Législatives : le FN pourra-t-il créer un groupe parlementaire à l'Assemblée ? Marine Le Pen veut y croire

le
0
La présidente du Front national (FN) Marine Le Pen à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 19 juin 2017, au lendemain de sa victoire aux législatives. ( AFP / DENIS CHARLET )
La présidente du Front national (FN) Marine Le Pen à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 19 juin 2017, au lendemain de sa victoire aux législatives. ( AFP / DENIS CHARLET )

Avec huit députés, le Front national (FN) échoue à constituer un groupe à l'Assemblée (il lui fallait 15 élus). Mais la présidente du parti, qui s'exprimait lundi à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), où elle l'a emporté, espère constituer un groupe "dans les prochains mois" en s'alliant à des élus proches de ses idées. Le nom de Nicolas Dupont-Aignan circule.

Le FN est parvenu à envoyer huit députés au Palais Bourbon dont Marine Le Pen, Louis Aliot et Gilbert Collard. L'épisode de 1986 excepté, avec 35 députés élus à la proportionnelle intégrale, jamais le FN n'avait obtenu autant de députés au scrutin majoritaire. Huit, c'est plus que pronostiqué après le premier tour, 13,2% des voix et un score "extrêmement décevant", de l'aveu de la présidente du parti, inférieur à celui de 2012. Marine Le Pen, qui va siéger pour la première fois à l'Assemblée comme députée du Pas- de-Calais, sera accompagnée par Louis Aliot, son compagnon, élu dans 2e circonscription des Pyrénées-Orientales; Bruno Bilde (12e du Pas-de-Calais), l'un de ses plus anciens conseillers; Sébastien Chenu (19e du Nord), transfuge du parti Les Républicains (LR) devenu un de ses proches; mais aussi Ludovic Pajot (10e du Pas-de-Calais), qui devrait être le benjamin de la nouvelle Assemblée, et José Evrard (3e du Pas-de-Calais), ancien militant communiste.

Fortunes diverses pour les circonscriptions acquises en 2012 : Gilbert Collard, apparenté FN, sauve d'un cheveu son siège dans la 2e du Gard. À l'inverse, Hervé de Lépinau, qui remplaçait Marion Maréchal-Le Pen, en retrait temporaire de la vie politique, a été battu dans la 3e du Vaucluse. L'apparentée FN Emmanuelle Ménard, patronne de Boulevard Voltaire et épouse du maire de Béziers proche du FN Robert Ménard, décroche un siège dans l'Hérault. Jacques Bompard, maire d'Orange qui entretient des rapports tumultueux avec le FN, est réélu dans le Vaucluse.

APPEL DU PIED AUX PARTISANS D'UNE OPPOSITION "FERME"...

Avec huit députés, "nous n'avons pas de groupe aujourd'hui, rien ne dit que nous n'en aurons pas demain (...). Je ne perds pas de vue cet objectif de pouvoir au cours des prochains mois constituer un groupe à l'Assemblée nationale qui puisse être un groupe où nous nous entendions sur deux, trois lignes principales, tout en conservant chacun notre indépendance et sa spécificité" a déclaré Marine Le Pen, lundi 19 juin, lors d'une conférence de presse à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). "Car nous allons nous rendre compte très rapidement qu'en réalité les groupes d'élus présents dans les médias ne vont probablement pas refléter la réalité des groupes politiques et probablement Les Républicains vont également être divisés en deux ou en trois, ceux qui veulent soutenir l'action d'Emmanuel Macron, ceux qui souhaitent être dans une opposition beaucoup plus ferme", a-t-elle prédit.

Louis Aliot et Marine Le Pen ont tous deux été élus à l'Assemblée nationale.
Louis Aliot et Marine Le Pen ont tous deux été élus à l'Assemblée nationale. (En photo : le 9 mai 2014 à Béziers) ( AFP/Archives / SYLVAIN THOMAS )

... Y COMPRIS CHEZ LES RÉPUBLICAINS

Louis Aliot s'affiche confiant lui aussi. Il suffit de s'entendre sur un projet d'opposition, il n'y a aucune raison que nous ne nous associions pas avec d'autres personnalités pour former un groupe", a estimé le vice-président du FN lundi sur RTL. "J'ai vu que M. Dupont-Aignan est élu (dans l'Essonne, ndlr), j'ai vu qu'il y avait des députés indépendants, je ne les connais pas, je ne sais pas qui ils sont, on verra bien comment tout cela se passe", explique le nouveau député des Pyrénées-Orientales. "Sait-on jamais, peut-être que d'ici là un groupe se formera". "Y compris avec des Républicains et des divers droite ?", l'a relancé le journaliste. "Bien sûr, tous ceux qui le désireront", assure Louis Aliot, qui dit "espérer que nous aurons une tribune et que nous pourrons nous exprimer".

Florian Philippot, en position délicate au FN depuis la présidentielle et après sa défaite dimanche en Moselle, juge pour sa part "un peu difficile" la possibilité de former un groupe parlementaire, "même si nous avons un peu plus d'élus que ce que nous donnaient les sondages". "Je félicite Nicolas Dupont-Aignan pour sa victoire, cela permettra une diversité des voix patriotes à l'Assemblée nationale", a-t-il expliqué lundi sur BFMTV, "mais de là à faire un groupe je ne sais pas, nos élus vont y travailler mais je ne sais pas si cela sera faisable".

DUPONT-AIGNAN (À NOUVEAU) COURTISÉ

L'ex-candidat à la présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan, président du parti Debout la France (DLF) a été réélu dans la 8e circonscription de l'Essonne (52,05%). "L'enjeu maintenant est d'agir vite pour unir les forces de résistance et proposer un autre destin à la France, a-t-il déclaré à l'AFP dimanche soir. Cela passe d'abord par notre capacité à proposer un Français le beau projet politique alternatif et sérieux, capable de résoudre enfin les problèmes qu'aucune majorité depuis trente ans n'a réglé car elles ont oublié que rien ne peut se faire sans l'indépendance du pays", a souligné l'ancien membre de l'UMP. Mais pas sûr que ces propos soient un appel au FN, car rien ne va plus entre les deux partis depuis l'après-présidentielle.

Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen le 29 avril 2017 au siège du FN à Paris.
Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen le 29 avril 2017 au siège du FN à Paris. ( AFP / GEOFFROY VAN DER HASSELT )

Entre les deux tours du scrutin, Nicolas Dupont-Aignan avait passé un accord de gouvernement avec Marine Le Pen, qui était qualifiée au second tour, prévoyant de le nommer Premier ministre. Cet accord a provoqué une hémorragie au sein de DLF et des manifestations à Yerres, la ville dont il est maire. Un accord législatif avait été aussi conclu, prévoyant 50 candidats FN soutenus par DLF et 50 DLF soutenus par le FN, mais il a été ensuite mis au rebut, le FN présentant un candidat contre Nicolas Dupont-Aignan dans l'Essonne, comme DLF face à Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant