Lelouch sur "Salaud on t'aime": le travail "peut bouffer tout le reste"

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"Salaud on t'aime" All Rights Reserved
"Salaud on t'aime" All Rights Reserved

(AFP) - Claude Lelouch a fait "Salaud on t'aime", en salles mercredi, pour "régler des comptes avec lui-même" et montrer que le travail pouvait "bouffer tout le reste", jusqu'à la vie de famille, explique-t-il dans un entretien à l'AFP.

Difficile de ne pas faire le parallèle entre le réalisateur et le héros principal de son 44e long métrage, Jacques Kaminsky (Johnny Hallyday), photographe de guerre et père absent de quatre filles nées de mères différentes.

Dans les Alpes, Kaminsky a refait sa vie: nouveau chalet, nouvelle compagne Nathalie (Sandrine Bonnaire, lumineuse), tandis que son meilleur ami (Eddy Mitchell) réussit à faire venir ses filles pour tenter de les réconcilier, au prix d'un énorme mensonge.

Avec ce film, "j'avais envie de régler des comptes avec moi-même, la vie et plein de choses", explique Claude Lelouch dans son bureau parisien des Films 13, sa société de production et de distribution.

"J'ai voulu montrer que le travail bouffait tout le reste. Enfin en ce qui me concerne, j'ai eu le sentiment que je me suis plus occupé de ma caméra que de mes enfants", poursuit le cinéaste qui en a eu "sept de cinq femmes différentes".

"Le cinéma m'a pris mes jours, mes nuits, mes vacances. Je ne le regrette pas mais j'ai mal vu grandir mes enfants".

Alors le réalisateur leur dédie son film, "et à tous ceux qui ont leur âge". Mais aussi "à tous les papas arrivés à un moment donné en seconde position".

"J'avais aussi envie de parler de cet homme qui met sa vie au propre, qui voudrait partir en ne laissant pas trop l'image d'un salaud parce que vos enfants, les gens sont jaloux à un moment donné de la passion que vous avez pour votre métier", dit-il.

Comme souvent avec Lelouch, il s'agit d'un film sur la vie, l'amour, le hasard auxquels s'ajoute la mort, "cette ligne d'arrivée inéxorable qui nous attend tous et la façon de l'appréhender", poursuit l'auteur de "Un homme et une femme", "Les uns et les autres" ou "Itinéraire d'un enfant gâté".

- 'Le hasard, mon premier assistant' -

Johnny Hallyday n'était pas prévu au départ pour le rôle. Mais les acteurs contactés ont refusé pour des questions de calendrier ou bien parce que trop chers.

"La contrainte suscitant l'imagination... Je n'aurais pas trouvé mieux que Johnny, donc je remercie encore le hasard, mon premier assistant".

"Il m'a emmené toute ma vie là où je n'aurais pas eu le culot d'aller, l'intelligence est trop pragmatique, elle dit toujours non".

Est-il anxieux avant la sortie de son dernier film lui qui reconnaît facilement que sa carrière a été en dents de scie?

"Je peux dire que plus de la moitié du temps le public était là, puis il y a eu des jours où il s'est fait tirer l'oreille et des jours où il faisait la gueule".

"Maintenant je fais des films pour les autres. Si le public n'était pas là, je serais très triste, comme un rendez-vous avec une dame qui ne vient pas".

A-t-il des films préférés ou d'autres qu'il regrette? "Non, tous ont été utiles. Mes échecs m'ont renvoyé à l'école. Ils ont fabriqué mes succès alors que les succès n'ont jamais fabriqué d'autres succès. On prend la grosse tête, on se répète et on se plante".

Le réalisateur de 76 ans a encore plein de projets en tête dont un qu'il espère tourner en janvier en Inde, "un road movie initiatique", avec Jean Dujardin et Elsa Zylberstein. Et un autre qu'il essaie de monter depuis plusieurs années avec Jean-Paul Belmondo.

Maintenant qu'il peut s'absenter "sans qu'on me reproche rien", il "a le sentiment d'avoir (ses) plus beaux films devant lui".

"Les réglages étant faits (avec ses films précédents) et si la santé est là, je peux faire encore trois/quatre films, essayer de me régaler".

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