Les banques centrales en appui de la zone euro, Berlin tacle

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par Eva Kuehnen et Sven Egenter

LONDRES/FRANCFORT (Reuters) - La perspective d'une intervention des banques centrales en cas de turbulences sur les marchés financiers après le scrutin législatif en Grèce dimanche a éclipsé les tensions entre Paris et Berlin, pourtant peu susceptibles de favoriser de nouvelles avancées dans la résolution de la crise de la zone euro.

Les banques centrales des principales puissances économiques mondiales se tiennent prêtes à stabiliser les marchés et à prévenir tout assèchement des liquidités si nécessaire, ont dit à Reuters des sources proches du G20 dont les dirigeants se réunissent lundi et mardi à Los Cabos, au Mexique.

Le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a déclaré que l'institution monétaire apporterait son soutien à toutes les banques viables de la zone euro qui se retrouveraient en difficulté. Il a souligné la détérioration de l'économie de la zone euro en insistant sur l'absence de risques inflationnistes, une rhétorique perçue comme annonciatrice d'une prochaine baisse des taux directeurs.

"Il y a des risques sérieux à la baisse" a-t-il dit lors d'une conférence à Francfort, à deux jours d'un scrutin législatif en Grèce dont l'issue pourrait compromettre le maintien d'Athènes au sein de la zone euro.

Au Japon, le secrétaire d'Etat aux Finances Takehiko Nakao a prévenu que les autorités ne resteraient pas sans réagir face à des mouvements inopportuns sur le marché des changes, une menace sans équivoque d'intervention en cas de forte hausse du yen, liée à son statut de devise refuge.

La Banque d'Angleterre, qui a annoncé jeudi soir avec le gouvernement britannique l'injection de plus de 100 milliards de livres sterling (120 milliards d'euros environ) dans le système bancaire pour relancer le crédit, a précisé que les fonds seraient mis à disposition dès la semaine prochaine au taux réduit de 0,75%.

En cas de fortes turbulences sur les marchés financiers, une réunion d'urgence des ministres des Finances du G7 pourrait être convoquée lundi ou mardi en marge du sommet de Los Cabos, ont déclaré plusieurs sources proches du G20.

Dans l'immédiat, le président du conseil européen, Herman Van Rompuy, a organisé vendredi après-midi une conférence téléphonique avec les dirigeants allemand, italien, français et britannique, officiellement afin de préparer le sommet du G20, où les débats se concentreront sur la crise de la zone euro.

L'arrivée possible au gouvernement de partis anti-austérité en Grèce à l'issue du scrutin législatif pourrait compromettre l'aide internationale à Athènes, précipiter sa sortie de l'Union monétaire et l'acculer à un défaut.

"Dans le meilleur des cas, nous allons avoir une situation extrêmement sérieuse lundi, a déclaré le ministre des Finances suédois Anders Borg à des journalistes.

"Selon toute vraisemblance, quel que soit le résultat, nous allons avoir un gouvernement (grec) pour qui il sera très difficile de respecter les accord qui ont été signés."

CRISPATION FRANCO-ALLEMANDE

L'incertitude sur le sort d'Athènes et plus largement de l'Union monétaire a entraîné une forte hausse des coûts de financement de l'Espagne et dans une moindre mesure de l'Italie.

Le rendement à 10 ans des emprunts d'Etat espagnols a dépassé cette semaine le seuil de 7,0% jugé insoutenable sur la durée, en dépit de la promesse européenne faite à Madrid d'un plan d'aide pouvant atteindre 100 milliards d'euros pour renflouer ses banques en difficulté.

Dans ce contexte d'aggravation de la crise de la zone euro, le couple franco-allemand a montré de nouveaux signes de crispation.

La chancelière allemande s'est livrée à une critique en règle de l'état de l'économie française au moment où l'entourage du président François Hollande fait assaut d'optimisme sur les chances de succès d'un accord franco-allemand pour relancer la croissance dans la zone euro.

Angela Merkel a une nouvelle fois rejeté la proposition française de lancer des euro-obligations pour mutualiser la dette, ce qui "mènerait l'Allemagne à la médiocrité" selon elle, lançant une pique féroce sur l'état de l'économie française.

"L'Europe doit discuter des différences croissantes entre les économies française et allemande", a-t-elle dit, ajoutant que l'Allemagne est le "pôle de stabilité et le moteur de la croissance" en Europe.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault et François Hollande ont reçu mercredi à Paris les dirigeants du parti social-démocrate allemand (SPD) pour débattre des dossiers européens, une manoeuvre de contournement qui n'a guère plu à Berlin.

DUEL SERRÉ EN GRÈCE, L'AUSTÉRITÉ EN JEU

Le SPD soutient l'idée française de mutualisation des dettes dans la zone euro, même si ce serait à un horizon lointain, et Matignon a publié un communiqué pour vanter la "vision commune" entre le parti d'opposition à Angela Merkel sur "la stabilité budgétaire, les mesures de soutien à la croissance".

Jean-Marc Ayrault avait tenté d'atténuer les tensions en démentant jeudi matin toute volonté française de constituer un front des pays du Sud de l'Europe pour isoler Angela Merkel.

Cette passe d'armes intervient paradoxalement à un moment où les autorités françaises se montrent de plus en plus optimistes sur les chances d'un accord qui se nouerait le 22 juin à Rome, lors d'une rencontre entre François Hollande, Mario Monti, Angela Merkel et l'Espagnol Mariano Rajoy, avant d'être entériné au Conseil européen des 28 et 29 juin.

En Grèce, le duel s'annonce serré entre la coalition de la gauche radicale (Syriza) d'Alexis Tsipras, hostile au plan d'austérité et les conservateurs de Nouvelle démocratie, emmenés par Antonis Samaras.

Les derniers sondages autorisés, publiés à deux semaines du scrutin, donnent les deux partis au coude-à-coude.

Pour Alexis Tsipras, le compte à rebours a commencé s'agissant des plans d'austérité en Europe.

"Le mémorandum de banqueroute appartiendra au passé lundi", a-t-il déclaré jeudi devant ses partisans lors de son dernier meeting de campagne à Athènes.

Les responsables de la zone euro ont annoncé qu'ils étaient prêts à donner au futur gouvernement grec une certaine marge de manoeuvre pour atteindre les objectifs fixés par le plan de renflouement de 130 milliards d'euros qui lui a été accordé.

Ils ont toutefois prévenu qu'en cas de rejet de plan d'austérité, Athènes serait privé de soutien.

Marc Joanny pour le service français, édité par Natalie Huet

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  • PurJu.69 le samedi 16 juin 2012 à 02:45

    La BANQUE d' ANGLETERRE, qui a annoncé jeudi soir avec le Gouvernement Britannique l' injection de plus de 100 MILLIARDS de Livres Sterling ( 120 MILLIARDS d' Euros environ ) dans le Système Bancaire pour Relancer le Crédit, a précisé que les Fonds seraient mis à disposition dès la semaine prochaine au Taux réduit de 0,75 %