Les banques européennes en retard dans la course à la blockchain

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    par Jemima Kelly et Anjuli Davies 
    LONDRES, 19 octobre (Reuters) - La technologie des chaînes 
de blocs, ou blockchain, visait initialement à se passer des 
banques. Ironie du progrès, les banques d'investissement sont 
désormais lancées dans une course mondiale pour en tirer profit, 
course dans laquelle les banques européennes risquent de se 
retrouver à la traîne de leurs concurrentes américaines.  
    De ses origines plutôt anarchiques comme support 
technologique, il y a huit ans, du bitcoin, la plus connue des 
monnaies numériques, la blockchain a été conçu pour rendre 
possible l'exécution et le règlement de transactions financières 
sans l'intervention d'un tiers de confiance.  
    Elle représente donc un défi de taille pour le secteur 
bancaire, qui a choisi de l'affronter de front plutôt que de 
l'ignorer. Les banques s'en sont même saisies à bras-le-corps et 
80% d'entre elles devraient avoir lancé des initiatives dans ce 
domaine d'ici 2017, selon le Forum économique mondial. 
    Pour toutes les banques , la blockchain - fondée sur la 
création d'un registre numérisé unique des transactions 
validées, partagé entre tous les participants d'un réseau - 
représente un espoir de parvenir à élaborer de nouveaux modèles 
économiques à même de générer des revenus additionnels tout en 
réduisant le coût des transactions et en comprimant les délais 
de règlement, dans le financement du commerce international par 
exemple. 
    Mais cette démarche risque de souligner le déséquilibre 
persistant entre les banques d'investissement américaines, qui 
ont su se restructurer et se recapitaliser rapidement après la 
crise financière, et les européennes, qui peinent encore à faire 
des économies et à renforcer leur bilan. 
    "Les banques européennes sont concentrées sur les coûts 
alors que les banques américaines comme Goldman Sachs et 
JPMorgan cherchent plutôt à générer de nouveaux revenus, parce 
qu'elles évoluent dans un environnement de marché différent", 
explique Simon Taylor, précédemment en charge de la blockchain 
chez Barclays et co-fondateur du cabinet de consultants sur les 
fintech 11:FS.  
    Pour lui, la différence d'approche entre banques ne se 
mesure pas seulement aux montants investis mais aussi dans le 
comportement des unes et des autres au sein des différents 
consortiums cherchant à promouvoir des standards communs, les 
banques européennes optant pour une approche plus collaborative 
et moins offensive que les américaines, qui privilégient leurs 
propres produits.  
   Si des banques américaines comme Goldman Sachs, JPMorgan, 
Wells Fargo ou Bank of America ont déposé des dizaines de 
brevets pour de nouveaux produits fondés sur la technologie 
blockchain, une seule banque européenne, la suisse UBS, en a 
fait autant.  
     
    RUÉE VERS L'OR  
    Parmi les banques européennes, UBS et Barclays sont 
considérées comme les plus innovantes.  
    "Il y a une pression constante pour répondre aux attentes", 
a dit Alex Batlin, en charge de la blockchain chez UBS mais en 
passe de rejoindre BNY Mellon, peu active dans ce domaine 
jusqu'au lancement récent de 37 appels à candidature sur 
Blocktribe.com, un site internet d'offres d'emplois dédié à la 
blockchain.  
    "J'ai toujours considéré cela un peu comme l'expédition de 
Christophe Colomb: on part chercher de l'or, on ne sait pas 
vraiment ce qui va se passer mais si on découvre quelque chose, 
ça peut être quelque chose d'énorme, donc ça vaut le coup 
d'investir", a dit Batlin.  
    Aucune des banques interrogées par Reuters n'a souhaité 
dévoiler le montant de ses investissements dans la blockchain 
mais le Forum économique mondial estime qu'environ 1,5 milliard 
de dollars (1,4 milliard d'euros) ont déjà été consacrés à cette 
technologie, un montant qui ne prend pas seulement en compte les 
efforts consentis par les banques mais aussi ceux de sociétés de 
hautes technologie et d'autres investisseurs.  
    Adam Ludwin, directeur général de Chain, une start-up de la 
blockchain installée à San Francisco qui travaille avec Citi et 
le Nasdaq, estime qu'il serait stupide pour les banques 
d'investir des centaines de millions de dollars dans une 
technologie qui est encore en phase expérimentale.  
    "Vous pouvez dépenser des dizaines de millions de dollars 
mais vous feriez fausse route en investissant des centaines de 
millions dès maintenant", a-t-il dit. "Le principe en matière 
d'innovation et de développement logiciel est d'investir 
progressivement. Il s'agit moins de puissance financière que de 
surveiller ce qui se passe." 
     
    L'AVENIR EST À LA TECHNOLOGIE 
    S'il est une banque d'investissement particulièrement en 
pointe dans le domaine de la blockchain , c'est bien Goldman 
Sachs.  
    Cette institution américaine a une tradition de 
développement en interne de plates-formes de négociation qu'elle 
met ensuite sur le marché, mais aussi une longue expérience 
d'investissement dans les start-up. Elle a récemment déposé un 
brevet pour une application transactionnelle sur les devises 
reposant sur la technologie blockchain.  
    "Il y a un certain nombre de banques - et Goldman Sachs est 
la première d'entre elles - qui reconnaissent que l'avenir de la 
banque passe de plus en plus par la technologie", a dit Charley 
Cooper, directeur général du consortium R3 Blockchain, qui 
réunit les plus grands noms de la finance internationale.  
    Tout empêtrées qu'elles soient dans leurs difficultés, les 
banques européennes essaient quand même de faire bonne figure. 
    Le groupe néerlandais ING, qui a annoncé ce mois-ci 7.000 
suppressions de postes, a aussi dit qu'il allait consacrer 800 
millions d'euros à des investissements dans le numérique. 
  
    Le mois dernier, Deutsche Bank a annoncé que son "usine 
numérique" compterait 800 collaborateurs d'ici 2008, un projet 
détaillé le jour même de la chute de son action à un plus bas de 
30 ans, en raison de la menace d'une lourde amende que lui 
infligeraient les autorités américaines.  
    "Nous disons à nos clients qu'ils seraient vraiment stupides 
de ne pas expérimenter (la technologie blockchain)", a déclaré 
Bob Contri, en charge du département services financiers du 
cabinet de consultants Deloitte. "Si vous n'êtes pas dans le 
coup et que vous ne faites pas d'expériences, vous risquez 
d'être distancé", a-t-il prévenu.    
   
 
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Infographie (en anglais) du fonctionnement de la blockchain    http://tmsnrt.rs/2dVefUN 
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 (Marc Joanny pour le service français, édité par Marc Angrand) 
 
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