Les Allemands continueront à payer l'«impôt réunification»

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Un tribunal vient de valider le «Soli», qui finance depuis 21 ans des infrastructures dans l'ex-RDA.

Le «Soli» est conforme à la Constitution allemande. Vingt et un ans après la réunification allemande, le tribunal de Munich chargé des affaires fiscales a tranché: cet impôt, qui devait financer les rêves de «paysages florissants à l'Est» du chancelier Helmut Kohl, reste valable. La justice avait été saisie par deux plaignants, l'une avocate et l'autre chef d'entreprise. Ils voulaient tous deux obtenir l'arrêt du prélèvement par l'État fédéral du «Solidaritätzuschlag», appelé «Soli» par commodité. «Si le “Soli” devait être limité dans le temps, cela doit se mesurer à l'aune de l'Histoire», a argué le juge munichois.

Cette taxe de 5,5% prélevée mensuellement sur les revenus des particuliers et des entreprises devait initialement être payée pendant un an. Puis l'impôt, remanié en 1995, a pris une place durable. Un salarié aux revenus moyens verse ainsi 50 à 100 € par mois. La recette totale s'élèvera cette année à 12 milliards d'euros. Le «Soli» a rapporté 200 milliards d'euros depuis 1991. L'argent est redirigé vers les Länder de l'ex-RDA, pour la réfection de leurs infrastructures ou le financement de projets économiques. À Leipzig, l'aéroport et le stade récemment bâtis ont été financés en très grande partie grâce à cet impôt.

L'Ouest peste contre cette taxe pour les «Ossis»

Mais le rééquilibrage économique reste un leurre. «D'ici à la fin du Pacte de solidarité en 2019, terme annoncé de l'impôt, l'Est n'atteindra même pas le niveau de la Sarre, un des Länder de l'Ouest le plus en difficulté, déplore Helmut Seitz, professeur de finances à l'Université technique de Dresde. On doit se séparer de l'illusion d'un réajustement global. Aucune subvention au monde ne peut rendre leur dynamisme à des régions structurellement faibles.»

À l'Ouest, dans des communes ayant souscrit des prêts «toxiques» et surendettées depuis la crise du subprime, les infrastructures se dégradent aussi par endroits. Et le contribuable peste régulièrement contre cette taxe destinée aux «Ossis» (habitants de l'Est). Selon un sondage du Bild am Sonntag, 62% des Allemands sont favorables à sa disparition et 18% à sa baisse. La suppression du «Soli» est un cheval de bataille du parti libéral (FDP), allié d'Angela Merkel dans la coalition au pouvoir. Il menace de ne pas voter le budget du gouvernement à l'automne prochain si le «Soli» figure encore dans la colonne recettes. Il a très peu de chances d'être entendu par le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble (CDU, comme la chancelière), partisan résolu de l'orthodoxie budgétaire.

Une rigueur paradoxalement populaire. Car selon le même sondage de Bild, 70% des personnes interrogées préfèrent le désendettement de l'État à la baisse des impôts (27%).

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