Le vote des étrangers convainc de moins en moins les Français

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LE VOTE DES ÉTRANGERS DE MOINS EN MOINS SOUTENU PAR L'OPINION, SELON UN SONDAGE
LE VOTE DES ÉTRANGERS DE MOINS EN MOINS SOUTENU PAR L'OPINION, SELON UN SONDAGE

PARIS (Reuters) - Le vote des étrangers, promesse de campagne de François Hollande et serpent de mer du débat politique français, convainc de moins en moins l'opinion, selon une enquête publiée mercredi.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui s'est engagé à tenir l'engagement du candidat socialiste devenu président, a reconnu lui-même qu'il aura fort à faire pour y parvenir.

En décembre 2011, avant que la campagne pour l'élection présidentielle ne commence pour de bon, les Français étaient 55% à se prononcer en faveur du vote aux élections locales des étrangers non européens résidant en France depuis plus de cinq ans.

Neuf mois plus tard, ils ne sont plus que 39% - et donc 61% à y être opposés - selon un sondage Ifop pour Atlantico réalisé les 18 et 19 septembre auprès d'un échantillon de 1.174 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Ce recul de 16 points en moins d'un an "démontre la nature très sensible du sujet et le caractère réversible d'une partie de l'opinion sur cette question", analyse Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l'institut Ifop.

"Si, sur une autre réforme de société portée par la gauche, le mariage homosexuel, les enquêtes d'opinion ont montré un soutien constant et croissant, il n'en est donc pas de même sur le droit de vote", ajoute-t-il.

L'analyste voit trois raisons à cette réticence croissante vis-à-vis de la question du vote des étrangers.

LE DÉBAT REFAIT SURFACE

Il cite le fait que Nicolas Sarkozy l'ait placée au coeur de sa campagne entre les deux tours de la présidentielle et qu'elle soit associée par une partie de l'opinion à l'intégration et à la place de l'islam dans la société française, sujet brûlant.

L'aggravation de la crise économique ces derniers mois, enfin, "a pu également jouer dans le raidissement d'une partie de l'opinion publique concernant l'attribution de nouveaux droits pour les étrangers", ajoute Jérôme Fourquet.

Cette enquête paraît alors que le débat sur le vote des étrangers, lancé dès 1981 par le président socialiste de l'époque, François Mitterrand, vient de refaire surface.

Un groupe de 75 députés socialistes a d'abord lancé lundi un appel pour la mise en oeuvre de cette promesse de François Hollande.

L'Elysée a fait savoir dans la foulée que le président tiendrait son engagement.

Si l'opposition n'a pas tardé à réagir, l'UMP faisant aussitôt savoir par la voix de son secrétaire général Jean-François Copé qu'elle exigerait un référendum, cette prise de position de l'exécutif a aussi fait grincer quelques dents au sein du gouvernement.

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a ainsi estimé que le vote des étrangers ne représentait pas une urgence, ni une "revendication" forte.

Le sujet a été remis sur le tapis mercredi par Jean-Marc Ayrault, qui a dit qu'un projet de loi serait prêt en 2013.

L'UMP LANCE UNE PÉTITION

Son adoption devra faire l'objet d'un travail de conviction, a toutefois reconnu le Premier ministre, qui n'a pas exclu d'organiser un référendum.

Cette mesure, qui modifie la Constitution, nécessiterait pour être votée une majorité des trois-cinquièmes au Parlement, loin d'être acquise en l'occurrence.

L'UMP ne désarme pas, qui a annoncé mercredi le lancement d'une pétition nationale contre un projet qualifié par Jean-François Copé de "perspective extrêmement inquiétante pour la cohésion nationale".

A quelques nuances près, la droite est traditionnellement opposée au droit de vote des étrangers tandis que la gauche est plutôt pour.

Face à l'argument de l'opposition qui craint un vote communautaire, la gauche fait valoir qu'il s'agit au contraire d'une mesure égalitaire de nature à favoriser l'intégration des étrangers.

Cette fracture entre droite et gauche sur un sujet qui n'a pas fini de diviser est confirmée par le sondage Ifop.

L'adhésion des sympathisants de gauche au vote des étrangers reste ainsi massive (72 % contre 76 % en décembre dernier), note Jérôme Fourquet.

Le raidissement est en revanche très net dans les électorats de droite et d'extrême droite, souligne-t-il. L'approbation, déjà faible, y recule en effet très significativement : de 37 à 11 % parmi les soutiens de l'UMP et de 20 à 8 % parmi ceux du FN.

Patrick Vignal, édité par Yves Clarisse

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