Les 5 crises

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Les 5 crises, Article rédigé par CCR-Gestion

La crise que nous traversons, est non seulement d'une ampleur sans précédent, mais elle est également d'une complexité assez inouïe. Aussi serait-il plus justifié de parler en fait des 5 crises qui à la fois se succèdent, se chevauchent et se renforcent parfois mutuellement.

Au commencement était la crise immobilière américaine, désormais célèbre sous le nom de crise des subprimes. Ne nous étendons pas sur cette crise déjà abondamment commentée. Rappelons simplement qu'en prêtant 1400 milliards de dollars à des emprunteurs insolvables, les banques américaines ont non seulement mis au tapis l'ensemble du système financier américain, mais aussi le système bancaire international en lui revendant avec la bénédiction des agences de notation une bonne partie de ces créances pourries, provoquant ainsi la seconde crise, la crise financière sans doute la plus grave que le monde ait eu à affronter.

Cette crise financière qui a vu banques et assureurs comptabiliser des centaines de milliards de dollars de pertes a débouché entre autres sur la faillite d'un des fleurons de la finance américaine, la nationalisation totale ou partielle de géants de l'assurance ou de la banque et la mises sous surveillance étroite de la planète financière, le tout en moins de 3 mois : du bel ouvrage !

Cette déconfiture du système bancaire a dégénéré en une crise boursière majeure : -42% sur le Dow Jones depuis son plus haut de 2007, -51% sur le cac 40, -57% sur le Nikkei. Logique, ne serait ce qu'en raison du poids des banques dans les indices boursiers. Mais cette crise a aussi provoqué une crise de liquidité sans précédent, ce qui reste à mes yeux comme l'aspect le plus inattendu de la période que nous traversons. La méfiance entre banque est telle, en particulier depuis la faillite de Lehman Brothers, que les banques disposant de liquidités refusent en effet de les prêter à celles qui en ont besoin provoquant ainsi, une pénurie de cash dans le système qui aurait conduit nombre d'établissements à la banqueroute sans l'intervention fort à propos des banques centrales qui jouent les pompiers en inondant le marché interbancaire de liquidités.

Quand les banques vont mal, c'est le coeur du système capitaliste qui est atteint. Pour essayer de redresser la barre les banques mènent toutes la même politique : diminuer les risques, ce qui signifie dans une certaine mesure arrêter de prêter. Or le rationnement du crédit, signifie effondrement de l'investissement et de la consommation, chute des prix et récession. Cette ultime crise, la cinquième si mon compte est exact, la crise économique, surprend par la rapidité de sa diffusion : la vitesse à laquelle les carnets de commandes se dégarnissent est impressionnante. Elle surprend également par sa profondeur : les statiques d'activité atteignent bien souvent des planchers jamais enregistrés depuis qu'elles existent ! Elle surprend enfin par son caractère universel pourrait-on dire : aucun pays n'est épargné, absolument aucun.

Nous ne sommes pas pour autant en 1929. La gravité de la crise actuelle a en effet conduit les Etats et les Banques Centrales à réagir vite et fort, et surtout grande différence avec 29, dans la concertation sinon la coordination. L'ampleur de la réaction est ainsi incontestablement à la mesure du problème. Les banques sont moribondes : on les rachète. Elles ne prêtent plus, on prête à leur place. La demande s'étiole, on relance la machine économique à coup de milliards, et pour les déficits on verra plus tard. . . La thérapie de choc administrée aux économies finira par porter ces fruits à n'en pas douter.

Les marchés qui aujourd'hui sont tétanisés par la peur, en quête de sécurité maximum, nous semblent dans ce contexte receler des opportunités assez exceptionnelles. Le marché des obligations du secteur privé offre par exemple des rendements phénoménaux sur des signatures de première qualité, des rendements autrefois réservés au compartiment du high yield (obligations à haut risque).

Sur le marché des actions, les rendements atteignent aussi des niveaux historiques, et il serait fastidieux d'énumérer le nombre de sociétés qui cotent aujourd'hui moins que leurs fonds propres voir le montant du cash qu'elles détiennent.

Il nous semble sage en revanche de fuir les actifs qui profitent aujourd'hui le plus de la crise, à savoir les emprunts d'Etat et le dollar (et particulièrement les emprunts d'Etat en dollar !). A 2.65% à 10 ans l'emprunt phare américain nous semble en effet peu séduisant quand on sait que chez l'Oncle Sam, la planche à billets tourne à fond et que le creusement des déficits budgétaire obligera l'Etat à émettre des montants colossaux de dette dans les années à venir. Quant au dollar, il est tout de même assez piquant de voir que le pays le plus impacté par la (les) crise(s), celui qui justement recourra le plus massivement à l'emprunt et la création monétaire voit sa devise actuellement considérée comme une valeur refuge. . .


Le 05/12/08

Eric Bourguignon
Directeur Général Adjoint de CCR-GESTION

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