Les "47%" qui pèsent sur la campagne de Romney

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LES PROPOS SUR LES ASSISTÉS POURRAIENT COMPLIQUER LA CAMPAGNE DE MITT ROMNEY
LES PROPOS SUR LES ASSISTÉS POURRAIENT COMPLIQUER LA CAMPAGNE DE MITT ROMNEY

par Andy Sullivan

WASHINGTON (Reuters) - Les propos de Mitt Romney, décrivant près de la moitié des Américains comme des "assistés" visant aux crochets de l'Etat, continuaient de peser lourdement mardi dans la campagne du candidat républicain à la présidentielle du 6 novembre.

Dans une vidéo enregistrée lors d'un dîner destiné à lever 50.000 dollars de fonds en mai dernier en Floride, l'ancien gouverneur du Massachusetts livre sans fard son sentiment sur ces 47% d'Américains qui ne paient pas d'impôts.

"Mon boulot n'est pas de m'occuper de ces gens. Je ne réussirai jamais à les convaincre d'assumer leurs responsabilités et de prendre leur vie en main", affirme Romney traduisant la pensée d'une partie de l'électorat conservateur.

La vidéo, publiée sur le site Mother Jones, a fait l'effet d'une onde de choc sur la campagne du républicain dont les déclarations ont été critiquées y compris au sein de son camp.

Romney a tenté maladroitement de s'expliquer depuis, mais refusant de renier ses déclarations il entretient l'impression qu'il est le candidat des riches, peu soucieux du sort et des préoccupations quotidiennes de la moitié de la population qu'il serait appelé à diriger s'il accède à la magistrature suprême.

Dans les faits, la vidéo vient conforter dans l'opinion publique le sentiment que Romney, dont la fortune personnelle est estimée à 250 millions de dollars, appartient à une élite éloignée de l'électorat.

"Il va devoir s'expliquer d'une manière plus précise et en faisant preuve de beaucoup plus de compassion, en particulier parce qu'Obama va l'attaquer sur ce terrain", estime Ron Bonjean, stratège du camp républicain.

"Cela va rester en travers de la gorge d'un certain nombre de personnes", renchérit Tobe Berkowitz, professeur de communication à l'université de Boston.

L'erreur commise par Romney est d'autant plus dommageable qu'il ne réussit pas à transformer en intentions de vote le mécontentement populaire concernant la mauvaise situation économique des Etats-Unis.

En prenant le risque de s'aliéner une partie de l'électorat, le candidat républicain s'est lui-même placé dans une situation insoluble : il ne réussira jamais à rallier les 53% qui paient des impôts et il a besoin d'une partie de "47%" qui restent pour espérer l'emporter.

MÉCONNAISSANCE

Romney révèle par ses propos une grave méconnaissance de la situation réelle du pays et de son propre électorat car les non-assujettis à l'impôt sur le revenu ne sont pas tous des citadins à faible revenu vivant des bons alimentaires, des aides au logement et d'autres programmes sociaux traditionnellement soutenus par les démocrates.

Beaucoup sont des retraités et des électeurs blancs issus de la classe ouvrière qui se montrent méfiants à l'égard du rôle de l'Etat qu'ils jugent parfois de nature à menacer leurs libertés individuelles.

Cette méfiance les incite naturellement à se montrer conservateurs politiquement et à voter pour le parti républicain bien qu'ils soient bénéficiaires des aides sociales.

De plus, selon le Tax Policy Center, près de deux tiers des électeurs qui ne paient pas d'impôts acquittent des cotisations sociales qui alimentent le programme des retraites et l'assurance santé Medicare qui ne profitent pas seulement aux plus bas revenus.

Ce faux pas de Romney est un cadeau fait aux démocrates qui ont désormais beau jeu de montrer que le fossé entre le 1% des plus riches auquel il appartient et les 99% restants ne cesse de se creuser.

Les effets de cette erreur se font déjà sentir parmi les électeurs les plus âgés, traditionnellement républicains. Chez les 60 ans et plus, Romney a vu son avance sur Obama fondre de 20 à quatre points cette semaine, selon un sondage Reuters/Ipsos.

Romney est certain qu'il ne l'emportera pas dans l'électorat le plus défavorisé et il va devoir limiter son retard dans cette frange de la population dans les Etats pivots comme l'Ohio.

Pour l'expert conservateur Bill Kristol, la remarque de Romney sur les "47%" est "stupide et arrogante", jugeant que cela risque de lui aliéner des électeurs dans les deux camps.

Pour le conseiller d'un élu républicain, ses propos sont "complètement imbéciles" car ils pourraient lui faire perdre des soutiens parmi les indécis, tout en jugeant que cela aura peu d'impact sur l'électorat républicain.

Pierre Sérisier pour le service français, édité par Guy Kerivel

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  • rodde12 le mercredi 19 sept 2012 à 15:41

    Il risque de perdre les voix des gens qui ne voteraient pas pour lui.