Les analystes redoutent une "décennie perdue" en zone euro

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Les analystes redoutent une "décennie perdue" en zone euro
Les analystes redoutent une "décennie perdue" en zone euro

par Ana Nicolaci da Costa

LONDRES (Reuters) - Après quatre ans de crise économique et de remous sur les marchés, qui ont poussé les rendements du Bund allemand à des plus bas historiques, la moitié des économistes et analystes obligataires interrogés par Reuters redoute désormais pour la zone euro un scénario de "décennie perdue" à la japonaise.

Les opérateurs de marché sont d'avis que l'alignement entre le rendement des obligations allemandes à deux ans et celui du papier japonais équivalent fait planer la menace d'une conjoncture durablement déprimée dans la zone euro, à l'image de ce qui s'était passé au Japon dans les années 1990.

La moitié des intervenants interrogés - soit 12 sur 24 - estime ainsi qu'il est probable que la zone euro soit sur le point d'entrer dans une période prolongée de croissance faible, voire nulle, couplée à une inflation et à des taux d'intérêt bas.

L'autre moitié estime que ce scénario est peu probable.

"Je ne vois vraiment pas de fin prochaine à la crise financière en zone euro. Je pense qu'il est très peu probable que l'Allemagne et les autres pays se mettent d'accord dans le courant de l'année", a déclaré Stephen Lewis, économiste en chef chez Monument Securities.

La France et l'Allemagne sont en désaccord sur une possible mise en place d'"eurobonds", à savoir de la dette européenne mutualisée, et sur la nécessité de soutenir davantage la croissance face aux mesures d'austérité.

"Cela va maintenir des perspectives très faibles pour l'économie de la zone euro dans les prochains trimestres", a estimé Stephen Lewis.

La croissance dans la zone euro a été nulle au premier trimestre de 2012 et est attendue en repli de 0,4% cette année.

La "décennie perdue" au Japon a été déclenchée par une bulle immobilière et boursière, tandis que les problèmes de la zone euro sont alimentés par des difficultés budgétaires provoquées par la crise financière issue des crédits "subprime" aux Etats-Unis.

Mais les banques de la zone euro prêtent de moins en moins, une situation qui ressemble beaucoup à ce qu'a connu le Japon dans les années 1990. Les analystes estiment que les problèmes du secteur bancaire montrent des similitudes étranges avec ceux des banques japonaises lors de la fameuse "décennie perdue".

"L'incapacité à comptabiliser des pertes puis à lever du capital en temps voulu - voila ce qui a été au coeur du problème en Europe. Au Japon, vous avez eu une situation similaire, les banques ne réalisaient pas les pertes qu'elles pouvaient avoir", a précisé Benjamin Reitzes, économiste chez BMO Capital Markets.

DÉJA UNE DÉCENNIE PERDUE ?

L'historique des enquêtes Reuters sur l'évolution des rendements obligataires suggère qu'il existe d'autres similitudes entre l'ornière dans laquelle est plongée la zone euro et les années de disette économique du Japon.

Les prévisions pour les 12 prochains mois font ressortir un rapprochement brutal entre le rendement de l'emprunt allemand à 10 ans (Bund) et celui des obligations japonaises. Lors du dernier sondage, l'écart de performance (spread) était attendu à 100 points de base, son plus bas depuis le début des enquêtes en 2002.

Le rendement du Bund est attendu en moyenne à 1,75% d'ici trois mois, à 1,95% d'ici six mois et à 2,2% d'ici 12 mois.

C'est certes supérieur au rendement actuel du Bund à 1,36% sur le marché secondaire. Mais ces prévisions restent comme les plus faibles jamais enregistrées dans les enquêtes Reuters.

Et selon une analyse des données historiques de ces enquêtes, elles pourraient être trop optimistes.

Depuis 2009, les analystes ont constamment revu à la baisse leurs prévisions sur les rendements obligataires allemands, de la même façon que pour les attentes sur les rendements japonais entre 2002 et la crise de 2008.

De leur côté, les gouvernements de la zone euro sont aussi perçus comme étant trop optimistes sur leurs prévisions de croissance.

"A ce jour, l'hypothèse reste celle d'un retour au niveau de croissance d'avant-crise", a indiqué Colin Asher, économiste chez Mizuho Corporate Bank.

Par conséquent, le problème des actifs dans les bilans des banques est perçu comme moins sensible et la volonté de traiter cette question de façon radicale est plus faible, a ajouté l'analyste.

"C'était également le cas au Japon, où les responsables politiques continuaient également à attendre un retour à la normale. Malheureusement, ce qu'ils ont obtenu c'est une décennie perdue".

Blandine Hénault pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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  • geraldmu le jeudi 24 mai 2012 à 18:18

    Le choix est clair: ou bien ce sont les états qui se serrent la ceinture (c'est à dire les fonctionnaires -moins nombreux et moins payés-, ou bien ce sont les citoyens du secteur marchand. Les dirigeants politiques voudraient que ce soit les peuples et nous, nous voulons que ce soient les états et les fonctionnaires. C'est simple, non!

  • mucius le jeudi 24 mai 2012 à 18:13

    A force de donner des Milliards aux pauvres et aux improductifs voila où on en arrive. Prendre l'argent aux plus dynamiques pour le donner aux glandeurs et aux profiteurs de welfare, cette politique menée en Europe depuis des décennies nous mène à la pauvreté généralisée.

  • M8342437 le jeudi 24 mai 2012 à 17:55

    et pas de bulle immo en europe lol?qd aux us, waou qu elle croissance...de chomeurs et de pauvres oui en effetrevoyez vos calculs messieurs, la croissance est cense ameliorer le quotidien des peuplespas les appauvrir.ce n est plus le cas