Le vote de l'austérité grecque ne suffit pas à l'UE

le
9
LA GRÈCE SE RÉVEILLE APRÈS UNE NUIT D'ÉMEUTES
LA GRÈCE SE RÉVEILLE APRÈS UNE NUIT D'ÉMEUTES

par Renee Maltezou

ATHENES (Reuters) - Le gouvernement grec a été invité lundi par ses partenaires européens à présenter de nouveaux gages de sa volonté de réforme malgré l'adoption la veille d'un plan d'austérité par un parlement assiégé par des milliers de manifestants.

La loi votée par 199 députés sur 300, sur fond d'émeutes à Athènes, prévoit 3,3 milliards d'économies par le biais de nouvelles baisses des salaires et des retraites et d'une vague de suppressions d'emplois dans la fonction publique.

Ces dispositions sont exigées par la "troïka" (Fonds monétaire international, Union européenne et Banque centrale européenne) en échange d'un plan d'aide de 130 milliards d'euros indispensable avant le 20 mars, date d'une importante échéance de la dette grecque (14,5 milliards d'euros à rembourser).

L'UE a salué le vote du Parlement grec tout en rappelant les autres conditions posées à l'octroi des fonds promis, afin d'éloigner le spectre d'un défaut de paiement désordonné "aux conséquences dévastatrices" le mois prochain.

D'ici une réunion des ministres des Finances de la zone euro mercredi, le gouvernement de Lucas Papadémos doit expliquer comment il compte économiser 325 millions d'euros sur les 3,3 milliards, et obtenir un engagement écrit des partis politiques à appliquer les termes de l'accord.

"Les promesses de la Grèce ne nous suffisent plus", avait prévenu dimanche le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, dans une interview accordée au Welt am Sonntag.

Un accord sur la participation du secteur privé à la restructuration de la dette de la Grèce devrait être annoncé après la réunion de l'Eurogroupe, a-t-on appris lundi de sources au fait des discussions.

"ENCORE LOIN DU BUT"

La perspective d'élections législatives en avril, dont la tenue a été confirmée lundi par le porte-parole du gouvernement, explique les réticences des partis grecs à endosser des mesures très impopulaires et les craintes de l'Europe de ne pas les voir appliquées.

"Il faut attendre de voir ce qui viendra ensuite", a renchéri le ministre allemand de l'Economie, Philipp Rösler, à la télévision allemande après le vote du Parlement grec. "Nous avons effectué un pas dans la bonne direction mais nous sommes encore loin du but", a-t-il dit.

Le ministre autrichien des Affaires étrangères, Michael Spindelegger, a estimé qu'"adopter le plan d'austérité est une chose, l'appliquer en est une autre".

Le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, s'est voulu plus optimiste en se disant "confiant dans la réalisation des autres conditions" d'ici la réunion de l'Eurogroupe.

Il a mis en garde contre les "conséquences dévastatrices" qu'un défaut de paiement aurait pour la société grecque.

Cet argument avait déjà été employé dimanche par Lucas Papadémos devant les parlementaires pour défendre le nouvel ensemble de mesures d'austérité, dans un pays déjà exsangue après des années de récession.

Les émeutes qui ont éclaté dans le centre d'Athènes et plusieurs autres villes du pays témoignent déjà de l'exaspération d'une bonne partie de la population.

"Le peuple a envoyé un message hier: Trop c'est trop", a déclaré Ilias Iliopoulos, secrétaire général du principal syndicat des fonctionnaires, Adedy.

Les rues de la capitale étaient jonchées de pierres et d'éclats de verre lundi matin, témoins d'une nuit de violence au cours de laquelle 150 boutiques ont été pillées et 48 bâtiments incendiés selon les autorités.

EXASPÉRATION

Les adversaires de l'austérité soulignent que celle-ci condamne la Grèce à s'enfoncer toujours davantage dans la récession, sans possibilité de trouver des recettes, faute de croissance.

Le chef de file des conservateurs, Antonis Samaras, dont le parti est en tête des sondages, préconise une politique libérale de stimulation de la croissance, via des baisses d'impôts et des privatisations.

