Les auteurs de mangas préfèrent encore leur bon vieux crayon à l'ordinateur

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yienkeat/shutterstock.com
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(AFP) - "Le manga est, avec l'animation, un trésor de la culture japonaise, mais..." : le spécialiste des arts populaires nippons Ichiya Nakamura s'inquiète pour l'avenir et la formation des créateurs de cette forme d'expression confrontée à la numérisation. Et il n'est pas le seul.

Le gouvernement japonais vient de lancer un vaste projet pour former les mangaka (dessinateurs) et animateurs, afin que ce secteur, jugé essentiel, non seulement ne dépérisse pas, mais profite mieux de l'attrait qu'il suscite à l'étranger.

Si des écoles existent, il manque souvent aux enseignants du manga la pratique du métier et l'expérience de cet univers dur, où la sanction des lecteurs s'ajoute à la rigidité des éditeurs.

"Personne d'autre que les mangaka (dessinateurs) ne connaît et ne peut enseigner cette profession", insiste le maître des mangas pour enfants Goro Yamada, lors d'une conférence organisée par le ministère de la Culture à Tokyo.

Le métier, c'est écrire des histoires intéressantes, facilement lisibles et compréhensibles, savoir dessiner des personnages, les mettre en scène dans des décors. Cela, beaucoup l'ont appris sur le tas. Mais il faut plus encore: maîtriser de nombreuses techniques.

"Les jeunes ont du mal à diversifier les héros et à découper l'histoire en cases pour la rendre passionnante, c'est d'abord cela qu'il faut leur apprendre", confirme Tetsuya Chiba, entre autres dessinateur du légendaire "Ashita no Joe" (Joe de demain).

Lui a découvert adolescent "la puissance expressive extraordinaire du manga" et il en est devenu dingue dès la première lecture.

"Pendant la guerre il y avait le chien Norakuro, et après-guerre les bandes-dessinées américaines dans la presse quotidienne, comme Blondie. Puis sont arrivés les mangas d'un genre absolument nouveau, proches du cinéma, d'Osamu Tezuka", le créateur des célèbres Tetsuwan Atomu (Astro Boy) et Black Jack, rappelle son homologue Monkey Punch, auteur de Lupin III.

Tous ces vétérans ont été formés par la lecture des mangas puis ont instruit des assistants qui à leur tour sont devenus mangaka. On recense aujourd'hui au Japon quelque 7.000 mangaka et 25.000 assistants qui ?uvrent pour environ 400 magazines publiés par 195 maisons d'édition sous la houlette de 2.000 responsables de publication.

À cause des bouleversements induits par l'informatique, le métier est à un tournant, qui devrait certes le conduire vers des horizons nouveaux jugés prometteurs, mais il n'arrive pas à le prendre.

"Je ne connais pas un seul mangaka qui ?uvre sur ordinateur de bout en bout", précise M. Yamada.

Et d'ajouter que "l'adoption de l'outil numérique piétine, parce que beaucoup de mangaka jugent que ça va plus vite à la main. Ils n'ont personne pour les former aux logiciels spécialisés et du coup beaucoup y renoncent".

Parmi eux, des très grands, comme Jiro Taniguchi qui fait tout à la main, "parce que les techniques autres, il ne les connaît pas".

Ou bien, s'ils s'y mettent, c'est en forgeant leur propre façon de faire, mais avec des pertes de temps énormes, alors que le bouclage n'attend pas.

Impliqué dans le projet du gouvernement, M. Yamada prévoit de lancer une vaste enquête auprès de ses collègues pour faire le point sur leur usage de l'informatique et les besoins en ce sens, avant de concevoir des formations idoines.

Inversement, d'aucuns ont tendance à penser qu'avec les nouveaux outils (logiciels spéciaux, palette graphique), n'importe qui peut devenir créateur ou encore que tous les mangas vont se ressembler. "C'est faux, car ce qui fait l'intérêt d'un manga c'est d'abord l'histoire et la façon dont elle est découpée, présentée", insiste M. Yamada.

L'inventivité, la nouveauté restent la clef. Elles aussi se cultivent, se transmettent et doivent s'enrichir avec des nouveaux outils.

"Grâce à internet, il y a désormais de nouveaux espaces de publication et c'est très bien. Cela offre la possibilité d'une diffusion immédiate très étendue", souligne Monkey Punch, un avant-gardiste.

La formation aussi doit être large et ne pas concerner seulement les Japonais, mais aussi les étrangers, selon le ministère.

kap/jlh/pn/ahu

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