Les achats de dette corporate par la BCE sans grand effet sur l'inflation

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    par Francesco Canepa 
    FRANCFORT, 10 mars (Reuters) - La décision de la Banque 
centrale européenne d'étendre son programme d'achats d'actifs 
aux obligations d'entreprise constitue une bonne nouvelle pour 
les investisseurs mais risque de n'avoir que peu d'effet sur 
l'inflation, compte tenu de la petite taille de ce marché et de 
son lien ténu avec l'économie réelle. 
    La BCE, qui n'achetait jusqu'ici que des obligations émises 
par des gouvernements ou autres entités publiques, a fait savoir 
jeudi qu'elle rachèterait également des obligations 
d'entreprises privées à condition qu'elles soient notées en 
catégorie investissement et qu'elles émanent de sociétés non 
financières installées dans la zone euro.   
    Lors de sa conférence de presse mensuelle, le président de 
la BCE Mario Draghi a expliqué que cette mesure permettrait 
d'améliorer les conditions de financement dans l'économie 
réelle. De fait, les rendements des obligations corporate 
devraient s'en trouver diminués, ce qui encouragera les 
entreprises à emprunter sur le marché pour se financer. 
    Les rendements des obligations émises par les sociétés non 
financières de la zone euro ont, effectivement, baissé fortement 
jeudi  ITEXO5Y= . 
    Mais le marché pour ces titres est restreint et se limite 
pour l'essentiel à des grandes entreprises qui bénéficient 
depuis des années de conditions de financement favorables, 
notent des analystes. 
    La BCE n'a pas fourni aucune évaluation chiffrée sur ses 
achats à venir. 
    "On spécule sur quelque chose de l'ordre de cinq milliards 
d'euros par mois", note Tanguy Le Saout, responsable des 
obligations européennes chez Pioneer Investments. 
    Ce ne serait dans ce cas qu'une faible proportion du 
programme de rachat d'actifs de la BCE, qui a été porté jeudi à 
80 milliards d'euros par mois, mais cela représenterait en 
revanche une part non négligeable du marché de la dette 
corporate. 
    Dans une note récente, les analystes de Barclays estimaient 
que les obligations d'entreprises non financières éventuellement 
éligibles aux critères de la BCE totalisaient 480 milliards 
d'euros, mais ils ajoutaient qu'une intervention de la banque 
centrale sur ce marché n'aurait qu'un effet modeste sur les 
conditions de crédit. 
    L'initiative permettra en revanche à la BCE d'élargir la 
palette des actifs qu'elle peut racheter, atténuant ainsi la 
crainte d'un épuisement de la ressource. 
    Elle conduira aussi probablement les investisseurs qui 
détiennent actuellement de la dette d'entreprise à se tourner 
vers des actifs plus rémunérateurs comme les actions. 
    Ce rééquilibrage de portefeuilles, comme l'appellent les 
banquiers centraux, a été le résultat le plus tangible des 
programmes d'assouplissement quantitatif mis en place par 
plusieurs grandes banques centrales depuis 2012, avec pour 
conséquence un bond des marchés boursiers durant trois ans. 
    Leur impact sur l'économie réelle est revanche resté limité 
: faute de perspectives de croissance, beaucoup d'entreprises 
ont préféré racheter leurs actions ou même laisser dormir leur 
trésorerie plutôt que d'investir.   
    "Est-ce que ce sera suffisant pour relancer l'inflation ? Je 
n'en suis pas si sûr", dit Philippe Gudin, économiste chez 
Barclays. "Ce n'est pas une solution miracle. L'inflation reste 
basse à cause de facteurs externes et parce que la reprise reste 
modeste." 
    L'inflation est actuellement autour de zéro dans la zone 
euro alors que la BCE a un objectif de moyen terme proche de 2%. 
Ses nouvelles projections macro-économiques publiées jeudi 
situent le taux d'inflation à seulement 1,6% à l'horizon de 
2018.   
    En attendant, les investisseurs du marché corporate seront 
les vrais bénéficiaires des largesses de la banque centrale. 
"Cette demande va fortement soutenir les niveaux actuels de 
spread et les obligations corporate devraient surperformer leurs 
homologues souveraines", souligne Tanguy Le Saout. 
 
 (avec Hélène Durand à Londres, Véronique Tison pour le service 
français) 
 
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