Les banques centrales prises au dépourvu par les marchés

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par Howard Schneider WASHINGTON, 16 octobre (Reuters) - Les turbulences des derniers jours sur les marchés financiers placent les banquiers centraux du monde entier devant une réalité préoccupante: la nervosité des investisseurs menace une croissance mondiale déjà fragile et prolonge la dépendance de l'économie aux injections massives de liquidités d'autorités monétaires dont l'arsenal risque d'être vite épuisé. Les Bourses européennes étaient de nouveau en forte baisse à la mi-séance jeudi, l'indice paneuropéen FTSEurofirst 300 .FTEU3 étant revenu à son plus bas niveau depuis 13 mois. A Wall Street, le Standard & Poor's-500 .SPX a perdu près de 8% en un mois. Partout, les investisseurs se réfugient sur le marché obligataire, faisant tomber les rendements des titres les plus sûrs à de nouveaux plus bas. Quant au dollar, il est reparti à la baisse, les investisseurs ayant intégré le fait que la Réserve fédérale pourrait attendre fin 2015, voire 2016, pour commencer à relever ses taux d'intérêt. A l'origine de ces mouvements se trouvent entre autres le ralentissement marqué de l'inflation en Chine et une série d'indicateurs décevants aux Etats-Unis, qui font craindre une nouvelle détérioration de la croissance mondiale. Quand les marchés sont passés dans le rouge la semaine dernière, de nombreux responsables de banques centrales ont minimisé le mouvement, estimant qu'après la hausse presque ininterrompue enregistrée depuis le début de l'année, un regain de volatilité pourrait être salutaire dans un contexte marqué par les tensions au Moyen-Orient et en Ukraine et par l'épidémie de fièvre Ebola. Mais aujourd'hui, face à l'ampleur du repli, certains craignent que les marchés, en baissant trop et trop vite, ne sapent la confiance, ce qui se traduirait par une baisse de la consommation. DES SOUVENIRS DE 2008 "Cela me rappelle le mouvement massif de fuite vers la qualité pendant la crise bancaire (de 2008), quand on redoutait que l'ensemble de l'économie mondiale ne s'enfonce dans la dépression", dit Nick Stamenkovic, un responsable de la stratégie d'investissement de RIA Capital Markets. Des économistes familiers des débats au sein des banques centrales estiment qu'il ne fait aucun doute que le revirement brutal des marchés préoccupe les autorités monétaires. Mais la nature et la manière de leur réplique à ce mouvement sont beaucoup moins évidentes. Plusieurs des banques centrales qui disposent encore de marges de manoeuvre ont déjà réagi en baissant leurs taux, comme ce fut le cas en Suède, en Pologne et en Corée du Sud ces derniers jours. La Banque populaire de Chine, elle, a augmenté ses mesures de soutien au crédit bancaire pour tenter d'endiguer le ralentissement de la croissance. Mais la situation est plus difficile pour la Réserve fédérale américaine, la Banque d'Angleterre, la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque du Japon, qui ont atteint ou dépassé depuis longtemps déjà les limites de la politique monétaire conventionnelle. Le président de la Fed de San Francisco, John Williams, a déclaré mardi à Reuters qu'il était disposé à envisager un nouveau cycle d'achats d'actifs sur les marchés si les perspectives économiques se détérioraient nettement. Mais il a précisé qu'il restait confiant dans la capacité de résistance de l'économie américaine, et qu'il privilégiait donc toujours l'hypothèse d'un début de relèvement des taux mi-2015. PRUDENCE La BCE et la Banque du Japon (BoJ), elles, sont engagées à plein dans des politiques monétaires non-conventionnelles qui n'ont pour l'instant donné que des résultats mitigés. Elles pourraient être appelées à redoubler d'efforts, même si le président de la BCE, Mario Draghi, a tout récemment laissé entendre qu'il appartenait désormais aux pays membres de la zone euro, Allemagne en tête, de passer à l'action en augmentant leurs investissements. La BoJ, expliquent des sources, devrait revoir à la baisse ses prévisions de croissance et d'inflation à l'issue de sa prochaine réunion le 31 octobre, sans pour autant infléchir sa politique car ses dirigeants jugent les turbulences des marchés temporaires et sans impact durable sur l'économie. Le comité de politique monétaire de la Fed, les 28 et 29 octobre, devrait quant à lui annoncer la fin du programme en cours de rachats de titres sur les marchés. Le communiqué que publiera la banque centrale américaine sera décortiqué dans ses moindres mots afin de mesurer à quel point les derniers événements influencent sa réflexion. "On a assisté à beaucoup de hausses et de baisses marquées ces derniers jours et on ne sait pas quand la situation va se calmer", dit Antulio Bomfim, ancien économiste de la Fed et directeur du cabinet de conseil Macroeconomic Advisers. "Je ne crois pas que cela fasse évoluer fondamentalement la réflexion (du comité de politique monétaire de la Fed) dans une autre direction, cela incite à la prudence un comité qui était déjà prudent." (avec Leka Kihara à Tokyo,; Marc Angrand pour le service français, édité par Véronique Tison)


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  • juillia3 le jeudi 16 oct 2014 à 13:23

    ce sont les banques et fond de pension eux meme qui vendent !! menteur

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