« Les actions japonaises vont écraser leur décote » par Hubert Tassin (Cercle des analystes indépendants)

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Pour Hubert Tassin, les actions japonaises vont prendre leur revanche.
Pour Hubert Tassin, les actions japonaises vont prendre leur revanche.

Le PIB japonais a progressé de 0,6% au premier trimestre et la croissance s’établit à 2,4% en rythme annuel. Les « Abenomics » pourraient produire leurs effets sur la durée. Dans ce contexte, les investisseurs devraient profiter de la décote des actions nippones explique Hubert Tassin, analyste financier et membre du Cercle des analystes indépendants.

Le Japon est au centre des préoccupations des marchés, en raison à la fois de sa taille et de son évolution historique. L'Archipel affiche un produit intérieur brut de l'ordre de 45% de celui de la Chine et de près de 30 % de celui des Etats-Unis. 6,2% du PIB de la planète, c'est ainsi un quart de plus que l'Allemagne. Mais si le pays est prospère (avec un PIB par habitant un peu supérieur à celui de l'Allemagne), son économie est marquée par une longue stagnation. En 2007, la production de richesse en était revenue à son niveau de 1992 et le top des années 1990 (en 1995) n'a été repassé qu'en 2013.

Cette stagnation est celle d'un pays à la démographie en déclin, mais d'un pays riche : les ménages japonais ont des patrimoines qui, en moyenne, représentent 7,5 fois leur revenu disponible. 100.000 dollars de patrimoine par tête, c'est dans les records dans les grands pays et l'encours peut être évalué à près du tiers de la capitalisation boursière mondiale.

L'heureuse surprise du premier trimestre 2015

Les faux départs se sont succédés, mais, depuis janvier 2013 et l'investiture de Shinzo Abe à la tête du gouvernement (pour la deuxième fois), une nouvelle ampleur a été donnée à la politique de relance. Les « trois flèches » du Premier ministre ne frappent pas par leur originalité : les deux premières relèvent du policy mix (déficit budgétaire et injections monétaires), la troisième annonce des réformes de structures. C'est l'ampleur des moyens mis en œuvre pour dans les deux premières mesures qui a permis d'y croire. A la fin de l'exercice en cours, les actifs détenus par la Banque du Japon dépasseront 75 % du PIB ; les déficits budgétaires auront porté la dette publique à 2,5 fois la richesse produite.

Des premiers résultats de la stratégie ont été au rendez-vous dès 2013 sur le plan boursier  et sur celui du change (baisse de 18 % du yen en dollars). Restait cependant à transformer l'essai et, aussi, à trouver une trajectoire budgétaire qui donne des limites à la fuite en avant.

Le rendez-vous de ce premier trimestre de l'année 2015 (le dernier de l'exercice fiscal 2014-2015) était très important. La publication de la semaine dernière a été une surprise. Et une surprise assez heureuse. Inscrivant une avance de 0,6 % par rapport aux trois derniers mois de 2014, la croissance s'établit à 2,4 % en rythme annuel, après 1,5% le trimestre précédent.

La consommation moteur... de l'investissement

Le plan se développe finalement dans le cadre fixé par le gouvernement. La consommation intérieure qui est la clé est un moteur qui démarre en affichant 0,4 % sur la période. L'objectif est que les ménages prennent le relais des plans d'investissements publics massifs. Il gagne en crédibilité. La hausse de la TVA d'avril 2014 avait fortement pesé l'année dernière, les consommateurs ayant anticipé les achats avant sa mise en œuvre. Aujourd'hui, le Japon est pratiquement au plein emploi, sort du gel des salaires, et le nombre d'heures travaillées accompagne l'amélioration conjoncturelle.

C'est finalement - et un peu de façon inespérée - un levier naturel qui va être donné sur les moyens mis en œuvre pour passer cette étape suivante qu'est l'investissement. Au-delà de l'effort budgétaire, la mobilisation de la colossale épargne donne des moyens en capitaux propres à des entreprises bénéficiant de la conjoncture des QE.

L'effet de flux des arbitrages des fonds de retraite joue à plein et on ne peut pas s'appuyer sur les niveaux de l'indice Nikkei – qui est au plus haut depuis 1997 – pour déduire l'anticipation d'une forte hausse des bénéfices des entreprises. Pourtant, on ne peut que constater la mise en œuvre du dispositif et un certain démenti apporté au consensus des économistes qui doute toujours. Le prochain rendez-vous sera celui de l'inflation. Ou plutôt de la fin de la menace de déflation. Avec la fin de l'effet TVA, on entre dans une période de prix pratiquement stables. La Banque du Japon vient de confirmer l'objectif de 2 % pour la fin 2016 et le début 2017, jugeant que les injections monétaires et les effets de la dévaluation propres à engager la dérive des prix.

Plus sans doute que l'ampleur des réformes qui sera une question subjective, c'est le passage obligé pour que les « Abenomics » inscrivent dans le temps une ère de croissance, bien sûr dans les limites imposées par la démographie. Et pour que les investisseurs profitent à plein de la décote des actions et des restructurations engagées dans les entreprises. Kabuto-Chô va encore profiter des révisions à la hausse des estimations de bénéfices.

Le Japon connaît une révision en hausse des résultats de ses entreprises.
Le Japon connaît une révision en hausse des résultats de ses entreprises.

Hubert Tassin

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d’analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

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  • y.remort le vendredi 29 mai 2015 à 13:38

    Un N-ième article de bisounours converti à l'idolâtrie des quantitative easings mais complètement démenti par une inflation nulle (hors effet TVA) et une consommation qui replonge dans le gouffre (-1,2% en avril), sans parler d'entreprises qui n'investissent pas... mais pour vendre à qui puisque les salaires n'augmentent pas ?