Les avocats de Rwandais jugés à Paris dénoncent un combat inégal

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    * La défense dénonce un déséquilibre 
    * Un objectif, discréditer le procès, selon les parties 
civiles 
    * Les accusés nient les faits 
 
    par Chine Labbé 
    PARIS, 10 mai (Reuters) - Les avocats de deux 
ex-bourgmestres (maires) rwandais jugés à Paris pour leur 
participation présumée au génocide de 1994 ont dénoncé mardi, au 
premier jour du procès, un déséquilibre entre les moyens de la 
défense et de l'accusation. 
    S'estimant "démunis" face aux parties civiles et au 
ministère public qui a pu collaborer avec la justice rwandaise, 
ils ont déposé plusieurs requêtes, parmi lesquelles un 
déplacement au Rwanda pour effectuer des constatations. 
    Mais la cour d'assises a rejeté leurs demandes.  
    Elle a en cela suivi les recommandations du parquet général, 
qui a dénoncé une manoeuvre dilatoire.  
    "Ce qu'on vous demande, c'est de ne pas rendre la justice, 
c'est de la différer", a ainsi déclaré l'avocat général Philippe 
Courroye.  
    Pour les parties civiles, en soulevant ce type de moyens de 
procédure, la défense a tenté de "discréditer le procès". 
    "On vient devant vous pour vous expliquer que tout est 
bancal (...) pour inoculer dans vos esprits le poison du doute 
sur la régularité de la procédure", a regretté Me Michel Laval, 
avocat du Collectif de parties civiles pour le Rwanda.  
    Tito Barahira, 64 ans, et Octavien Ngenzi, 58 ans, sont 
soupçonnés d'avoir agi comme "donneurs d'ordres", notamment, 
lors d'attaques qui ont ensanglanté en avril 1994 la commune de 
Kabarondo, où ils ont officié successivement. 
     
    MISE EN CAUSE DES TÉMOINS 
    Ils contestent les faits qui leur sont reprochés, et ont 
fait savoir mardi qu'ils avaient l'intention de répondre aux 
questions qui leur seraient posées à l'audience.  
    "Depuis l'origine de ce procès, l'exercice des droits de la 
défense ne trouve pas un cadre à la hauteur des enjeux", a 
estimé mardi Françoise Mathe, qui représente Octavien Ngenzi.  
    L'avocate a notamment mis en cause la crédibilité de 
certains témoignages recueillis au Rwanda, et sur lesquels 
l'accusation repose en grande partie. "Les témoins oublient, les 
témoins se trompent, les témoins mentent", a-t-elle dit.  
    "Les témoins rwandais sont sous le contrôle (...) du pays 
dont ils procèdent", a-t-elle ajouté, qualifiant le régime de 
Paul Kagame de "dictature sanglante".  
    Un "présupposé", d'après Philippe Courroye, qui juge que 
"rien ne permet d'affirmer" l'existence de pressions sur les 
témoins. 
    Deux ans après la condamnation à 25 ans de prison du 
militaire Pascal Simbikangwa, il s'agit du deuxième procès, en 
France, de Rwandais accusés d'avoir pris part au génocide des 
Tutsi, qui a fait 800.000 morts en à peine 100 jours. 
    Paris peut juger ces suspects depuis 1996 en vertu de sa 
compétence universelle.  
    Les débats, considérés comme historiques, seront donc 
intégralement enregistrés. 
    Le procès, prévu jusqu'au 1er juillet prochain, a été 
aménagé en raison de l'état de santé d'un des deux accusés, Tito 
Barahira, qui doit se rendre trois fois par semaine à l'hôpital 
pour y subir des dialyses. 
 
 (édité par Yves Clarisse) 
 
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