Le vote sanction ajoute à l'incertitude en Italie

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LES ITALIENS AUX URNES
LES ITALIENS AUX URNES

par James Mackenzie

ROME (Reuters) - Les bureaux de vote ont rouvert lundi au second et dernier jour des législatives italiennes, alors que la tentation du vote sanction ajoute à l'incertitude de ce scrutin très suivi par les marchés financiers, qui craignent un blocage politique susceptible de relancer la crise de la zone euro.

Les opérations de vote ont repris lundi matin à 07h00 (06h00 GMT) et s'achèveront à 15h00 (14h00 GMT). On connaîtra alors les résultats des sondages réalisés à la sortie des urnes et les premières projections. Les résultats officiels ne sont pas attendus avant lundi soir ou mardi matin.

Dimanche à 22h00 (21h00 GMT), à la fermeture des bureaux de vote, la participation était de 54%, loin des 62,5% de 2008, selon le ministère de l'Intérieur.

Pier Luigi Bersani, ancien ministre de l'Industrie et chef de file du Parti démocrate, était crédité d'un léger avantage dans les derniers sondages, mais le rejet des mesures d'austérité mises en oeuvre par le centriste Mario Monti, aux affaires depuis 2011, laisse planer le doute quant à l'issue du scrutin.

Il a neigé dimanche dans le nord de l'Italie et l'épisode devait se poursuivre lundi, ce qui pourrait décourager une partie des 47 millions d'inscrits à accomplir leur devoir électoral.

"Ce sera un vote sanction, peut-être une révolte", écrit le Corriere della Sera dans son édition de lundi.

"Allez, ce n'est pas encore fini", titre pour sa part le Gionale daily, qui appartient au frère de Berlusconi, appelant les électeurs à ne pas baisser les bras.

Pendant la campagne, l'humoriste Beppe Grillo et son Mouvement Cinq Etoiles (M5S) a volé la vedette à ses concurrents des partis traditionnels. Vendredi, dernier jour de la campagne, il a rassemblé un demi-million de personnes dans le centre de Rome, illustrant la progression attendue de son M5S dans les urnes.

"BESOIN DE GENS NOUVEAUX"

"J'en ai assez des scandales et du vol", a déclaré Paolo Gentile, un avocat romain de 49 ans, qui a voté pour le M5S.

"Nous avons besoin de gens jeunes et nouveaux au parlement, pas des vieux partis, qui sont totalement discrédités", a-t-il ajouté.

Luigi Bartoletti, un commerçant romain de 57 ans, reconnaît lui aussi avoir opté pour le M5S, mais ne croit pas à la formation d'un gouvernement stable. "L'espoir c'est qu'en votant pour ces gens, même s'ils n'ont pas d'expérience, il puisse y avoir un minimum de contrôle des affaires publiques", ajoute-t-il.

Les trois principaux leaders politiques ont voté dès dimanche.

Pier Luigi Bersani, favori pour le poste de président du Conseil, a déposé son bulletin dans l'urne dans sa ville de Plaisance, tandis que le centriste Mario Monti, chef du gouvernement sortant, a voté avec sa femme dans une école de Milan.

"J'ai voté pour le PD parce qu'une victoire du PD est la seule façon d'avoir un gouvernement stable et nous avons besoin de stabilité, ou bien nous finirons comme la Grèce", a déclaré Viola Rossi, une retraitée romaine de 80 ans.

Silvio Berlusconi, figure de proue de la droite, a été accueilli à son arrivée au bureau de vote milanais par des militantes du mouvement ukrainien Femen, qui ont dévoilé leur poitrine pour protester contre "Il Cavaliere", accusé d'avoir eu des relations sexuelles tarifées avec une mineure.

INCERTITUDE AU SÉNAT

A la Chambre des députés, la coalition qui arrivera en tête des suffrages au niveau national obtiendra mécaniquement une majorité de 54%, soit 340 des 630 sièges en jeu.

Au Sénat, la loi électorale en vigueur depuis 2005 prévoit également une prime au parti arrivé en tête, mais sur une base différente, régionale et non nationale. Les 315 sièges sont attribués région par région en fonction du poids démographique.

Aucun sondage n'a été publié depuis le 8 février, conformément à la loi.

La coalition de gauche emmenée par le Parti démocrate (PD, gauche) de Pier Luigi Bersani, qui a joué la carte de la proximité et du pragmatisme, était alors en tête des intentions de vote avec en moyenne 34,7%.

L'alliance de droite qui réunit le Peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi et la Ligue du Nord, fédéraliste, suivait à cinq points environ. Depuis, Berlusconi a livré une bataille tous azimuts pour tenter de refaire son retard, promettant notamment de restituer aux contribuables la taxe d'habitation sur la résidence principale (IMU) rétablie l'an dernier par Mario Monti.

Le M5S était crédité de 16% environ des intentions de vote, et Beppe Grillo, canalisant la frustration d'une population exaspérée par l'austérité et les scandales de corruption, a attiré les foules à chaque étape de son "Tsunami Tour".

Les centristes de Mario Monti, le président du Conseil sortant qui n'a jamais vraiment semblé entrer en campagne, étaient donnés à 13,6%.

"Il y a des ressemblances entre les élections italiennes et celles de l'an dernier en Grèce, dans la mesure où les partis pro-européens perdent de l'avance face aux forces populistes", a déclaré Riccardo Barbieri, chef économiste chez Mizuho.

L'issue la plus probable du scrutin sera vraisemblablement une alliance entre la gauche de Pier Luigi Bersani et les centristes de Mario Monti, une alliance que privilégient les partenaires européens de l'Italie et les marchés financiers.

Si la prime majoritaire semble favoriser l'émergence d'une majorité de centre gauche à la Chambre des députés, la situation pourrait être bien différente au Sénat, où la droite, forte de son implantation dans des régions clés comme la Lombardie (Milan), entend être assez puissante pour s'opposer à la politique d'un éventuel gouvernement Bersani.

Le principal danger pour l'Italie et la zone euro serait que sorte des urnes un gouvernement faible, incapable d'agir, et qu'alors ressurgisse la crise de la dette.

Danielle Rouquié, Henri-Pierre André, Jean-Philippe Lefief et Hélène Duvigneau pour le service français

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