Il a également laissé entendre, en appelant dimanche les élus de son camp à voter en faveur du plan de rigueur, qu'il pourrait en demander la renégociation. "Nous devons d'abord exister afin de pouvoir le modifier", a-t-il dit.

Beaucoup de Grecs jugent qu'une faillite ne pourra pas être plus douloureuse que la cure imposée par Bruxelles.

"Le vote d'hier a peut-être éloigné temporairement le risque d'un défaut, mais l'économie grecque fera faillite et le système politique est dans l'impasse", dit le président de la Confédération grecque du Commerce, Vassilis Korkidis, dans un communiqué.

Les nouvelles mesures d'austérité comprennent une baisse de 22% du salaire minimum et la suppression de 150.000 postes dans la fonction publique d'ici 2015. Le taux de chômage a atteint 20,9% de la population active en novembre et dépasse 50% chez les jeunes.

Cent quatre-vingt-dix-neuf députés sur 300 ont approuvé le texte, mais 43 élus socialistes et conservateurs n'ont pas respecté le mot d'ordre de leurs partis et en ont été exclus sur le champ.

Nikos Kourkoulos, un jardinier municipal âgé de 53 ans, qui a vu son salaire mensuel réduit de 600 euros depuis 2008, résumait dimanche la colère de ses compatriotes: "Quand sortirons-nous de cette crise? Pourquoi ne nous disent-ils pas tout de suite quand tout sera fini ?"

Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • chatnour le lundi 13 fév 2012 à 12:32

    Craignons les conséquences immédiates de cette folie criminelle en plus de tout le reste : un risque d'immigration massive et incontrôlée (et incontrôlable puisqu'à l'intérieur de "l'espace Schengen") d'immigrés actuellement en Grèce mais sans doute aussi de Grecs ! Il ne nous manque plus que ça...

  • M6486201 le lundi 13 fév 2012 à 11:45

    Toute le personnalité des grecs est résumé dans ces actions. Profiter de l'Europe et continuer à vivre en parasites

  • M3748275 le lundi 13 fév 2012 à 11:22

    La Grece a evidement un autre choix possible, c'est effrayant comment le seul debat qu'il aurrait fallu tenir a ete soigneusement contourne. Est-ce que des pays voisins comme la Croatie ou la Serbie sont en proie au Chaos ?( menace faite plannee par mr Papademos), pourtant ils n'on pas l'€... mais comment font ils ? La verite qui fait peur a tout ces dirigeants c'est que certain pays se porteraient bien mieux sans l'€. La honte cette Europe !

  • vouscost le lundi 13 fév 2012 à 08:50

    Il faudrait leur envoyer MELENCHON dans ce pays ,le peuple Grec lui donnera les pleins pouvoir et ainsi il enverra ses troupes réquisitionner les 170 milliards de dollars des riches Grecs qui les ont planqué en Suisse et sauvera ainsi le pays .

  • gueulett le lundi 13 fév 2012 à 08:43

    Et que dire des milliards planqués à l'étranger par une horde de grecs richissimes qui sont ipso facto mis à l'abri du besoin. Une honte qui vise à "saquer" les petits salariés et indépendants qui n'ont rien à cacher et qui ne pourraient pas, de toute façon...

  • vouscost le lundi 13 fév 2012 à 08:43

    Schaüble , Vous ne souhaitez pas faire prendre à la Grèce la sortie de la Zone Euro ,mais à moyen terme elle en sortira de toutes les façons . toute son économie est à rebâtir ,mais probablement en dehors de la communauté européenne .

  • M8951316 le lundi 13 fév 2012 à 08:41

    comment se faire entendre sans référendum !

  • M8951316 le lundi 13 fév 2012 à 08:39

    une dictature cette Europe !

  • GENJEAN le lundi 13 fév 2012 à 08:22

    Malheureusement La Grèce n'a pas d'autre choix, mais l'effort demandé doit être le même pour tout le monde y compris les politiques qui doivent montrer l'exemple en baissant leurs salaires de 30% minimum et de mettre en place des mesures d'accompagnement : baisse des loyers, réaménagement des prêts sur des durées plus longues, de mettre en place des mesures pour lutter contre la fraude fiscales (fléau national)etc.....................