Les autorités allemandes craignent des cyberattaques russes

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 (Actualisé avec attaques contre Deutsche Telekom, réactions 
Merkel et de Maizière §9-15) 
    par Caroline Copley 
    BERLIN, 29 novembre (Reuters) - Le chef des renseignements 
extérieurs allemands (BND) met en garde contre le risque de voir 
des hackers russes chercher à influencer le résultat des 
élections législatives programmées l'an prochain en Allemagne en 
diffusant de la désinformation pour fragiliser le processus 
démocratique. 
    Dans une interview publiée mardi par le Süddeutsche Zeitung, 
Bruno Kahl, qui a récemment pris la tête du BND, souligne qu'il 
y a de fortes raisons de penser que la Russie est à l'origine 
des piratages informatiques qui ont visé le parti démocrate 
pendant la campagne de la présidentielle américaine. 
    "Nous avons la preuve que des cyberattaques sont lancées 
sans autre but que celui de créer une incertitude politique", 
déclare-t-il. "Leurs auteurs ont pour objectif de délégitimiser 
le processus démocratique en tant que tel, peu importe à qui 
cela profite." 
    Le chef des renseignements intérieurs allemands (BfV) avait 
tenu des propos similaires à Reuters début novembre, soulignant 
que Berlin craignait que Moscou ne cherche à peser sur l'issue 
des élections allemandes en utilisant sa machine de propagande 
pour faire de la désinformation. 
    Hans-Georg Maassen avait notamment cité l'exemple d'une 
fausse information largement relayée par les médias russes et 
les sites prorusses l'an dernier sur le soi-disant enlèvement et 
viol d'une jeune femme russe par des migrants à Berlin. 
    La chancelière Angela Merkel a elle-même exprimé son 
inquiétude à ce sujet la semaine dernière en évoquant la 
possibilité que des programmes informatiques ("social bots") 
diffusent massivement des fausses informations sur les réseaux 
sociaux pour influencer l'opinion publique. 
    L'inquiétude des autorités allemandes est d'autant plus 
grande qu'elles cherchent à contenir la montée de l'AfD, un 
parti anti-immigration qui plaide pour l'abandon des sanctions 
imposées à la Russie en raison de l'annexion de la Crimée et de 
son rôle dans le conflit en Ukraine. 
    La configuration n'est pas sans rappeler celle de l'élection 
présidentielle américaine, où les hackers russes présumés ont 
concentré leurs attaques sur Hillary Clinton, adversaire d'un 
Donald Trump promettant de rétablir les relations avec Vladimir 
Poutine. 
    Deutsche Telekom, premier opérateur allemand, a fait état 
d'une attaque contre ses principaux routeurs qui a perturbé les 
connexions de centaines de milliers d'utilisateurs lundi et a 
exprimé sa crainte que cela soit le prélude à des piratages de 
plus grande ampleur. 
     
    "ATTAQUES INTELLIGENTES" 
    Le Bureau allemand pour la sécurité informatique (BSI) a 
précisé mardi que des organisations criminelles se trouvaient 
derrière ces intrusions impliquant un logiciel malveillant du 
nom de Mirai. 
    Ce "malware" infecte des réseaux domestiques afin de les 
transformer en relais contrôlables à distance qui seront ensuite 
utilisés dans des attaques à grande échelle du réseau. 
    Angela Merkel et son ministre de l'Intérieur Thomas de 
Maizière ont affirmé n'avoir aucune information sur l'origine de 
ces opérations de piratage. 
    De Maizière a toutefois précisé que l'Allemagne avait déjà 
subi par le passé des intrusions commises par des pirates et des 
organisations criminelles ainsi que par des Etats comme la 
Russie ou la Chine. 
    "Beaucoup de choses indiquent que des attaques subies par 
l'Allemagne dans le passé, par exemple celle qui avait touché la 
chambre basse du Parlement, venaient de Russie", a déclaré le 
ministre. 
    Thomas de Maizière a rappelé que son pays avait été la cible 
"d'attaques techniques" visant certains infrastructures mais 
également "d'attaques intelligentes" cherchant à manipuler 
l'opinion publique. 
    Angela Merkel, née en ex-Allemagne de l'Est sous domination 
soviétique et tenante d'une ligne dure européenne envers Moscou 
tout en étant fragilisée en interne par sa politique d'accueil 
des migrants, apparaît une cible toute désignée de telles 
campagnes de désinformation. 
    L'Allemagne est particulièrement visée au sein de l'Union 
européenne, estime Bruno Kahl. "Il y a ici une forme de pression 
s'exerçant sur le discours public et la démocratie qui est 
inacceptable", souligne-t-il. 
 
 (Caroline Copley; Tangi Salaün et Pierre Sérisier pour le 
service français) 
 
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