Le Venezuela relève le prix de l'essence et dévalue sa monnaie

le
1
DÉVALUATION ET BOND DU PRIX DE L'ESSENCE AU VENEZUELA
DÉVALUATION ET BOND DU PRIX DE L'ESSENCE AU VENEZUELA

CARACAS (Reuters) - Le président socialiste du Venezuela Nicolas Maduro a annoncé mercredi une hausse des prix du carburant, la première depuis près de vingt ans, et une forte dévaluation du bolivar pour combattre la crise que traverse le pays sud-américain.

Ces mesures doivent permettre de soutenir les finances publiques alors que la chute des prix du pétrole et l'effondrement du modèle économique étatique ont engendré une grave récession, une inflation galopante et des pénuries chroniques.

"C'est une action nécessaire pour équilibrer les choses, j'en prends la responsabilité", a déclaré Nicolas Maduro en justifiant le relèvement des prix de l'essence au cours d'un discours fleuve de quatre heures retransmis à la télévision, pendant lequel il s'en est pris frontalement à l'opposition.

A compter de vendredi, le prix de l'essence, largement subventionné par l'Etat, va bondir. Le prix du litre pour un indice d'octane de 91 passera à 1 bolivar contre 0,07 actuellement, soit une hausse de 1.329%; pour un indice d'octane de 95, le prix au litre passera à 6 bolivars contre 0,097 aujourd'hui, soit une hausse de 6.086% (60 fois plus cher).

Mais en dépit de ces augmentations, les carburants resteront largement subventionnés et faire le plein d'une petite voiture ne coûtera pas plus cher que la moitié du prix d'une boisson gazeuse.

Le chef de l'Etat a annoncé que ces nouveaux tarifs permettraient de gagner 800 millions de dollars par an, de couvrir les coûts de production et de donner un peu d'air à la compagnie pétrolière publique PDVSA.

"Il nous faut établir les nouveaux prix sur la base des coûts réels", a-t-il plaidé.

ÉMEUTES MEURTRIÈRES EN 1989

Le prédécesseur et mentor de Nicolas Maduro, le défunt président Hugo Chavez, avait augmenté le prix de l'essence pour la dernière fois en 1997, sans y toucher ensuite. Une hausse antérieure des prix à la pompe, en 1989, avait déclenché plusieurs jours d'émeutes meurtrières. Le "Caracazo" avait fait plusieurs centaines de morts et contribué à abréger le mandat du président Carlos Andres Perez.

Nicolas Maduro a également annoncé une dévaluation de 37% du taux de change officiel le plus haut du bolivar, qui s'applique aux biens prioritaires comme les produits alimentaires et médicaux, qui passe de 6,3 à 10 bolivars pour un dollar.

Le taux le plus bas, qui s'élève à environ 203 bolivars pour un dollar, sera transformé en taux de change flottant, a ajouté le président vénézuélien.

Le système de change, jusqu'ici séparé en trois taux de change officiels, ne comportera plus que deux taux.

Maduro, dont le Parti socialiste a été battu il y a deux mois aux élections législatives, a nommé lundi un ingénieur, Miguel Perez, au poste de vice-président chargé de l'économie. Cet ancien chef de la Fedeindustria, chambre patronale des petites et moyennes entreprises, est connu pour ses positions socialistes tout en reconnaissant parfois la nécessité de réformes d'inspiration libérale.

Miguel Perez s'est prononcé pour une unification des taux de change, une idée approuvée par les détenteurs d'obligations souveraines qui sont persuadés que les contrôles de change, gangrénés selon eux par la corruption, risquent de conduire le pays vers un défaut de paiement.

Les réformes annoncées par Maduro seront probablement jugées par les investisseurs de Wall Street comme plutôt positives, mais encore bien insuffisantes pour aider le Venezuela à rembourser dans quelques mois quelque 10 milliards de dollars de dettes en pleine crise de liquidités.

(Brian Ellsworth et Girish Gupta; Jean-Stéphane Brosse et Henri-Pierre André pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • lorant21 le jeudi 18 fév 2016 à 09:30

    On devrait leur envoyer MM.Piketty et Mélanchon pour sauver la situation.