Les auteurs de l'attentat d'Ankara allaient régulièrement en Syrie

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    par Ece Toksabay 
    ANKARA, 22 novembre (Reuters) - Le procès des auteurs 
présumés de l'attentat qui a fait une centaine de morts l'an 
dernier pendant un rassemblement pro-kurde à Ankara illustre la 
porosité de la frontière entre la Turquie et la Syrie à cette 
époque. 
    Un des principaux accusés, Haci Ali Durmaz, a raconté à la 
barre qu'il avait fait plusieurs allers-retours entre les deux 
pays pendant deux ans afin de combattre pendant quelques mois 
avec le Front al Nosra, lié à Al Qaïda, dans un premier temps, 
puis avec l'Etat islamique qui a revendiqué l'attentat dans la 
capitale turque. 
    Le gouvernement turc, qui s'est depuis efforcé de renforcer 
la sécurité le long de la frontière, avait permis à l'époque aux 
djihadistes de se constituer une base arrière sur le territoire 
turc, ont accusé les avocats des parties civiles. 
    Haci Ali Durmaz a expliqué qu'il avait d'abord été recruté 
dans la région de Gaziantep pour aller combattre avec le Front 
al Nosra, puis qu'il avait suivi des amis lorsque ceux-ci 
avaient décidé de rallier l'Etat islamique (EI), un mouvement 
pour lequel il avait "de la sympathie". 
    "Je m'entraînais militairement avec eux, je me battais avec 
eux pendant quelques mois, puis je revenais à Gaziantep. J'ai 
fait ça trois ou quatre fois (entre 2012 et 2014-NDLR)", a-t-il 
témoigné. 
    Le jeune homme, qui est âgé de 19 ans, est l'un des 14 
suspects qui comparaissent depuis cette semaine devant la 
justice turque pour répondre de l'attentat qui a tué une 
centaine de jeunes militants de gauche et prokurdes devant la 
gare d'Ankara le 10 octobre 2015. 
    En tout, 22 personnes sont poursuivies dans cette affaire 
mais certaines sont en fuite. Elles risquent de 22 ans de prison 
pour liens avec l'EI à un cumul de 11.750 ans de détention pour 
meurtre, appartenance à une organisation terroriste et d'autres 
charges. 
     
    ANKARA A FINI PAR RÉAGIR 
    Haci Ali Durmaz, qui a implicitement reconnu devant le juge 
avoir tué en Syrie - "On se battait contre les miliciens kurdes 
et le régime Assad; on n'échangeait pas des roses", a-t-il dit à 
la barre - a en revanche nié avoir participé aux préparatifs de 
l'attentat d'Ankara. 
    Son frère aîné, Yunus, était considéré comme un des cerveaux 
de cette attaque mais il s'est fait exploser en mai dernier 
pendant un raid de la police turque contre la maison où il se 
cachait. 
    D'autres suspects ont comparu dans le tribunal, placé sous 
haute sécurité. "Meurtriers !", leur ont lancé des familles de 
victimes qui demandent aussi à l'Etat turc d'assumer ses 
responsabilités. 
    Plusieurs de ces suspects ont souligné à quel point il leur 
avait été facile d'aller et venir en Syrie pendant des années et 
de se procurer les engrais agricoles servant à confectionner des 
bombes. 
    La Turquie a été le théâtre d'une série d'attentats suicide 
imputés à l'EI l'an dernier, dont celui qui a fait 45 morts à 
l'aéroport international d'Istanbul en juin. 
    La sécurité à la frontière syro-turque, longtemps négligée 
malgré les appels répétés des alliés d'Ankara qui participent à 
la lutte contre le groupe djihadiste et qui ont pour certains 
aussi été frappés par des attentats, a depuis été renforcée. 
    L'armée turque a parallèlement lancé cet été l'opération 
"Bouclier de l'Euphrate" visant, entre autres, à chasser l'EI du 
nord de la Syrie. 
    "La Turquie est comme une barrière entre les groupes 
terroristes et le reste du monde, notamment l'Europe", a affirmé 
lundi le président Recep Tayyip Erdogan. 
     
 
 (Avec Daren Butler à Istanbul; Tangi Salaün pour le service 
français, édité par Jean-Philippe Lefief) 
 
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