Les attentats, risque supplémentaire pour la reprise économique

le
3
LES ATTENTATS DE PARIS, FACTEUR DE RISQUE SUPPLÉMENTAIRE POUR LA FRAGILE REPRISE ÉCONOMIQUE
LES ATTENTATS DE PARIS, FACTEUR DE RISQUE SUPPLÉMENTAIRE POUR LA FRAGILE REPRISE ÉCONOMIQUE

PARIS (Reuters) - Les attentats de Paris et leurs conséquences représentent un facteur de risque supplémentaire pour la fragile reprise de l'économie française, qui a fait preuve jusqu'à présent de résistance face à un environnement international dégradé.

Les derniers indicateurs conjoncturels, en particulier les enquêtes sur le climat des affaires, montrent que la conjoncture reste favorablement orientée bien que modestement, en dépit des turbulences financières de l'été et du net ralentissement de plusieurs grandes économies émergentes.

Les facteurs de soutien de l'activité, qui ont permis un rebond de la croissance au troisième trimestre à 0,3% après le chiffre nul du deuxième trimestre, sont toujours à l'oeuvre.

La baisse de l'euro favorise les exportations, la faiblesse des prix du pétrole bénéficie au pouvoir d'achat, les conditions monétaires sont toujours très accommodantes et la Banque centrale européenne s'est dite prête à accroître encore son stimulus monétaire. Enfin, la politique budgétaire est moins restrictive avec les allègements fiscaux pour les entreprises et dans une moindre mesure pour les ménages.

Pourtant, la capacité de résistance de l'économie française au ralentissement de la croissance mondiale et à un surcroît d'incertitudes suscitait déjà des interrogations.

LE MEDEF INQUIET

Le patron du Medef s'est inquiété mardi des conséquences des attentats et de l'état d'urgence sur l'économie en général et les secteurs du commerce et du tourisme en particulier.

"Nous étions en montée lente sur le plan de la croissance, tout cela est très fragile, il ne faudrait pas que ces attentats conduisent à trop de difficultés sur le plan économique pour nos entreprises", a dit Pierre Gattaz, lors d'un point de presse.

Il a prôné l'adoption de mesures "intelligentes" de sécurité de vigilance, de précaution, de prévention.

Le Medef a notamment décidé de mettre en place un groupe de travail sur l'impact économique des événements, principalement sur les secteurs du commerce et du tourisme, pour voir comment protéger les espaces sans "asphyxier pendant des semaines une économie à l'approche de Noël".

Le ministre de l'Economie a reçu mardi l'ensemble des organisations patronales autour des mesures prises par le gouvernement après les attentats de vendredi.

Emmanuel Macron avait déjà réuni lundi sur le même thème la cellule de continuité économique qui regroupe les principales directions de Bercy et les représentants des organisations professionnelles des secteurs vitaux de l'économie.

"Il s'agissait de faire à fois la pédagogie sur les mesures qui ont été prises et d'avoir un échange sur les questions de sécurité", a-t-on indiqué dans l'entourage du ministre.

Le ministre n'a demandé aucune fermeture systématique de commerce, à l'exception de ceux qui étaient sur la voie publique, comme le marché de Noël sur Champs-Elysées, fermé jusqu'à mercredi, a-t-on ajouté.

La Banque publique d'investissement a de son côté annoncé qu’elle repoussait de 6 mois les échéances de remboursement des prêts pour les entreprises du secteur de l'hôtellerie.

TOURISME : UN IMPACT MASSIF ET DURABLE

Les professionnels du tourisme et du luxe abordent avec inquiétude la cruciale période des fêtes de fin d'année.

Ils redoutent que les attaques aient un impact à la fois plus massif et plus durable que celles de janvier.

"Il y a 50% d’annulation dans les établissements de luxe, palaces et cinq étoiles, et entre 35% et 40% dans les hôtels entre deux et quatre étoiles", selon l'Union des métiers de l’industrie hôtelière (UMIH).

"Paris est une des villes les plus importantes de la planète en termes de dépenses de luxe", rappelle de son côté Grégoire Laverne, gérant de fonds chez Roche Brune Asset Management.

Le secteur du luxe, qui réalise environ 30% de ses ventes en fin d'année, traverse déjà une passe difficile en Chine et à Hong Kong, ainsi qu'aux Etats-Unis pour cause de dollar fort.

Jusqu'ici, les marques de LVMH ou Kering ont été largement sauvées par la baisse de l'euro et par l'afflux massif de touristes chinois venus en Europe pour profiter d'importants écarts de prix avec leur pays.

La France a représenté 6% des ventes de LVMH en 2014 et 15,6% de celles d'Hermès.

En 2015, le luxe s'apprête, selon le cabinet Bain & Co, à enregistrer sa plus mauvaise performance depuis la crise de 2008, avec une croissance limitée à seulement 1% à 2% à taux de change constants.

Au-delà des secteurs du tourisme et de l'hôtellerie, le ministre de l'Economie comme les représentants des organisations patronales "ont fait le constat partagé qu'il était prématuré à ce stade de mesurer les conséquences économiques" des attentats, a-t-on précisé dans l'entourage d'Emmanuel Macron.

Les économistes se veulent eux aussi très prudents quant aux conséquences macroécomiques des attentats. "On est dans une zone inconnue" a dit Denis Ferrand, directeur général de l'institut de conjoncture Coe-Rexecode, en rappelant toutefois qu'après les attentats de janvier, la croissance française avait nettement rebondi au premier trimestre 2015 à +0,7%.

"Les attaques étaient alors beaucoup plus ciblées à la différence de celles du 13 novembre, bien plus massives", souligne-t-il toutefois.

(Pascale Denis, Yann Le Guernigou, Raphael Bloch et Marc Joanny, édité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • aiki41 le mercredi 18 nov 2015 à 06:39

    je n'en vois pas l'impact puisque la reprise économique n'étais pas en vue

  • ppsoft le mercredi 18 nov 2015 à 06:35

    Ca fait plus de 8 ans qu'on nous annonce une "reprise" imminente. Et on veut nous faire croire que ça serait la faute des attentats si elle ne vient pas ? Faut arrêter les inepties.

  • M1531771 le mardi 17 nov 2015 à 22:16

    Alors ça pour un scoop c'est un scoop !