Les banques chypriotes jugées vulnérables au blanchiment

le
0

STRASBOURG (Reuters) - Les banques chypriotes ne prennent pas suffisamment en compte les risques de blanchiment d'argent auxquels elles sont exposées, conclut un rapport de Moneyval, un groupe d'experts du Conseil de l'Europe mandaté par l'Eurogroupe.

Cette évaluation sur l'efficacité des procédures de vigilance mises en place par le secteur bancaire chypriote vis-à-vis de ses clients avait été sollicitée en mars dernier dans le contexte du plan d'aide de dix milliards d'euros que la zone euro se préparait à accorder à Chypre avec l'aide du FMI.

Les évaluateurs ont pu enquêter auprès de 13 banques représentant 71% des dépôts.

Leur rapport met en avant un manque de sensibilisation généralisé aux enjeux de lutte contre le blanchiment de capitaux et contre le financement du terrorisme.

"Aucune des banques rencontrées n'a procédé à une évaluation globale pour déterminer le niveau de risque qu'elle est prête à accepter dans ce domaine pour l'ensemble de la gamme de ses branches d'activités commerciales potentielles", affirment-ils.

Ils rappellent le contexte spécifique d'un secteur bancaire qui représente huit fois le produit intérieur brut du pays grâce à l'apport de capitaux étrangers et notamment russes, attirés par des conditions fiscales avantageuses et des montages juridiques garantissant l'anonymat.

"Ce type de pratiques n'est pas propre à Chypre", reconnaissent-il.

NIVEAU DE RISQUE

Ils se disent en revanche "préoccupés par le fait que, dans des affaires à très haut risque, ces pratiques combinées à des activités bancaires internationales peuvent élever le niveau cumulé de risque à un niveau tel que les mesures actuellement appliquées ne peuvent pas jouer efficacement leur rôle d'atténuation".

Sur plus de 270.000 entreprises enregistrées à Chypre fin février 2013, 90% étaient des sociétés par actions oeuvrant, pour la quasi-totalité, dans le négoce, les investissements ou les placements immobiliers.

Aucune information n'était disponible sur leurs actionnaires, indique le rapport.

Nombre d'affaires sont apportées aux banques par des avocats, des comptables ou des trusts, sans que, souvent, l'établissement parvienne à connaître l'identité réelle du bénéficiaire.

"Certaines banques ne semblent pas avoir pris de mesures adéquates pour identifier les cas où il apparaît qu'un client est une personne politiquement exposée", estiment les évaluateurs.

"Le nombre substantiel d'alertes générées par les systèmes automatiques peut être disproportionnée par rapport aux effectifs chargés de les gérer", notent-ils encore.

Le plan d'aide à Chypre s'est accompagné par un plan d'ajustement des finances publiques et par une restructuration du secteur bancaire.

Laiki, la deuxième banque du pays a été démantelée tandis que la première, Bank of Cyprus, était restructurée, des pertes étant imposées aux clients détenant plus de 100.000 euros, parmi lesquels bon nombre de nationalité russe.

Gilbert Reilhac, édité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant