Les banques centrales près de leurs limites, juge Gurria (OCDE)

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SELON ANGEL GURRIA, LES BANQUES CENTRALES SONT PROCHES DE LEURS LIMITES
SELON ANGEL GURRIA, LES BANQUES CENTRALES SONT PROCHES DE LEURS LIMITES

par Nathaniel Taplin

HANGZHOU, Chine (Reuters) - Les banques centrales sont assez proches des limites de leurs capacités à stimuler les économies, a jugé samedi le secrétaire général de l'OCDE Angel Gurria.

En l'absence de "politiques collectives décisives", la croissance mondiale va probablement rester faible, a encore estimé Angel Gurria dans une interview accordée à Reuters à l'occasion du sommet du G20 qui aura lieu dimanche et lundi à Hanghzou, dans l'est de la Chine.

"Nous avons laissé nos bons banquiers centraux s'occuper des gros travaux", a déclaré le chef de l'Organisation de coopération et de développement économiques.

"Cela doit fonctionner comme un relais. On poursuit une politique monétaire accommodante, puis on passe au deuxième relais comme dans un 4x100."

"Il faut maintenant passer le bâton aux ministres des Finances, de l'Economie, du Commerce, de la Technologie, des Sciences, de l'Education, de la Concurrence. Le grand défi aujourd'hui, c'est le changement structurel."

Faisant écho à des propos tenus la veille par le vice-ministre chinois des Finances Zhu Guangyao, Angel Gurria a souligné qu'il fallait désormais combiner politique monétaire, politique budgétaire et politiques d'ajustement structurel pour relancer la croissance au niveau mondial, y compris en Chine.

Il s'est toutefois montré relativement optimiste quant aux perspectives de croissance en Chine, en dépit d'une hausse rapide du fardeau de la dette et de progrès mitigés dans la lutte contre les surcapacités et la faible efficacité des secteurs économiques sous contrôle étatique.

Le secrétaire général de l'OCDE a estimé que l'économie chinoise devrait continuer de croître à un rythme compris entre 6,5 et 7% durant le plan quinquennal en cours, qui s'étire jusqu'en 2020.

DES MILLIARDS AU MILIEU DE L'ATLANTIQUE

Reuters a également interrogé le directeur du Centre de politique et d'administration fiscales de l'OCDE, Pascal Saint-Amans, à propos de la fiscalité des multinationales, dans le contexte de la décision de la Commission européenne de réclamer à Apple le remboursement à l'Irlande de 13 milliards d'euros d'impôts impayés.

Le géant américain de la technologie utilise une structure hybride en Irlande pour ses bénéfices à l'étranger, ce qui lui permet de réduire énormément ses charges fiscales en évitant de payer un taux de résident fiscal permanent, que ce soit aux Etats-Unis ou en Irlande, observe cet expert français.

De nombreuses autres entreprises multinationales ont recours à la même stratégie pour réduire leurs impôts.

"Au final, des centaines de milliards de bénéfices se retrouvent au milieu de l'Atlantique", a déclaré Pascal Saint-Amans.

"Ce type de planification fiscale agressive est choquant et c'est précisément pour cela que nous avons lancé le BEPS", a-t-il ajouté. L'OCDE a lancé une initiative pour lutter contre le BEPS, qui signifie "érosion de la base d'imposition et le transfert de bénéfices".

Pascal Saint-Amans a cependant douté que l'affaire Apple crée un précédent sur cette question, alors que des élus américains soupçonnent l'Europe de vouloir ainsi récupérer de l'argent sur des impôts normalement dus aux Etats-Unis.

Le traitement fiscal des bénéfices futurs des multinationales sera probablement régulé grâce au cadre que l'OCDE s'emploie à définir en collaborant à la fois avec l'Union européenne et les Etats-Unis, a estimé Pascal Saint-Amans.

(Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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