Les avocats de djihadistes, entre doutes et détermination

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LES AVOCATS DE DJIHADISTES, ENTRE DOUTE ET DÉTERMINATION
LES AVOCATS DE DJIHADISTES, ENTRE DOUTE ET DÉTERMINATION

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Pour certains avocats français de djihadistes présumés, les attentats du 13 novembre ont provoqué une onde de choc, suivie d'une profonde remise en question. Chez d'autres, ils ont au contraire renforcé leur détermination à honorer l'adage selon lequel tout accusé a le droit d'être défendu.

Une chose est sûre, les attaques qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis ont touché à vif les avocats pénalistes rompus à ces affaires souvent tentaculaires, dont les protagonistes sont la cible d'une forte répression.

"Je ne découragerai jamais personne" de prendre ces dossiers, dit Joseph Breham. "Mais j'ai des potes qui ont pris des balles, je ne peux plus le faire, je n'y crois plus."

Pour cet avocat qui connaissait personnellement deux des victimes de l'attaque de janvier dernier contre le magazine Charlie Hebdo - un tué et un blessé -, "janvier a été le déclencheur".

Le 13 novembre n'a fait qu'éroder encore un peu plus sa détermination.

Il explique pourtant s'être impliqué dans des dossiers de terrorisme par conviction, car ils représentaient pour lui "la quintessence de la violation des libertés". "Dans ces dossiers, on touche à l'extrême limite du droit", dit-il.

Plusieurs avocats ont confirmé à Reuters l'existence d'un débat, au sein de la petite communauté de pénalistes habitués à ces affaires, depuis les récents attentats. "Les avocats prennent le métro comme tout le monde, ils boivent des verres en terrasse comme tout le monde", souligne l'un d'eux.

"Tout de suite après, beaucoup ont dit 'c'est terminé'. Certains le pensent toujours", témoigne Xavier Nogueras, dont 20% de l'activité est liée à l'islamisme radical.

REPRENDRE LE DESSUS

Lui-même reconnaît avoir eu du mal à "réintégrer" son rôle d'avocat dans l'immédiat post-13 novembre.

Mais il a vite "repris le dessus".

Par la force des choses, d'abord. Il a en effet été appelé à représenter une douzaine de personnes assignées à résidence dans le cadre de l'état d'urgence décrété par le gouvernement.

Par intérêt aussi. "Je continue à trouver ces dossiers plus intéressants que les affaires de stupéfiants", dit-il.

Et parce qu'il était "hors de question, quoi qu'il arrive, de lâcher" la trentaine de dossiers qu'il a en cours.

Mais certains cabinets admettent avoir fermé le robinet. Ainsi de cet avocat qui confie, sous couvert d'anonymat, ne plus accepter aucun dossier islamiste depuis plusieurs mois, et être "à deux doigts" de se retirer des dossiers qu'il a en cours.

Le parcours de Samy Amimour, l'un des trois assaillants du Bataclan passé entre les mailles du filet après avoir été placé sous contrôle judiciaire pour un projet avorté de départ au Yémen, en a marqué certains. "Quelque part, on se dit que ceux qu'on n'a pas réussi à faire sortir, c'est peut-être pas si mal", dit l'un d'eux.

Les doutes sont aussi liés, parfois, à l'évolution de leur rapport à des clients jugés de plus en plus difficiles, et souvent manipulateurs.

"C'est devenu des dossiers où on a une relation classique client-avocat, au mauvais sens du terme", dit un conseil. "On doit se méfier de tout ce qu'ils disent."

DÉFENSE FORTE POUR ACCUSATION FORTE

"Ils nous voient comme le pion d'un système qu'ils combattent", confirme un jeune pénaliste.

La seule chose qui pourrait convaincre cet avocat de continuer à se saisir de ces dossiers complexes et chronophages, "c'est de faire le procès de l'intégration à la française".

"Mais ce cas de figure n'est pas si récurrent que ça", dit-il, rappelant la diversité des profils rencontrés dans ces affaires qui drainent désormais de nombreux convertis venant de tous milieux sociaux.

Pour Xavier Nogueras, le choix des clients se fait "au cas par cas". Peut-être un peu plus qu'avant. Il raconte ainsi avoir refusé de représenter la famille d'un des kamikazes du 13 novembre. "Au moment où on m'en a parlé, je ne m'en sentais pas capable", dit-il.

Mais comme lui, nombreux sont ceux qui ne veulent pas renoncer, dans un contexte où certains s'inquiètent d'un possible recul des libertés individuelles, notamment après l'instauration de l'état d'urgence.

"Plus l'accusation est forte, plus il faut que la défense soit forte, car plus on va considérer qu'il est illégitime de donner des droits à la personne accusée", estime ainsi Martin Pradel, qui travaille actuellement sur une vingtaine de dossiers djihadistes. "C'est la même problématique quand on est amené à défendre un tortionnaire ou une personne accusée de crime contre l'humanité".

S'il dit parfaitement comprendre que des avocats puissent ne plus vouloir défendre des djihadistes présumés, sa détermination à lui est plutôt renforcée.

"C'est un engagement de ma part que de défendre les libertés. Et ma participation à cette oeuvre, c'est de défendre des gens que peu d'avocats veulent défendre."

(édité par Yves Clarisse)

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  • danielk6 il y a 12 mois

    donc pour que les hommes politiques changent ils faut qu'ils soient aussi touchés ! si le citoyen lambda est tué pas de problème ........