Les auberges de jeunesse suscitent la convoitise des groupes privés

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Une auberge de 950 lits ouvrira à Paris en 2014, à l'initiative d'un groupe anglo-saxon. Ils sont de plus en plus nombreux à investir dans ce secteur, traditionnellement associatif.

Les auberges de jeunesse, promues par les célèbres Young Men's Christian Association (YMCA) et emblématiques d'une certaine alliance entre logement à petit prix, convivialité et vocation éducative, ne sont plus l'apanage des associations. Plusieurs groupes commerciaux, allemands ou anglo-saxons, essaiment en Europe de nouvelles auberges aux côtés des historiques. À Paris, le groupe britannique Beds & Bars a ainsi ouvert en 2008 une auberge de jeunesse de 300 lits dans le XIXe à Paris, sous la marque St Christopher's Inns, et une autre de 550 lits du côté de la gare du Nord, en juin dernier. L'an prochain, c'est le groupe Generator qui ouvrira une auberge de 950 lits - ce sera la plus grande de la capitale - elle aussi dans le Xe arrondissement, près du quartier branché du canal Saint-Martin. Une nouvelle offre qui pèse lourd lorsqu'on la rapporte aux 5000 lits en auberge de jeunesse que compte actuellement la capitale.

Les espaces communs sont surreprésentés dans les auberges de jeunesse.
Les espaces communs sont surreprésentés dans les auberges de jeunesse.

En France, le mouvement ne fait que commencer, selon les experts. «En Angleterre et en Allemagne, ce marché a été pris en main par des chaînes. L'Australie et la Nouvelle-Zélande s'y sont mises aussi», explique le cabinet MKG, spécialiste du tourisme. Ces groupes surfent sur une progression annuelle du tourisme des jeunes de 3% à 5% par an en moyenne, l'une des plus fortes que connaît le secteur. Les jeunes affluent du monde entier, y compris des pays émergents, et sont particulièrement attirés par les grandes villes, où les chaînes ont multiplié ces dernières années les acquisitions. Beds & Bars, qui ouvre une auberge de jeunesse St Christopher's Inns en moyenne tous les deux ans, a par exemple investi, outre Paris, Londres, Amsterdam, Bruges, Berlin et Prague. Quant à Generator, il a ouvert six auberges dans des villes européennes ces cinq dernières années, et s'installera en 2014 à Paris et à Rome.

Ces chaînes fonctionnent sur le modèle économique traditionnel du low-cost: au prix très bas du service de base, le logement, s'ajoutent nombre de prestations facultatives payantes. L'année dernière, le chiffre d'affaires de Beds & Bars - une trentaine de millions d'euros - a été généré à 46% par le logement et à 41% par les ventes au bar. «Ils font le calcul que ces jeunes à la recherche d'une ambiance conviviale et festive dépenseront une bonne partie de leur argent dans les espaces communs, comme le bar et le restaurant», explique MKG. «La rentabilité de ces auberges de jeunesse reste cependant assez faible, précise Didier Arino, directeur du cabinet Protourism, en tout cas bien moindre que celle des hôtels traditionnels entrée de gamme.»

La mairie de Paris, qui constate un déficit de logements pour les jeunes touristes dans la capitale, encourage les initiatives tous azimuts, privées comme associatives. Selon un rapport qu'elle a publié en 2011, Paris est, avec 19 établissements, l'une des villes européennes qui compte le moins d'auberges de jeunesse, alors même qu'elle attire chaque année 5 millions de jeunes touristes. Amsterdam en compte par exemple 49, Barcelone 57, et Londres et Berlin 76 chacune. Ce déficit représente un manque à gagner pour la capitale. Les économies réalisées sur les dépenses d'hébergement sont en effet le plus souvent investies en «achats de biens durables» sur place. «Un jeune touriste est aussi un client potentiel pour l'avenir. Il reviendra forcément», explique Jean-Bernard Bros, adjoint en charge du tourisme à la mairie.

Aucune subvention n'est en revanche versée à ces chaînes commerciales, quand la mairie, l'État et la région ont investi plusieurs millions d'euros pour le financement d'une auberge de jeunesse ultramoderne située dans le XVIIIe à Paris. Inaugurée en juin dernier, elle est gérée par la Fédération unie des auberges de jeunesse (Fuaj), une structure associative. Celle-ci ne semble guère craindre la concurrence de ces nouveaux arrivants. Avec une nuitée moyenne dans la capitale à 168 euros, «il y a de la place pour tout le monde», estime Marie-Jeanne Gouraud, sa directrice marketing.

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