Lectra: 'une offre produits plus forte que jamais'.

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(CercleFinance.com) - Directeur financier de Lectra, Jérôme Viala s'est confié à notre rédaction quelques jours après la publication de comptes annuels très probants, ce malgré un environnement macroéconomique et géopolitique plus défavorable qu'attendu. Le groupe aborde 2016 raisonnablement confiant et nous explique pourquoi.

Cercle Finance: Quels sont selon vous les principaux enseignements à tirer de l'exercice 2015 ?

Jérôme Viala: L'année 2015 aura été une année particulière à plusieurs titres. Avec un chiffre d'affaires de 238 millions d'euros et un résultat opérationnel de 31,8 millions, nous réalisons les meilleurs résultats historiques de Lectra. Malgré tout, nous avons subi pendant toute l'année les effets d'un environnement macroéconomique et géopolitique beaucoup plus difficile que nous ne l'avions envisagé en début d'exercice : très fort ralentissement de l'économie brésilienne, ralentissement de la croissance en chine, guerre au Moyen-Orient et ses conséquences en Turquie, situation en Russie, fortes dépréciations des monnaies de certains pays émergents et, plus généralement, conséquences complexes des variations de parités monétaires sur nos clients.

Cet environnement a pesé sur la dynamique des commandes de nouveaux systèmes, qui est restée faible au cours des 3 premiers trimestres de l'année. Le rebond du quatrième trimestre, tout en étant très positif, n'a pas permis de rattraper le retard pris au cours des 9 premiers mois de l'année.

En dehors de cette faiblesse des commandes de nouveaux systèmes, tous les autres paramètres financiers sont en ligne ou meilleurs que nos objectifs de début d'année : croissance du chiffre d'affaires récurrent, marges brutes, cash-flow libre... C'est une grande satisfaction.

C.F.: Le rebond des commandes de 'nouveaux systèmes' est-il temporaire ou peut-on au contraire envisager que celles-ci reviennent durablement aux standards espérés ?

J.V.: Il est très difficile de répondre à cette question car, malheureusement, l'environnement macroéconomique global reste imprévisible. La persistance de conditions macroéconomiques, géopolitiques et monétaires incertaines, ainsi que l'accroissement des risques, pourraient continuer de perturber le retour de la confiance et peser encore fortement sur les décisions d'investissement des entreprises. L'évolution des Bourses ces dernières semaines nous le rappelle brutalement...

Nous n'aimons pas l'incertitude et le manque de visibilitén qui conduisent de nombreux clients à annuler ou différer leurs investissements.

Toutefois, lorsque l'on regarde la situation en interne, nous considérons avoir aujourd'hui plus d'atouts que jamais pour confirmer une meilleure dynamique des commandes de nouveaux systèmes. Le plan de transformation se termine, et avec lui le volet de recrutement de commerciaux. Ceux qui nous ont rejoints en 2015 vont par ailleurs progressivement monter en puissance.

Ces éléments sont de nature à confirmer l'amélioration du volume des commandes de nouveaux systèmes cette année.

C.F.: Comment appréhendez-vous l'année 2016, qui débute dans un contexte de forte volatilité des marchés actions et de vives inquiétudes quant à la croissance mondiale ?

J.V.: Cette situation appelle à la prudence, c'est certain. Je crois malgré tout qu'il serait prématuré de tirer des conclusions hâtives sur l'environnement dans lequel nous allons évoluer tout au long de l'année 2016.

L'exposition de Lectra à plusieurs marchés sectoriels, dans toutes les régions du monde et de très nombreux pays, constitue d'une certaine façon une protection contre des situations très dégradées dans certains marchés. Par ailleurs, notre modèle économique et en particulier le poids des revenus récurrents constituent eux aussi une excellente protection contre une éventuelle dégradation brutale de la situation économique, globalement.

Mais nous n'en sommes pas là et, comme je l'indiquais précédemment, nous abordons parallèlement 2016 avec une organisation, des équipes mais aussi une offre produits plus fortes que jamais (avec notamment le FocusQuantum, la dernière génération de systèmes de découpe d'airbags), ce qui nous permet d'être raisonnablement confiants pour 2016.

C.F.: Pensez-vous pouvoir cette année aussi vous appuyer sur un effet devises favorables ?

J.V.: Il est clair que les fortes appréciations du dollar et du yuan chinois face à l'euro ont eu un effet bénéfique important, à la fois mécanique sur les comptes de la société, mais également sur sa situation compétitive.

D'un côté, nous concentrons en France nos activités de fabrication et de R&D et avons une base de coûts en euros beaucoup plus importante qu'en dollar ou en yuan, alors que le poids du chiffre d'affaires dans ces 2 monnaies a continué de croître pour représenter 41% du total du chiffre d'affaires en 2015 (46% pour l'euro). De l'autre, nos principaux concurrents fabriquent en Chine et sont donc pénalisés par des coûts de fabrication plus élevés, ce qui affecte leur compétitivité.

Pour 2016, nous avons construit nos objectifs sur la base des cours de change au 31 décembre 2015, et notamment une parité d'un euro pour 1,1 dollar. Personne ne peut prédire avec certitude quelle sera l'évolution de cette parité et c'est un petit jeu auquel je ne me livrerai pas. Notre souhait est avant tout que les parités affichent une certaine stabilité. Ce sont les variations brutales et rapides qui sont les plus pénalisantes car elles génèrent beaucoup d'interrogations et d'incertitudes.

Si l'euro devrait à nouveau s'apprécier, nous saurions faire face, d'autant que, même s'il reste important, l'impact mécanique d'une variation moyenne de 5 cents de la parité euro/dollar représente aujourd'hui un pourcentage plus faible que par le passé dans notre résultat opérationnel, compte tenu de sa forte progression.

C.F.: D'une façon générale, vos perspectives sont plutôt prudentes, alors même que vos résultats sont en amélioration. Comment expliquer ce décalage ?

J.V.: Je ne pense pas que nous puissions qualifier ces perspectives de prudentes. Peut-être - et j'espère que l'année 2016 le confirmera - que le bas de fourchette est prudent, mais réaliser, à données comparables, une croissance de 12% du chiffre d'affaires et de 25% du résultat opérationnel (haut de fourchette) repose sur une forte dynamique de croissance des ventes de nouveaux systèmes (la croissance naturelle du chiffre d'affaires récurrent étant de 5% environ).

Comme nous le mentionnions précédemment, le contexte macroéconomique dans lequel nous allons évoluer en 2016 reste incertain et il y a donc dans ces objectifs annuels un mélange de prudence sur l'environnement et de confiance dans nos capacités et notre organisation.

C.F.: Envisagez-vous une voire des opérations de croissance externe à moyen terme ?

J.V.: C'est quelque chose que nous n'excluons pas, mais probablement pas en 2016. Pour cette dernière année de notre feuille de route stratégique 2013/2016, nous souhaitons rester concentrés sur l'exécution de notre plan et l'atteinte de nos objectifs, qui, je le rappelle, s'appuient sur une croissance organique.

A partir de 2017, en capitalisant sur une structure financière particulièrement solide, une trésorerie nette de près de 60 millions d'euros à fin 2015, aucune dette, et une capacité à dégager annuellement un cash flow libre important qui va encore améliorer ces chiffres, nous pourrions effectivement envisager de façon plus active une opération de croissance externe.


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