Les assureurs négligent le risque climat, les Français pas si mal notés

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Les assureurs négligent le risque climat, les Français pas si mal notés
Les assureurs négligent le risque climat, les Français pas si mal notés

L’Asset Owners Disclosure Project, ONG spécialiste de la notation des acteurs financiers sur le climat, vient de publier un rapport qui analyse la façon dont les 116 premiers assureurs mondiaux gèrent les risques liés au changement climatique. Il lance l’alerte sur le trop faible nombre d’assureurs mobilisés alors qu’ils sont concernés au premier chef. Les assureurs français tirent plutôt leur épingle du jeu dans un tableau globalement préoccupant.

Spécialiste de l’évaluation des stratégies climat des grands investisseurs internationaux, l’Asset Owners Disclosure Project (AODP) a analysé celles des 116 plus gros assureurs mondiaux, qui détiennent 15 300 milliards de dollars d’actifs. Ses conclusions sont plutôt alarmantes. Seuls 14 d’entre eux ont mis en place un plan d’action concret pour réduire l’empreinte carbone de leurs portefeuilles. 

Le mieux noté est le Britannique Aviva, qui obtient un A. Mais la liste des bons élèves compte malgré tout quatre Français, dont Axa, qui conserve sont bon classement de 2015. Mieux, on peut noter l’apparition de trois nouveaux entrants : la MAIF, le Crédit Agricole Assurance et CNP assurance. "Ces classements sont plutôt stimulants pour nous, explique Dorothée de Kermadec, directrice de la conformité, du contrôle interne et du développement durable de CNP assurances. Quand notre score s’améliore, nous sommes confortés dans nos engagements. Dans le cas de CNP Assurances, nous sommes très heureux de constater que notre progression est globale, puisque nous avons aussi de meilleures notes dans d’autres classements ESG, comme celui de MSCI. Ceci dit, il reste malgré tout important de comprendre les méthodologies appliquées par ces organisations, qu’elles travaillent sur le climat ou d’autres sujets. Or, nous disposons de très peu d’informations sur celle de l’AODP." 

L’organisation, qui a pour objectif de "protéger l’épargne et autres investissements de long terme en poussant l’industrie financière vers plus de transparence pour l’encourager à adopter les meilleures pratiques", se base sur les informations publiques pour évaluer les investisseurs ainsi que sur des questionnaires auxquels les destinataires ne portent pas forcément intérêt. Or, pour Julian Poulter, le directeur d’Asset Owners Disclosure Project, "la gestion des risques financiers liés au climat doit faire partie des compétences de base des assureurs". Il souligne que "le changement climatique constitue une double menace pour eux, puisqu’ils sont exposés à la hausse des sinistres liés aux impacts du réchauffement tout comme aux éventuelles dévalorisations de leurs portefeuilles d’investissement. Or c’est leur activité de gestion financière qui permet de faire face aux sinistres et de financer les réparations de toute nature". 

Cette notion de risques financiers liés au climat est beaucoup moins répandue chez les assureurs que chez les fonds de pension. Selon l’AODP, seuls 1% des assureurs ont évalué le risque de dévalorisation de certains de leurs actifs (phénomène dit de "strandedassets") contre 6% parmi les fonds de pension. Ils ne sont, par ailleurs, que 5% à mesurer les émissions de carbone financées par leurs portefeuilles d’investissement, contre 13% des fonds de pension. Logiquement, seuls 8% des assureurs dédient du personnel à la prise en compte du risque climat dans les processus d’investissement, contre 16% des fonds de pension. Sur les financements verts, les assureurs sont aussi en retrait, puisque seuls 0,2% de leurs encours sont investis dans des actifs bas carbone, soit trois fois moins que pour les fonds de pension.

La statistique la plus préoccupante reste sans doute le nombre et le volume d’encours gérés par ceux qui semblent n’avoir aucune politique sur la prévention des risques financiers liés au climat. La liste des assureurs à la traine comporte, par exemple, deux géants de l’assurance américains, New York Life et Mass Mutual. 

Côté français, la lanterne rouge s’appelle Groupama. Déjà dans cette catégorie l’an dernier, l’assureur n’a visiblement pas été sensible à l’effet COP21. 

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