Les armagnacs millésimés, stars des anniversaires

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LE MILLÉSIME DES ARMAGNACS EST DEVENU UN ARGUMENT DE VENTE
LE MILLÉSIME DES ARMAGNACS EST DEVENU UN ARGUMENT DE VENTE

par Jean Décotte

SORBETS, Gers (Reuters) - Dans la pénombre du "Paradis", les bonbonnes d'armagnac jettent des reflets ambrés sur les murs de cette petite salle aux airs de chapelle, où sont précieusement conservés les millésimes les plus anciens du domaine.

Certains crus du château de Laubade, dans le Gers, sont vieux de plus d'un siècle, comme ce nectar de 1893, dont une bouteille de 50 centilitres coûte plus de 3.000 euros.

Marque de fabrique de l'armagnac sur le marché des spiritueux, le millésime est devenu un argument de vente pour la célèbre eau-de-vie gasconne, qui mise sur ces bouteilles datées pour séduire le grand public désireux de fêter un anniversaire ou de célébrer un événement.

"Il y a une magie de l'année, qui a un vrai sens pour l'armagnac", résume Denis Lesgourgues, qui dirige le château de Laubade avec son frère Arnaud.

Avec des producteurs petits et dispersés, l'armagnac et ses six millions de bouteilles commercialisées par an peinent à soutenir la comparaison avec les 168 millions de bouteilles de cognac ou les quelque 1,4 milliard de bouteilles de whisky.

Mais c'est cette atomisation qui, au fil des siècles, a permis aux viticulteurs gascons de travailler sur la base des années de récolte, ce que d'autres eaux-de-vie ne peuvent pas faire à grande échelle.

"En Armagnac, par tradition, il y a des millésimes, et c'est une bonne carte à jouer", dit Denis Lesgourgues, qui incarne la troisième génération familiale à la tête du château de Laubade.

1974, BONNE ANNÉE

"On les offre pour des anniversaires, des dates particulières, les 20 ans d'une entreprise", souligne-t-il.

"C'est un marché surtout porté sur le cadeau, même s'il y a aussi un marché de connaisseurs qui aiment un millésime en particulier. Par exemple, en 1974, vous aurez du mal à trouver quelque chose de pas très bon."

Comme le cognac ou le whisky, l'armagnac est commercialisé la plupart du temps sous forme d'assemblages de différentes années de récolte, avec des mentions comme "hors d'âge" ou "VSOP" ('Very Superior Old Pale').

Mais les ventes de millésimes ont pris de l'ampleur depuis une vingtaine d'années, jusqu'à représenter aujourd'hui environ 12 à 13% du marché, selon le Bureau national interprofessionnel de l'armagnac (BNIA).

Racheté en 1974 par les Lesgourgues, le château de Laubade est, avec 105 hectares d'un seul tenant et une vingtaine d'employés permanents, la plus grande propriété dédiée en totalité à l'armagnac et spécialisée dans les millésimes.

"Mon père a beaucoup cru à ces millésimes, ça nous a permis de bâtir notre réputation sur le marché français. Les millésimes figurent parmi les premiers succès du Château", fait valoir Denis Lesgourgues, selon qui cette activité représente 22 à 23% des ventes totales du domaine.

Autour d'une bâtisse de style néo-normand flanquée de sculptures contemporaines, les vignes ondulent au gré des collines du Bas-Armagnac, à mi-chemin entre Auch et Mont-de-Marsan.

Dans la distillerie, le grand alambic en cuivre a été scellé par les services des douanes, en attendant de reprendre du service entre novembre et mars.

PRIX ET RISQUE MOINDRES

François Lasportes, le maître de chai, couve du regard les barriques de 400 litres dans lesquelles vieillit lentement l'eau-de-vie. Le liquide, issu la distillation du vin blanc, est incolore à sa sortie de l'alambic, avant de prendre une couleur de plus en plus dorée au contact du bois.

"Pour faire un bon armagnac, il faut une histoire, une vigne, et de la passion. Il y a des gens ici qui ont 20 à 25 ans d'ancienneté", explique le jeune homme de 30 ans en détaillant le travail d'élaboration de l'eau-de-vie.

Dans les sept chais du domaine s'alignent les barriques, répertoriées par année de récolte et type de cépage. C'est le mélange des cépages du domaine - Ugni Blanc, Baco, Colombard et Folle Blanche - qui donne un millésime, et la combinaison de différentes années de récoltes qui permet de créer un assemblage.

"Un assemblage, parfois, le client peut ne pas savoir très bien à quoi cela correspond. Avec un millésime, on sait ce qu'on a dans la bouteille. Ça permet de marquer le coup, c'est plus parlant", explique le maître de chai, qui parle d'un millésime comme d'un "concentré d'arômes", par contraste avec les assemblages, plus complexes.

"Cela permet de se concentrer sur deux ou trois arômes (...)Il y a un côté prestigieux. C'est la photographie d'une année."

Pour Sébastien Lacroix, directeur du BNIA, les millésimes ont d'autres avantages qui en font une porte d'entrée idéale pour le grand public.

"Le prix est souvent moins élevé que pour un assemblage", note-t-il. "L'étiquette plus lisible pour le consommateur et le risque moindre que pour une bouteille de vin, car l'armagnac se conserve généralement mieux."

"Même si le millésime ne représentera jamais 80% des ventes, c'est un produit d'image pour faire rentrer les consommateurs."

Edité par Yves Clarisse

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