Les "années folles" du radium contaminent toujours Paris

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DES LOGEMENTS FAIBLEMENT RADIOACTIFS DÉCONTAMINÉS À PARIS ET DANS LA RÉGION PARISIENNE
DES LOGEMENTS FAIBLEMENT RADIOACTIFS DÉCONTAMINÉS À PARIS ET DANS LA RÉGION PARISIENNE

par Marion Douet et Michel Rose

CHAVILLE (Hauts-de-Seine) (Reuters) - Plus d'un siècle après la découverte du radium, Marie Curie et ses nombreux émules laissent encore des traces radioactives de leur travail dans la capitale française et ses environs, où une vingtaine de logements faiblement radioactifs doivent aujourd'hui être décontaminés par précaution.

Surfant sur les découvertes de la chimiste franco-polonaise, la France connaît, au début du siècle, ses années folles du radium : reconnu pour ses propriétés médicales, il devient un produit industriel et cosmétique en vogue, qui se décline en réveil, crèmes de beauté ou encore en fontaines à eau.

Les entreprises qui exploitaient cette mode ont disparu depuis longtemps, laissant pour seul héritage, invisible, des fondations faiblement contaminées par ce dérivé de l'uranium. L'urbanisation, elle, s'est développée.

Environ 130 sites en France ont été recensés par l'Andra, l'agence en charge des déchets radioactifs, pour être diagnostiqués au cours des prochaines années. Une quarantaine sont d'ores et déjà en cours ou en attente de dépollution, dont la moitié en région parisienne.

"L'histoire du radium, c'est Paris. Marie Curie n'a jamais breveté ses découvertes. Des gens ont surfé sur l'engouement pour le radium et se sont embarqués dans ce business", dit Eric Lanes, responsable des sites pollués par la radioactivité à l'Andra.

A Chaville, près de Paris, l'agence termine ainsi la décontamination d'une maison qui abritait autrefois une fabrique de cadrans d'avions, dont les aiguilles étaient peintes au radium. Mélangé à d'autres composants chimiques, celui-ci générait une lumière verte, visible la nuit.

Aujourd'hui, le laboratoire s'est transformé en deux chambres et une salle de bain mais le vieux parquet, lui, a conservé les traces de ce passé industriel. Relogés aux frais de l'Andra, les propriétaires pourront retrouver leur maison refaite à neuf au bout de quelques mois.

PAS DE RISQUE RÉEL

Masque respiratoire autour du nez et combinaison étanche, un ouvrier démonte au marteau-piqueur les lattes de bois. Au sous- sol, une autre équipe gratte la terre de la cave. Pour éviter toute propagation de la radioactivité, ils opèrent dans des sas hermétiques dont l'air est filtré en permanence.

Tous les déchets du chantier seront confinés dans bidons puis expédiés dans les centres de stockages de l'Andra, aux côtés d'autres produits radioactifs de très faibles activité, générés notamment par les centrales nucléaires.

Les travaux vont produire environ 80 tonnes de ces déchets, qui ne contiendront au total que quelques grammes de radium, soit des concentrations trop faibles pour représenter un risque réel, assure Eric Lanès.

Le chantier coûtera environ 260.000 euros à l'Andra, dit-il.

"On est clairement dans l'application du principe de précaution en vigueur en France", explique-t-il, soulignant que la loi française est particulièrement stricte au sujet de la radioactivité.

"Nous n'avons jamais rencontré de situations préoccupantes. Ils s'agit de niveaux de insuffisants pour qu'il y ait un impact sanitaire", ajoute Eric Lanès.

Plusieurs maisons trop polluées pour être réhabilitées ont été rachetées par l'Andra ces dernières années afin d'être détruites, car le montant des travaux y serait trop élevé.

A Gif-sur-Yvette (Essonne), la famille Jersyk s'est installée dans sa maison en 1966 à proximité d'une ancienne usine qui fabriquait notamment du radium.

"Personne n'avait rien dit, beaucoup de mystère autour de cette maison. On nous disait seulement: "vous ne devriez pas planter des légumes dans le jardin", dit Eglet Jersyk, 81 ans.

COLLECTE DANS LES GRENIERS

Quelques années plus tard, des mesures révèlent la présence de radium dans tout le lotissement. La maison des Jersyk ne sera rachetée, au prix du marché, qu'au début des années 2000.

"Une fois que le laboratoire a fermé, le terrain a été vendu, la terre a été bien égalisée et ils ont tout simplement construit des maisons. Et ça c'est monstrueux (...) Nous, ce qui nous choque c'est l'irresponsabilité de ceux qui se permettent de contaminer ", ajoute-t-elle.

Son mari, qui bricolait souvent dans le sous-sol, a souffert de problèmes cardiaques et respiratoires qui ont été, selon elle, reconnus par un médecin comme une conséquence de l'exposition à la radioactivité.

Longtemps l'Etat s'est limité à la décontamination des lieux les plus problématiques mais, depuis 2006, l'Andra cherche à retrouver l'ensemble des sites contaminés.

En retrouvant les adresses des entreprises qui utilisaient à l'époque du radium -fournies sur les étiquettes des objets par exemple-, elle a recensé 84 sites à étudier en Ile-de-France et 50 autres dans le reste du pays.

Au total, les recherches du "projet radium" coûteront environ 12 millions d'euros à l'Etat, auquel s'ajoutent 4 millions d'euros annuels pour les travaux de décontamination.

L'Agence organise également des collectes chez les particuliers pour récupérer ces vieux objets au radium oubliés dans les greniers. Parfois, les particuliers ne connaissent même pas l'existence de ces objets qui ne sont pas dangereux, souligne l'Andra.

Pour savoir si un vieux réveil contient du radium, il faut le laisser dans le noir : si au bout de 48 heures, les aiguilles brillent encore, c'est qu'il est radioactif, rappelle l'Andra.

Edité par Yves Clarisse

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