Les "Amis de la Syrie" vont insister sur un accès humanitaire

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par Dominic Evans

BEYROUTH (Reuters) - Le groupe des "Amis de la Syrie", qui se réunit vendredi à Tunis, devrait mettre le président Bachar al Assad au défi de répondre à l'urgence humanitaire des populations civiles assiégées par ses forces armées.

Aucun projet d'intervention militaire, comme ce fut le cas en Libye l'an dernier, ne figure en revanche à l'ordre du jour.

Selon un projet de déclaration que Reuters s'est procuré à Beyrouth, le groupe, qui rassemble pays occidentaux et arabes, va réclamer au gouvernement syrien "de mettre en oeuvre un cessez-le-feu immédiat et d'accorder un accès libre et sans entrave à l'Onu et aux agences humanitaires".

Le projet de déclaration cite notamment la ville de Homs, cible de bombardements des forces du régime syrien depuis le 3 février. Il demande à ce que les agences humanitaires puissent évaluer pleinement les besoins de la population.

Plus de 70 pays arabes et occidentaux et organisations internationales devraient être représentés à Tunis pour la première réunion des "Amis de la Syrie", initiative mise en place pour contourner la paralysie du Conseil de sécurité des Nations unies, bloqué par la Russie et la Chine.

Leur réunion inaugurale survient alors que la répression menée par les forces syriennes, notamment à Homs, a atteint un degré jamais vu depuis le début du mouvement de contestation, il y a près d'un an.

A Homs, le quartier de Bab Amro, fief des insurgés, est bombardé sans relâche depuis vingt jours et des dizaines et des dizaines d'habitants y ont trouvé la mort la semaine passée. Jeudi matin, des chars syriens ont commencé à y entrer.

"L'ISOLEMENT DU RÉGIME ASSAD"

Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, qui a été en pointe dans la création de ce groupe et sera représentée par son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, et la Turquie sont au nombre des pays attendus à la réunion de Tunis.

"Nous attendons qu'elle exprime le large consensus international en soutien à l'initiative de la Ligue arabe pour mettre fin à la répression en Syrie. Elle illustrera l'isolement total du régime de Bachar al Assad. Elle rappellera la condamnation de la communauté internationale face à la fuite en avant criminelle de ce régime", a dit à Paris le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

La réunion pourrait également aboutir à la nomination d'un représentant spécial chargé d'encourager une transition politique en Syrie et d'aider à l'unification de l'opposition syrienne, aujourd'hui éclatée en plusieurs factions.

Mais les "Amis de la Syrie" devraient se heurter à la réalité. Tant que la Russie et la Chine, qui ont décidé de boycotter le rendez-vous de Tunis, resteront hostiles à toute résolution condamnant Assad, le Conseil de sécurité restera impuissant à offrir un cadre légal à une transition à Damas.

Aussi, l'urgence humanitaire devrait-elle être au centre des discussions. "La Conférence de Tunis doit être l'occasion de mettre en place une aide humanitaire internationale pour la Syrie et de faire avancer des solutions pour permettre l'accès de cette aide humanitaire", soulignait jeudi matin le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

"PAUSE HUMANITAIRE" OU CORRIDORS HUMANITAIRES ?

Le Conseil national syrien (CNS), principal interlocuteur de l'opposition syrienne à la réunion de Tunis, souhaite que les "Amis de la Syrie" accordent leur priorité à la création de couloirs humanitaires.

Reçue jeudi à Genève par le président du Comité international de Croix-Rouge, une de ses représentantes, Basma Kodmani, a précisé que le CNS plaidait pour trois couloirs humanitaires, du Liban vers Homs (centre), de la Turquie vers Idlib (nord) et de Jordanie vers Deraa (sud).

Mais l'opposition estime qu'un éventuel accord de Damas n'aurait de valeur que s'il est garanti par la Russie, alliée historique de la Syrie.

"Les pays réticents à une solution politique, comme la Russie, pourraient être amenés à coopérer sur l'assistance humanitaire. Je ne vois pas comment la Russie ou la Chine pourraient s'y opposer si on la négocie avec elles", veut croire Basma Kodmani.

Valerie Amos, secrétaire générale adjointe de l'Onu chargée des affaires humanitaires, est attendue prochainement en Syrie pour travailler sur ces questions de "couloirs humanitaires".

Le CICR négocie également avec le pouvoir comme l'opposition pour obtenir une suspension des combats. La Croix-Rouge vise des "pauses humanitaires" de deux heures par jour pour permettre l'acheminement d'aide et l'évacuation de blessés. Cette piste-là pourrait être plus facilement acceptable par le régime syrien.

Sur le plan politique, la réunion de Tunis sera l'occasion de débattre du bien-fondé de reconnaître le Conseil national syrien comme représentant légitime de la Syrie, à l'image du Conseil national de transition (CNT) libyen dans les mois ayant précédé la chute du régime de Mouammar Kadhafi.

D'après le projet obtenu par Reuters, la déclaration de Tunis reconnaîtrait le Conseil national syrien (CNS) comme "un représentant légitime des Syriens recherchant un changement démocratique pacifique" - une formulation qui n'équivaut semble-t-il pas à un soutien plein et entier apporté au CNS, principale organisation représentative de l'opposition au régime de Bachar al Assad.

En l'état, la déclaration finale du groupe convient également "d'accentuer son engagement par des moyens à tous les éléments de l'opposition

syrienne".

avec Lin Noueihed à Tunis et Robert Evans à Genève, Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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