Les banques françaises maintiennent leur modèle malgré l'orage

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par Julien Ponthus et Maya Nikolaeva

PARIS (Reuters) - Prises dans la tempête bancaire qui affole les marchés, les banques françaises ont tenté, avec des fortunes diverses, de profiter de la publication de leurs résultats annuels pour rassurer leurs actionnaires quant à la pertinence de leur modèle.

Alors que certaines de leurs consoeurs en Allemagne, aux Pays-Bas ou encore au Royaume-Uni ont annoncé des plans de restructuration massifs ou l'abandon de pans entiers d'activités, les patrons français n'ont opéré aucun repli stratégique majeur.

"Les banques françaises sont celles qui ont le moins modifié leur 'business model'", constate Yohan Salleron, gérant chez Mandarine Gestion.

Dans un contexte de grande nervosité dû notamment à la chute des matières premières ou au ralentissement économique en Chine, les investisseurs continuent pourtant d'attribuer une décote aux valeurs bancaires françaises, souvent moins capitalisées que ce que recommandent les analystes.

Sommées de préserver la rentabilité des fonds propres face aux exigences croissantes des régulateurs et à des taux d'intérêt durablement bas, les équipes de direction sont sous pression.

Avec un taux de distribution de 90% de ses profits et une stratégie concentrée sur des métiers peu gourmands en capital comme la gestion d'actifs, Natixis, tire son épingle du jeu.

Que ce soit sur les ratios de cours sur bénéfice ou sur valeur comptable, Natixis surpasse l'indice pan-européen des banques sous lequel se trouvent BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole.

La banque d'affaires du mutualiste BPCE a réussi après une longue restructuration à se distinguer des banques dites "universelles", c'est-à-dire présentent sur un large spectre de métiers.

"MACHINE FRANÇAISE À PAYER DU DIVIDENDE"

Surnommée "la machine française à payer du dividende" dans une note d'analyse de Kepler Cheuvreux, Natixis s'est même payé le luxe, lors de la publication de ses résultats le 11 février, d'être la seule valeur bancaire en hausse de l'indice européen.

"Avec ces résultats, Natixis quitte le groupe de ses pairs français pour entrer dans la royauté du secteur : les payeurs de gros dividende en Europe", commentait le broker.

"Ce que le marché veut voir c'est des banques suffisamment capitalisées et qui distribuent" leurs bénéfices, explique pour sa part Jérôme Legras, directeur de la recherche à la société de gestion Axiom IM.

Ce message a visiblement été entendu par la nouvelle direction du Crédit agricole, dont l'action était sous pression, notamment en raison de craintes sur ses ratios de solvabilité.

Le mutualiste a frappé un grand coup mercredi en garantissant, grâce à une opération de simplification de sa structure capitalistique, que sa filiale cotée, regonflée en fonds propres, distribuerait dorénavant 50% de ses profits via un dividende payé intégralement en cash.

Saluée par un bond de près de 14% en Bourse, l'opération a été un succès pour un groupe qui n'entend rien changer sur le fond de sa stratégie ni céder aux appels à réduire la voilure pour mieux couper les coûts.

"Nous avons fait le choix de longue date, et nous le confirmons, de l'universalité, plutôt que de nous spécialiser dans les métiers, dans les activités qui dans l'immédiateté rapporteraient le plus", a insisté lors d'une conférence de presse le directeur général Philippe Brassac.

Alors qu'elle avait perdu près d'un quart de sa valeur depuis le début de l'année, l'action Casa a rejoint la trajectoire de Natixis, en surperformant l'indice européen des banques.

BNP Paribas a également réaffirmé son profil généraliste en présentant ses résultats 2015 et son plan d'économie pour son pôle Corporate and Institutional Banking (CIB).

Loin de limiter drastiquement son activité dans ce secteur, comme l'a fait Deutsche Bank, la banque de la rue d'Antin a confirmé sa volonté de gagner des parts de marché "dans un contexte de repli de certains concurrents".

"FRUSTRER LES ACTIONNAIRES SUR LE COURT TERME"

En privé, les dirigeants des banques "universelles" françaises vantent leur capacité à adapter en continu leurs effectifs et leurs métiers sans procéder aux licenciements massifs engagés par leurs rivaux européens ou américains en cas de retournement du marché.

A rebours de l'idée selon laquelle les banques sont condamnées à rétrécir pour soutenir leur rentabilité, certains analystes préconisent une stratégie de long terme.

"Nous pensons qu'il est du meilleur intérêt des banques françaises et de leurs actionnaires de préserver le plus possible leurs différentes activités même si cela veut dire frustrer les actionnaires sur le court terme", jugeait ainsi Kepler Cheuvreux dans une note commentant les résultats de Société générale.

Cette dernière s'est effondrée en Bourse jeudi 11 février après avoir renoncé à son objectif de rentabilité 2016 en raison des incertitudes qui pèsent sur l'économie mondiale et des contraintes réglementaires.

La banque au logo rouge et noir, qui a engagé un vaste plan de digitalisation de sa banque de détail, compte poursuivre sa stratégie, estimant son "'business model performant".

Toutefois, pour les analystes de Berenberg, Socgen commet une erreur en maintenant sa stratégie de croissance.

"Notre recherche démontre que les grandes banques et celles qui croissent rapidement sous-performent le marché", estimait le broker.

(Avec Alexandre Boksenbaum-Granier, édité par Jean-Michel Bélot)

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