Le Yémen s'enfonce un peu plus dans le chaos

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(Actualisé avec réunion du parlement §5-7) par Yara Bayoumy et Mohammed Ghobari SANAA, 22 janvier (Reuters) - Le président yéménite Abd-Rabbou Mansour Hadi, aux prises avec les rebelles chiites houthis, a remis jeudi sa démission, plongeant un peu plus le Yémen dans le chaos, a confirmé un porte-parole du gouvernement. Quelques heures avant sa décision, révélée par la chaîne de télévision panarabe Al Djazira, son Premier ministre, Khaled Baha, avait lui aussi jeté l'éponge, annonçant dans un message publié sur Facebook la démission en bloc de son gouvernement pour ne pas se laisser aspirer dans "un dédale politique non constructif et qui ne soit pas fondé sur l'état de droit". Le président Hadi, qui avait succédé début 2012 à Ali Abdallah Saleh, évincé du pouvoir par des manifestations populaires inspirées du "printemps arabe", était pratiquement retenu prisonnier depuis plusieurs jours dans sa résidence par les combattants houthis. Cité par un porte-parole du gouvernement, il présente ses excuses au peuple yéménite pour l'impasse dans laquelle se trouve le pays dans sa lettre de démission, adressée au président du Parlement, à qui la Constitution confie l'intérim. Un conseiller présidentiel a indiqué que Hadi avait démissionné en raison des pressions et des menaces proférées par les houthis. Il a ajouté que le parlement se réunira samedi pour décider de l'acceptation ou du rejet de cette démission. L'agence de presse officielle Saba indique qu'une réunion d'urgence du parlement est prévue dimanche. Jeudi soir, des combattants houthis ont pris position autour du bâtiment parlementaire, ont indiqué des habitants. PACTE DE PARTENARIAT La décision d'Hadi constitue une brutale accélération de la crise alors qu'il se disait prêt la veille à accepter les exigences du puissant mouvement chiite dans le cadre des discussions en cours sur la révision de la constitution yéménite. On pensait alors que la situation pourrait connaître un apaisement. Un haut responsable d'Ansarullah, le nom officiel du mouvement chiite zaïdite qui contrôle l'essentiel de la capitale, Sanaa, depuis septembre, avait accepté jeudi matin cette main tendue. "Le dernier accord en date comporte une série de mesures précises pour mettre en oeuvre le pacte de paix et de partenariat, ce qui montre qu'Ansarullah ne cherchait pas à saboter le processus politique", avait déclaré Mohamed al Boukhaiti, par allusion à un accord signé en septembre entre les Houthis et le gouvernement à la suite de la prise de Sanaa par les miliciens. "L'accord est satisfaisant parce qu'il confirme les points les plus importants du pacte de partenariat", ajoutait-il. Dans la soirée, un autre responsable du mouvement houthi s'est félicité du départ du président Hadi. "Sa démission est une bonne nouvelle pour tous les Yéménites", écrit Abou al-Malek Youssef al-Fichi sur son compte Twitter. Il propose la création d'un "conseil présidentiel" dans lequel seraient représentés l'armée, les forces de sécurité, les comités populaires et les "composantes révolutionnaires et politiques". Considérés comme des alliés de l'Iran, les miliciens houthis semblent être devenus la principale force armée d'un pays majoritairement sunnite mais doivent compter avec la résistance des insurgés sunnites d'Al Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa). La branche locale d'Al Qaïda, qui a revendiqué la responsabilité de la tuerie du 7 janvier à la rédaction de l'hebdomadaire Charlie Hebdo, à Paris, a multipliés ces dernières semaines les attaques contre des cibles houthis, mais aussi contre les forces de sécurité yéménites et des symboles de l'Etat. (Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour le service français)

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