiance dans la traçabilité du produit.

Délaissée par les consommateurs depuis quarante ans, la viande de cheval a depuis plusieurs semaines fait beaucoup parlé d'elle. L'affaire Spanghero, par laquelle les consommateurs ont découvert que certains steaks certifiés pur boeuf contenaient du cheval, a éclaboussé toute la filière. Vendredi dernier, c'est un trafic de viande de cheval de selle qui a été encore démantelé dans l'est de la France. A priori, les acteurs du secteur se seraient bien passés de cette publicité. Mais loin de leur avoir porté préjudice, il semblerait plutôt que cette exposition médiatique ait servi les affaires de la filière en mal de visibilité.

En se basant sur les remontées obtenues du terrain et sur sa propre expérience, Eric Vigoureux, président de la Fédération de la boucherie hippophagique de France (FBHF) va jusqu'à affirmer que «les boucheries chevalines traditionnelles, qui représentent 50% du marché, ont connu une augmentation de leurs ventes de l'ordre de 10 à 15%. La presse locale a beaucoup médiatisé les bouchers en région, ce qui a entraîné une hausse des ventes durable pour certains. Du côté de la moyenne et grande distribution, la consommation de viande chevaline est restée stable alors qu'on aurait pu s'attendre à une baisse», poursuit ce dernier qui est aussi boucher dans le bassin bordelais. Un engouement que confirme Frédéric Meunier, boucher à Suresnes et présent sur les marchés de l'ouest parisien. En février dernier, M6 est venu dans sa boutique pour un reportage. «Des clients sont venus à la suite de ce reportage. Certains n'avaient jamais mangé de cheval, d'autres venaient en racheter alors qu'ils n'en mangeaient plus depuis plusieurs années. Aujourd'hui, j'écoule 450 kilogrammes de carcasse par semaine, contre 420 kilos il y a quelques mois.»

0,4% de la viande consommée en France

Un coup de fouet bienvenu dans un secteur en perte de vitesse. Les Français consomment cinq fois moins de viande de cheval qu'il y a quarante ans, et elle ne représente que 0,4% de la viande consommée en France, selon les chiffres de l'Interprofession du bétail et des viandes (Interbev). La consommation annuelle de viande de cheval ne représente que 290 grammes équivalent carcasse de viande par personne, quand celle de porc atteint 32 kg et celle de boeuf 25 kg. «Certains n'en mangent pas par sensibilité, et il faut respecter cela, souligne Eric Vigoureux. Mais il faut sauvegarder ce qui existe, et soutenir les éleveurs de trait qui élèvent des races lourdes répertoriées dans les espèces menacées de disparition par l'UNESCO.» Comme pour la plupart des métiers de l'artisanat, les jeunes manquent pour reprendre les 800 boucheries chevalines restantes en France.

infographie consommation viande de cheval france

La visibilité et la traçabilité de leurs produits sont deux clés du maintien de la filière chevaline, selon Eric Vigoureux. Il n'est donc pas tendre avec les responsables de ces scandales successifs. «Il est hors de question de laisser passer des fraudeurs qui éclaboussent toute la profession et décrédibilisent nos efforts pour assurer la traçabilité. Car en fin de compte, c'est bien grâce à la qualité des contrôles que la fraude a été découverte.» Le boucher n'a pas apprécié le traitement médiatique du scandale sur la filière chevaline belge frauduleuse. «Plusieurs médias ont insinué que les 3000 chevaux concernés étaient tous impropres à la consommation, ce qui est totalement faux. Les chevaux de réforme peuvent tout-à-fait être consommés par l'homme, même ceux qui ont eu un traitement médicamenteux s'il date d'au moins six mois.» Mais, signe de la spécificité de cet animal dans son rapport avec l'homme, la décision de l'envoyer à l'abattoir ne reviendra qu'à une seule personne, son maître.

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  • pierry5 le samedi 7 sept 2013 à 14:46

    On fait tout un foin pour cette histoire, pendant les deux guerres du siècle dernier, un fermier ou un autre propriétaire n'aurait pas du laisser traîner son cheval trop longtemps, il était sûr de ne pas le retrouver sinon sous forme de steak.